Conférence : les enjeux et les pratiques des ADTS à l’école et en CVL

23-24 septembre 2006 à l’occasion de la Coupe Icare (Lumbin/Saint Hilaire du Touvet)


Conférence : les enjeux et les pratiques des ADTS à l’école et en CVL
23-24 septembre à l’occasion de la Coupe Icare (Lumbin/Saint Hilaire du Touvet)

Lors de cette conférence se sont exprimés des militants des CEMEA et de Planètes Sciences..
Voici l’introduction au débat par Béatrice Jouin :

Les CEMEA sont une association d’éducation populaire qui se préoccupe donc de tout ce qui
peut contribuer à former des hommes et des femmes curieux et responsables. Les Activités de
Découvertes Techniques et Scientifiques – ADTS - ont une part importante dans ce processus
de formation de l’individu.

Qu’est-ce qu’une ADTS ?

C’est une activité où, à partir d’une situation ordinaire – des enfants qui construisent un
bateau ou un avion ; l’observation de son corps, d’un jardin, d’un objet technique, d’étoiles
dans le ciel etc ; une promenade en forêt ou au bord de la mer… - on se pose des questions ,
on fait des hypothèses de réponses et on se donne les moyens d’essayer de les valider ou de
les infirmer, en faisant selon les cas des expérimentations, des recherches documentaires ou
des enquêtes.
Une activité manuelle peut aisément se transformer en une activité scientifique. Par exemple
des enfants construisent des bateaux électriques à hélice à l’aide d’une fiche technique puis
les font naviguer. Ils peuvent avoir envie de les décorer, de les fignoler, on est encore dans le
cadre d’une activité manuelle. Mais s’ils constatent, en mettant leur construction à l’eau, que
certains vont en marche arrière, cela va susciter des questions. Si cet étonnement est repris
par l’animateur qui interroge les enfants sur l’explication du phénomène et le fonctionnement
du bateau, on commence à entrer dans une démarche scientifique. Les hypothèses sont suivies
d’expérimentations, qui aboutissent en l’occurrence au constat que le sens de marche du
bateau dépend de la manière de brancher la pile qui alimente le moteur. Les manipulations,
destinées à valider leurs hypothèses, ont permis aux enfants de se construire une
représentation du fonctionnement du moteur, ce qui selon leur âge et le contexte pourra être
plus ou moins formalisé en référence aux lois de l’électricité.

Je disais en introduction que les ADTS contribuent à la formation de l’individu et du citoyen :

- parce qu’elles répondent à un besoin
de comprendre des phénomènes, des fonctionnements : pourquoi ça vole ? flotte ? roule ?
comment ça éclaire ? Comment ça vit ? …
de comprendre le monde : Comment se fait-il que je suis ce que je suis ? que je vis dans cet
environnement ? que la terre sur laquelle je vis est telle qu’elle est ?…
de comprendre la société et les débats qui la traversent : le réchauffement climatique, les
OGM, les rapports nord-sud …

- parce que les ADTS demandent et permettent d’exercer un esprit critique sur les
représentations spontanées que chacun peut avoir et les informations qui nous parviennent
de très nombreuses sources. Les méthodes d’investigation scientifiques permettent de
vérifier si ces représentations ou ces informations sont conformes ou non avec les
résultats d’expérimentations réalisées. Les savoirs ainsi acquis, ou plus exactement
construits, permettent de transformer, d’enrichir le regard que l’on porte sur le monde.

Les CEMEA défendent l’idée d’une alphabétisation scientifique pour tous. La science et la
technique ne sont pas la chasse gardée de spécialistes ou de passionnés, mais peuvent être
appréhendées par tous, au moins en partie, dans ce que Gérard Fourez appelle une
« alphabétisation scientifique ». Ainsi, tous les citoyens devraient pouvoir avoir prise sur le
monde qui les entoure, sans se réfugier dans des pensées magiques ou faire une confiance
aveugle aux spécialistes, et participer aux choix de société à venir.
Parmi les principes qui guident nos actions, nous pensons aux CEMEA que cette construction
de l’individu se fonde sur l’activité, qu’il s’agisse d’une implication physique, manipulation
ou présence corporelle, ou une construction intellectuelle.

Là encore les ADTS offrent de bons terrains d’application, car elles permettent de chercher
des réponses aux questions posées et aux hypothèses émises en mettant en oeuvre des
méthodes particulières, qualifiée de méthode expérimentale, qui implique des actions. Si on se
propose par exemple d’améliorer le fonctionnement d’un planeur ou d’un cerf volant, il faut
d’abord observer leur vol, faire des hypothèses sur les facteurs qui entrent en jeu, choisir celui
qui pourrait être améliorer, faire les modifications, en tester les conséquences… On a bien une
articulation entre actions intellectuelles et manuelles. Et si on connaît quelques rudiments des
lois de l’aérodynamisme, on peut être plus efficace dans cette recherche.

