||février 2004
ACTUALITÉ
Appel à l’invention démocratique
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Les périodes électorales sont souvent révélatrices de prises de conscience sociale qui se réveillent chez les futurs candidats comme chez les acteurs de la société civile organisée. Déclarations, rencontres et vœux contribuent aux projets de société et aiguisent l’espoir. Nous y sommes, avec les élections régionales et départementales prochaines.

Déjà des élus de droite et de gauche répondent à nos angoisses face à un mouvement associatif menacé d’asphyxie.
- « Les associations doivent constituer des interlocuteurs incontournables à tous les échelons de la vie politique...
- constituant un réseau riche et diversifié, l’éducation populaire est un facteur de lien social...
- nous nous prononçons fermement en faveur du fait associatif et revendiquons une véritable reconnaissance de l’engagement bénévole...
- nous suivons avec la plus grande attention les évolutions du secteur associatif et particulièrement l’action vers la jeunesse et l’éducation populaire. »

Heureuse période que ces temps où s’anime l’avenir !

Chiche ! Que soient données à l’éducation populaire quelques certitudes en considérant que les citoyens organisés doivent être concernés par les affaires de la cité et du pays. Est-ce osé que revendiquer cela, face aux agressions en rafale qui frappent le social, dont la
liste est si longue et peut tétaniser les mouvements et fédérations ? Le mouvement associatif est-il sous programme à mort lente puisqu’il serait gaspilleur d’argent public et inutile sur le terrain ? Puisqu’il serait gênant
par son entraînement à l’esprit critique, voire par son attachement à la démocratie républicaine et aux initiatives collectives ? Et l’Accord général sur le commerce des services (AGCS) aidant, serions-nous des casseurs de l’économie libérale ?

Heureuse période où décentralisation et expérimentations régionales peuvent alimenter espoirs mais aussi illusions !

Deux logiques sont admises depuis longtemps : le pouvoir aux politiques et l’utilité démocratique aux associatifs ; sans doute mais pourquoi ne pas imaginer de nouvelles formes, de nouvelles logiques qui permettraient de penser la politique autrement ? Qui donneraient confiance à ceux qui s’écartent ou refusent les démarches citoyennes ?
Il y a urgence à reconstruire de la démocratie et de la souveraineté populaire en considérant que les citoyens ont à être concernés par le pouvoir.
Un préfet de Région nous disait que nous étions des « haut-parleurs » de ce que vivent les gens ; alors, imaginons des formes d’articulations entre démocratie de représentation et démocratie de participation ; proposons aux futurs élus d’ouvrir, non pas uniquement de la « consultation » mais des procédures de co-élaboration et de co-décisions entre citoyens-électeurs et élus-décideurs.
Passons de la « prestation de services » à la construction de projets d’intérêt général.

Alors les vannes de l’invention et de l’action s’ouvriront :
- conseils de co-élaboration régionale et départementale,
- plates-formes régionales porteuses de projets destinés à l’éducation populaire ;
- dépassement des logiques d’appel d’offre par des logiques de soutien public aux « têtes de réseaux » et à leurs dynamiques,
- contractualisations pluriannuelles...

En effet, ne doit-on pas tendre vers des synergies concrètes et régulières dans chaque région et département par une instance rassemblant des élus et les responsables associatifs des coordinations afin de construire une politique en faveur de la jeunesse et de l’éducation en complément de l’action de l’école ?
Ainsi pourront se décliner des projets collectifs, d’intérêt départemental et régional, imaginés collectivement ; à charge ensuite à chaque organisme associatif de les mettre en œuvre en fonction de ses compétences ou de ses implantations sur le terrain.

Alors la « manie de l’appel d’offres » ou du « mieux offrant » copie conforme des pratiques concurrentielles des lobbies du marché serait questionnée - ou régulée - et parfois abandonnée, au profit de la reconnaissance du rôle « irriguant » des organismes fédérateurs et formateurs d’acteurs locaux.

Amorcer des pratiques d’engagements réciproques entre élus et associations donnerait à la contractualisation pluriannuelle une force qu’elle n’a pas
et confiance à ceux qui militent pour l’invention sociale si urgente et nécessaire. En Languedoc-Roussillon, dans le cadre des élections régionales et départementales, le Crajep (Comité régional des associations de jeunesse et d’Éducation populaire) s’adresse aux élus actuels et futurs afin de connaître leur avis sur cette démarche qui fait de la démocratie un levier de développement. Des rendez-vous demandés se mettent en œuvre ; les silencieux sont relancés ; les réponses rendues publiques.

Essoufflés ? Angoissés ? Menacés ! Mal menés ! Les mouvements de jeunesse et d’éducation populaire et les réseaux qu’ils animent sont encore des « démultiplicateurs » de vie sociale et, par expérience, attentifs à tout ce qui fait place à l’initiative populaire - et aussi à ce qui l’entrave.

Ne laissons pas nos régions s’enfermer dans des « identités primaires » ou factices, celles qui rendent flou les enjeux sociétaux, laissant alors les décisions essentielles aux superstructures européennes ou aux seuls marchands.

Oui, vraiment, la période actuelle appelle à l’invention démocratique la plus audacieuse pour renforcer les solidarités et non les concurrences ; pour socialiser au lieu de privatiser, pour que les services publics continuent de relever des autorités nationales et soutenir les mouvements d’éducation complémentaires et partenaires au risque de provoquer de graves déconstructions dans les solidarités inscrites dans le socle républicain.
Soyons imaginatifs dans le monde associatif, dans les mouvements d’éducation populaire, dans les forces de l’économie sociale pour agir et stopper les concentrations des pouvoirs, des savoirs et des avoirs.

Serge Guisset, militant associatif, membre du Conseil économique et social du Languedoc-Roussillon.



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  • Serge Guisset

  • 31/01/2004
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