L’effet établissement

Maurice Mazalto


éditions L’Harmattan, Paris, 2005.


Vous venez de publier un essai sur l’effet établissement. Pourquoi vous êtes-vous intéressé à cette notion ?
J’ai dirigé un lycée polyvalent en Normandie pendant une quinzaine d’années. Les élèves obtenaient globalement de bons résultats dans un établissement ayant bonne réputation. Mes interlocuteurs expliquaient cette réussite par le fait que « ce lycée était facile ». J’étais à la fois content des résultats et désappointé par ces remarques, car tout le travail quotidien pour obtenir ce que l’on peut appeler l’effet établissement n’était pas repéré. Or, il existe un effet établissement reconnu intuitivement autant par les parents, les élèves, les enseignants que par de nombreux chercheurs. Georges Fotinos parle de « climat scolaire », Robert Ballion d’ « esprit maison ». De son côté, le ministère de l’Education nationale quantifie un aspect de l’effet établissement en mesurant la valeur ajoutée d’un lycée par rapport aux résultats attendus.

Comment définiriez-vous l’effet établissement ?
L’effet établissement est tout autant la valeur ajoutée constatée en termes de réussite scolaire que la traduction d’un climat où les personnels et les élèves se sentent bien et donnent le sentiment de vouloir s’investir. De fait, l’effet établissement est une notion qui fonctionne dans la complexité. Cet effet se nourrit des structures de l’établissement, de sa gestion, de son organisation ou des relations interpersonnelles qui y règnent.

Quelles structures vous paraissent importantes ?
Parlons de l’architecture scolaire. Si, dans les années 70, les établissements étaient construits de façon industrielle (un collège par jour pendant dix ans !) et donnés clefs en main à des utilisateurs anonymes, aujourd’hui les collectivités territoriales se réunissent avec les architectes et les utilisateurs pédagogiques. Ces trois acteurs doivent rendre possible la principale mission de l’école, la transmission du savoir, mais aussi prendre en compte la nécessité de socialisation des élèves, qui a longtemps été niée. Tout ce qui concerne l’accueil, la circulation, la communication, l’hébergement ou la restauration est aujourd’hui primordial. L’architecture d’un établissement doit également prendre en compte la gestion du temps. Constatons que l’école s’est toujours méfiée du temps autre que celui consacré aux apprentissages ; pourtant un élève doit pouvoir trouver des lieux de respiration, de détente ou d’échange.

Quelle est la part du projet d’établissement dans l’effet établissement ?
Le projet d’établissement est l’épine dorsale du pilotage d’un lycée ; il est donc à la base de l’effet établissement. Ce projet doit organiser le travail en équipe en apportant des réponses collectives et en impliquant chacun. Pour garantir sa légitimité, le chef d’établissement doit mettre en place une véritable délégation de pouvoir, ce qui permet de traiter positivement la relation à l’autorité.

Quid des élèves ?
C’est l’élément autour duquel doit être construit ce projet. On ne fait pas grandir une plante en tirant dessus. On peut seulement l’aider à grandir. Dans l’établissement scolaire, cela se traduit par l’accueil et la reconnaissance de tous les publics, mais aussi par la nécessité d’aider chaque élève à s’intégrer, lui permettre d’apprendre à son rythme. Pour reconnaître l’élève, dire « bonjour » le matin en l’accueillant en est un exemple. De même, la parole des élèves (privée comme institutionnelle) doit être favorisée et prise en compte au sein de l’établissement. Enfin, il faut faire en sorte d’aider chaque élève à se construire un projet personnel, c’est-à-dire son devenir. Ce projet doit autoriser le rêve et le mettre en adéquation avec les compétences du moment. En adoptant cette démarche, on donne non seulement du sens à l’école, mais on renforce aussi la motivation des élèves.

L’effet établissement n’est-il pas plutôt l’effet chef d’établissement ?
Effet professeur, effet classe, effet chef d’établissement, effet établissement : on emboîte des poupées russes. Il est évident que le chef d’établissement, qui reste le pilote, a une grande importance, mais cela ne suffit pas. Il faut pouvoir inscrire symboliquement dans le marbre l’ensemble des principes que l’on souhaite voir appliquer. Même si l’effet établissement n’est jamais définitivement acquis, la route est tracée, ce qui diminue beaucoup les incertitudes existant à chaque rentrée scolaire.

Maurice Mazalto
in Le Monde, La Lettre de l’éducation, n°519 du 24 avril 2006

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