Démocratie et numérique, entretien avec Pascal Gascoin, chargé de mission éducation-numérique aux Ceméa


Depuis plusieurs années, la question des pratiques numériques anime les Ceméa : à savoir l’information sur la protection des données personnelles, la reprise de leur contrôle, et surtout les enjeux démocratiques soulevés. Entretien avec Pascal Gascoin, chargé de mission éducation-numérique à l’association nationale des Ceméa : il exprime sa vision du rôle que peuvent avoir l’association et ses militant.e.s.


Pascal, dans ce contexte où les GAFAM [1] semblent s’imposer et maîtriser les données personnelles numériques, comment les Ceméa peuvent-ils accompagner la mutation des pratiques numériques et se diriger vers d’autres alternatives ?

Je ne suis pas sûr qu’il suffise de l’accompagner. Un des propos que l’on essaie d’avoir, c’est que l’on doit tous tenter de reprendre la main sur les mutations numériques qui se font et s’annoncent, s’imposent en dehors de nos consentements, de nos volontés, pour les publics que nous touchons mais pour nous-même aussi. Actuellement, ce n’est plus nous qui décidons, mais les grands groupes privés qui définissent les fonctionnements des machines, comme avec les voitures autonomes de Volkswagen qui privilégieront la sécurité des passager·ère·s avant tout. L’enjeu est de savoir comment préparer les gens à être critiques sur les propositions dès qu’ils les reçoivent, qu’ils puissent décider de les accepter et/ou les rejeter. C’est assez effarant de voir comment les googles et autres applications trouvent quand même du public malgré la connaissance des conditions d’utilisation.

Les gens ne prennent-ils pas conscience de ce qui se joue ?

Pourtant si, de plus en plus. Il y a eu une avancée considérable ces dix dernières années. Il y a encore peu, les promoteurs du logiciel libre étaient encore considérés comme des paranos, et puis petit à petit on a rencontré des gens qui disaient savoir que ce n’était pas bien, mais qui demeuraient sur ces portails et promettaient d’essayer prochainement de changer. Après, la réalité est qu’il est encore compliqué de quitter ces dispositifs, même en ayant conscience des enjeux. Mais petit à petit les gens utilisent de nouvelles applis.

Je crois qu’aux Ceméa, on a plutôt bien fait notre travail de sensibilisation sur la vigilance à avoir quand on surfe sur le World Wide Web avec des outils de vulgarisation et de prévention. Il faut maintenant franchir une autre étape, celle d’expliciter et montrer les alternatives possibles. L’idée, c’est que si les gens souhaitent rester sur les propositions des applications proposées par les GAFAM, ce n’est pas à nous d’en juger, mais nous devons faire en sorte qu’ils puissent avoir d’autres comptes, d’autres applications, d’autres espaces où il est aussi possible de communiquer, et cette fois-ci de manière plus anonyme et protégée. Dernièrement un groupe de permanents à l’association nationale des Ceméa est passé de whatsApp à Signal, c’est une avancée.

Donc pour qu’elle soit globale, la massification du changement des pratiques passe par l’addition des petits cercles de communauté qui décideraient de changer d’outils de communication collectivement ?

Je crois beaucoup au projet chatons initié par Framasoft [2]. Une fois que tu as compris que la centralisation des données pose un vrai problème, rendre les instances démocratiques et les gérer nous-mêmes devient indispensable. Au départ, l’internet n’avait pas vocation a être centralisé. C’est sur ce terrain qu’il faut avancer, l’image de l’AMAP [3] pour le numérique, à savoir le maintien de nos données en proximité, en redonnant du lien social et tout en travaillant avec celui qui prend soin de ces données, de ces sauvegardes.

D’accord, comme si après être passé chez le boulanger, je me rends chez l’AMAP numérique de mon quartier pour un espace de stockage : un espace sécurisé, protégé anonyme et sous mon contrôle, ma petite maison numérique, après je vis ma vie sur la toile, mais les informations de base, code et tout ça, sont stockés près de chez moi ?

c’est ça, oui !

En fait, l’enjeu d’être sur le libre où du logiciel propriétaire c’est pas le sujet essentiel, c’est plus l’idée d’un changement de paradigme ?

Je pense que ce n’est pas la bonne entrée en tout cas. Le principe du logiciel libre, les gens l’ont compris, maintenant il faut passer au sens politique du libre !

Propos recueilli par Geoffrey


Notes :

[1GAFAM : Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft

[2Réseau de promotion, diffusion et développement de logiciels libres, enrichissement de la culture libre et offre de services libres en ligne.

[3Association pour le Maintien d’une Agriculture de Proximité




05/09/2018
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