Enfin, pour que ces actions aient un sens pour l’apprenant, il faut qu’elles soient sous tendues
par un projet. La démarche de projet, nous la pratiquons aux CEMEA dans toute activité,
qu’elle soit physique, manuelle ou culturelle, puisque nous nous réclamons de l’éducation
nouvelle. Quand des enfants se construisent un jouet ou montent un spectacle, quand des
adolescents préparent une randonnée …, ils sont en projet - à condition que la personne qui
encadre l’activité leur laisse une marge de manoeuvre. Les ADTS sont aussi des occasions de
mettre les personnes en projet. En effet, en répondant des défis – je veux que mon planeur
vole encore plus loin, que ma grue transporte des charges de plus en plus lourdes par exemple
- ou en se donnant des objectifs de compréhension d’un phénomène – pourquoi telle plante
pousse dans tel milieu - ou encore d’un objet technique, on entre dans cette démarche de
projet, individuellement ou plus collectivement.

Ces différents principes peuvent être mis en oeuvre dans tous les milieux où nous intervenons,
aussi bien à l’école que dans les CVL.

Nos camarades travaillant dans et autour de l’école, dans des ateliers relais ou des associations
partenaires d’écoles, mènent depuis longue date des démarches de projet avec les élèves,
dans différents domaines et en particulier les ADTS. Il s’agit dans un premier temps
d’exploiter les ressources du milieu environnant ou de mettre en place des situations
favorisant un questionnement, d’être attentif aux remarques des enfants puis de les
accompagner dans les activités et les méthodes mises en place pour y répondre. Ainsi
Au niveau de l’école maternelle, les enfants peuvent s’interroger sur : où va l’eau qu’on verse
sur les plantes pour les arroser ? Que deviennent les aliments dans le corps ? Pourquoi
certains objets flottent ou coulent ?

Au niveau de l’école primaire et du collège, les activités menées provoquent des questions :

- comment expliquer le contenu des pelotes de réjection, les fossiles d’animaux ou de
plantes trouvées lors d’une promenade ?
- pourquoi voit-on la lune sous différentes formes dans le ciel d’un jour sur l’autre ?
- comment expliquer le changement de couleurs quand certains produits sont mis en
présence (lors d’un alcootest, d’une analyse d’eau ou d’urine …) ?
Nous nous félicitons que soit actuellement préconisé dans les programmes, tant à l’école
primaire qu’au collège et au lycée, de mettre en oeuvre des démarches d’ « investigation »
(école et collège) et des démarches « expérimentales » au lycée. Ces démarches mettent
l’accent sur le questionnement de départ, l’émission d’hypothèses, la proposition de moyens
de les valider et la communication des résultats. Les activités scientifiques sont ainsi des
occasions de développer l’esprit scientifique mais également des compétences d’écrit et
d’oral, donc de rebondir sur d’autres apprentissages.

L’école n’est pas le seul lieu où faire des sciences et développer un esprit scientifique. Il est
possible, à l’occasion d’activités de loisirs, de répondre à des questions ou de susciter un
questionnement à propos d’activités telle que la construction d’un jouet, une promenade où on
a vu des phénomènes surprenants (traces d’animaux, minéraux ou végétaux …). A condition
que l’animateur soit à l’écoute des enfants, qu’il favorise les expérimentations ou organise des
défis, de nombreux domaines scientifiques peuvent être explorés d’une manière souple et
motivante, puisque le point de départ est une question que les enfants se posent effectivement.

La démarche scientifique permet donc d’enrichir à la fois le contenu de l’activité et les
représentations et les savoirs des enfants sur certains phénomènes en jeu dans l’activité
proposée. Plus généralement elle favorise la curiosité et l’envie de chercher, de comprendre le
monde qui nous entoure.

J’espère vous avoir convaincu de l’importance et de l’intérêt de ce type d’activités pour la
construction des adultes de demain et du plaisir qu’on peut ressentir à les pratiquer, ou les
enseigner ou les animer.

La discussion qui a suivi a été riche, les témoignages d’expériences en classe et dans
différentes structures de loisirs nombreuses. Les thèmes abordés ont été :
- l’importance de discuter des représentations des enfants, et leur étonnement quand celles ci
sont contradictoires
- la dimension dynamique de la science, traversée de tous temps par des débats
- une hypothèse non validée n’est pas un échec, elle est déterminante pour faire avancer la
connaissance, on a le droit se tromper quand on émet des hypothèses (ce qui n’est pas
habituel à l’école)
- les liens nécessaires entre différentes activités, scientifiques et culturelles par exemple,
- le rôle de l’animateur, sa polyvalence, ses compétences…


23/09/2006

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