Psychosociologie et formation

Jean Maisonneuve, L’Harmattan, 2005

Jean Maisonneuve, qui a été professeur à l’Université Paris X Nanterre, vient de publier chez L’Harmattan Psychosociologie et formation, trente ans de formation relationnelle en groupe, dans la collection « Histoire et mémoire de la formation » fondée et dirigée par Jacky Beillerot et Michel Gault. Dominique Fablet, maître de conférences en sciences de l’éducation, habilité à diriger des recherches, en a assuré l’avant-propos. Avec un choix de textes antérieurement publiés et réactualisés par Jean Maisonneuve, cet ouvrage rend compte de l’apport de la psychosociologie à l’étude des groupes et à la formation des adultes selon différents dispositifs. Il traite des questions majeures relatives à la dynamique et aux relations dans les groupes. Pour terminer l’ouvrage, Jean Maisonneuve rappelle la spécificité de la psychologie sociale et ses tribulations en France. On retrouvera ou découvrira ici le style de Jean Maisonneuve, sobre, alerte, concis et clair, sachant faire entrer dans la complexité du psychosocial. L’expérience du groupe de formation et son utilité pour chacun sont mis en valeur, notamment pour ceux qui, dans l’exercice de leur métier, ont appris que certaines qualités relationnelles et une porosité au groupe sont nécessaires. Certains textes intéresseront particulièrement les enseignants car ce livre rappelle quelques données de base sur les attitudes dans la relation pédagogique et formative.
Dans la décennie 1970-1980, la psychosociologie avait le vent en poupe. A-t-elle seulement bénéficié d’un effet de mode ? Les psychosociologues ont-il été appelés après 1968 uniquement comme remède face aux conflits d’autorité ? Les a-t-on sollicités seulement pour rétablir de nouvelles régulations sans intérêt approfondi pour le groupal, le social ou l’institution dans la psyché et réciproquement ? Même dans les organisations dont les valeurs peuvent être qualifiées de démocratiques, participatives ou coopératives, l’intérêt pour le fonctionnement d’un groupe, pour les processus socio-affectifs et socio-opératoires s’est estompé. Sommes-nous entrés dans une période plus instrumentalisante que les précédentes qui ne laisserait guère de place à la psychosociologie, à ses valeurs et méthodes émancipatrices ? Si chez nombre d’auteurs, l’approche clinique en psychosociologie s’appuie sur les travaux de Winnicott et le concept de transitionnalité sur ceux de Michaël Balint et de la psychanalyse groupale, comme Jean Maisonneuve le souligne, la psychosociologie prend toujours en compte les réalités externes et pas seulement les réalités internes, d’où l’importance des groupes comme espaces intermédiaires et de circulation entre plusieurs ordres de réalité.
Certes, depuis la naissance de la dynamique des groupes avec Kurt Lewin et l’essor de la psychanalyse groupale, un fossé s’est ouvert entre les psychanalystes de groupe et les psychosociologues y compris ceux dont les travaux se réfèrent à la psychanalyse. La psychosociologie a été parfois stigmatisée par les psychanalystes comme trop intéressée par les réalités externes, les modalités pratiques ou pédagogiques, la résolution des problèmes d’action. Par l’aide que les psychosociologues ont apportée à leurs interlocuteurs dans l’analyse des situations, ils ont parfois été moqués sinon accusés de renforcer les résistances à l’abord des réalités psychiques et des processus fantasmatiques en groupe ou en institution... Ils ont parfois été comme accusés d’encourager des plongées dans l’imaginaire en prenant en compte les réalités matérielles. Devant le regain du malaise dans la culture et la résistible montée de la destructivité, peut-être les controverses vont-elles prendre une nouvelle tournure et plus de densité et qu’elles seront moins chargées de préjugés à l’égard du groupe ou du social. Ce livre devrait y contribuer. Jean Maisonneuve réouvre notamment le débat sur le concept d’illusion groupale, proposé par Didier Anzieu ; il réinterroge le registre de réalité de cette illusion et ses fonctions. Jean Maisonneuve revient sur les sentiments que l’on peut éprouver à être dans un bon groupe, mieux, dans le bon groupe, le groupe prédestiné pour soi, comme s’il ne pouvait y en avoir aucun autre, selon ce que l’on ressent subjectivement. S’il souscrit à la dimension de l’illusion, Jean Maisonneuve estime qu’il y a aussi une part de bien-être réel possible auprès des autres et avec les autres et en groupe sans laquelle le lien interhumain serait inconsistant. Par son intérêt pour les groupes, les processus de groupes, l’approche psychanalytique des groupes et ses travaux sur les relations affinitaires et l’amitié, Jean Maisonneuve montre qu’il connaît l’importance des réalités internes autant que des réalités externes et cadres sociaux et qu’il accorde de l’importance à leurs imbrications mais aussi aux dimensions relationnelles, dans la durée et dans l’ici et maintenant, dimensions qui ne relèvent pas de la seule illusion intersubjective, des émotions de groupe, du clivage dedans-dehors ou d’une imaginaire capacité de sympathie avec l’autre ou plusieurs autres et en groupe.
Le sous-titre de l’ouvrage fait implicitement référence au cursus de formation en psychologie sociale clinique portant sur les relations dans les groupes, la formation et l’intervention psychosociologiques. C’est peu après la création dans la ville de Nanterre d’un nouveau site universitaire, au début des années soixante, et après l’ouverture d’un département de psychologie, que cette formation a été conçue grâce à l’impulsion initiale de Jean Maisonneuve pour la psychologie sociale avec Jean-Claude Filloux et Gilles Ferry pour les sciences de l’éducation. Quelques générations d’étudiants, aujourd’hui psychosociologues ou psychologues cliniciens, ou œuvrant en sciences de l’éducation, ont été formés à Nanterre en psychologie sociale clinique en passant par la maîtrise IF (Initiation à la Formation et aux relations dans les groupes) puis par le DESS Conseil et formation psychosociologiques, dont la responsabilité avait été confiée à Jean Dubost dès la création des DESS. Sans doute, pour soutenir l’intérêt de l’expérience du groupe de formation, comme le fait Jean Maisonneuve dans son ouvrage, faut-il ne pas avoir peur de soi et des autres, faut-il se sentir suffisamment bien en présence d’autrui, se sentir stimulé par la présence d’autrui, poreux à la diversité des affinités potentielles à découvrir et à cultiver ?

André Sirota



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  • 31/12/2005
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