Propositions des Ceméa pour la rénovation de l’enseignement des sciences à l’école primaire
Bruno Chichignoud, Responsable des activités de découvertes techniques et scientifiques

Il convient de définir la mission de l’école dans une triple dimension éducative, sociale et culturelle. Ceci vise autant le développement d’attitudes (rigueur, curiosité, esprit critique, solidarité...) que la construction de savoirs. C’est une condition essentielle pour clarifier le rôle de l’enseignant. Celui-ci ne pouvant se limiter à la transmission de connaissances, le pédagogue devient par définition un innovateur, voire un chercheur.

Quelques principes fondant notre action
Nous concevons l’éducation dans une approche globale de l’enfant. Ses modes de fonctionnement propres, ses acquis, ses savoir-faire, son affectivité, doivent être pris en compte. Le cheminement de pensée, le rythme des apprentissages ne peuvent en aucun cas être préétablis.
L’éducation doit être active. Toutefois nous constatons régulièrement une grande méprise sur la notion d’activité de l’enfant. Celle-ci ne peut se limiter à la mise en place de manipulations guidées par l’enseignant dans une progression figée. L’enfant doit conduire ses recherches. Il doit aussi non pas seulement choisir mais décider de sa démarche d’apprentissage (le tâtonnement pouvant alors y tenir toute sa place). « Celui qui suit quelqu’un, ne cherche rien » disait Montaigne.
Les apprentissages doivent être porteurs de sens pour chacun (y compris pour l’enseignant). « Mais s’appuyer sur du sens ne suffit pas, il est aussi nécessaire de construire du sens » comme le dit Gérard de Vecchi. (1)

Il convient de distinguer trois registres d’apprentissages d’égale importance : les connaissances (les savoirs théoriques), les savoir-faire opératoires (les savoirs d’action) (2), pour cela l’école doit bien être un lieu d’expérimentation, et les démarches et stratégies d’acquisition.
Une approche touchant à l’organisation globale de la classe :
• Par une pédagogie qui favorise l’émergence des questions des enfants (même celles qui ne sont pas au programme !), existence d’espace de paroles, exercice régulier de la critique, encouragement à la prise d’initiative.
• En s’affranchissant du cloisonnement des activités scolaires par discipline laissant ainsi beaucoup de champ aux recherches.
• En s’appuyant sur un travail d’équipe qui fait de l’hétérogénéité (des adultes et des enfants) une richesse.
• Par un aménagement de l’école, de la classe qui facilite le travail de recherche, qui stimule les questionnements (ateliers, lieux d’exposition, régie matériel, centre documentaire...). L’arrivée des aide-éducateurs devrait encourager la mise en place d’ateliers sciences facilitant les situations d’expérimentation)...
• Par une école ouverte sur son environnement, les pratiques scolaires doivent s’appuyer sur les lieux et personnes ressources.
Sans s’enfermer dans une vision techniciste de la pédagogie, il n’est pas possible de faire l’économie de recherche sur les méthodes et les outils pédagogiques. Toutes les méthodes, tous les supports pédagogiques ne se valent pas. Certaines laissent davantage de place à la recherche, à l’entreprise (nous pensons entre autre à la pédagogie du projet). C’est une dynamique qui caractérise fondamentalement l’acte d’apprendre comme l’explique Bernadette Aumont. (3)
Le plaisir et l’intérêt sont des moteurs de l’activité et de l’apprentissage. Les pratiques d’éducation nouvelle prennent appuie sur le plaisir voire l’enthousiasme suscité par les découvertes. L’enseignement en devient beaucoup plus efficace.
Le groupe est un élément important de l’apprentissage actif, qui invite à négocier les démarches d’apprentissage, à valoriser ses savoirs, ses savoir-faire, qui implique des situations de communication structurantes pour les acquisitions. Le travail de groupe se conçoit en articulation aux travaux individuels.
Notre association réaffirme ici son identité de mouvement d’éducation nouvelle et compte avec pertinence, voire impertinence, apporter sa contribution aux nécessaires évolutions de notre école.

1. Gérard de Vecchi, Nicole Carmona Magnaldi, « Faire construire des savoirs », Hachette Éducation.1996
2. J.-M. Barbier, « Savoirs théoriques et savoirs d’action », PUF, Paris, 1996
3. Bernadette Aumont « Les chemins de l’apprentissage », chapitre : Pour apprendre, il faut chercher et entreprendre, Retz-Ceméa.

Un rendez-vous pédagogique national
« Comment donner du sens à l’apprentissage des sciences à l’école ? »
• Une conférence de Gérard de Vecchi (maître de conférences en sciences de l’éducation à l’IUFM de Créteil) : « Comment donner du sens à l’apprentissage des sciences à l’école ». Cette conférence sera suivie d’un débat.
• Un choix entre cinq ateliers (le moteur électrique et l’électricité ; les mécanismes ; le corps humain ; la découverte du ciel ; l’eau dans l’environnement urbain) qui dureront chacun six heures. La proposition est de vivre une situation de recherche motivée par un projet, dans lequel chacun se sera engagé, aboutissant à des connaissances, des savoir-faire, source de plaisir et de motivation. Une situation dont on pourra s’inspirer dans sa pratique professionnelle.
• Des carrefours d’échanges sur des thèmes choisis par les participants autour de « Questions vives sur ma pratique de classe ».

Journées de pratique et de réflexion, les 31 mai et 1er juin 2000 à Rouen


31/05/2000

Tous les articles de :
  • Bruno Chichignoud