17/03/2010
Ces 15-18 ans qui nous questionnent...


« Il nous faut pourtant faire la différence entre les enfants, les adolescents et les jeunes adultes pour ne pas nous tromper et répondre, en tant qu’éducateurs, aux besoins des adolescents tout en nous référant à leurs attentes, leurs intérêts »

Cette intervention visant à travailler sur la connaissance du public adolescent commence par cette question : « Finalement, qui sont ces 15 – 18 ans ? »

 Des ruptures dans les rapports à son environnement

On peut considérer qu’à cet âge, l’adolescence est en train de se terminer. Beaucoup des transformations sont déjà bien engagées, « ils sont dans l’adolescence ». Physiquement, ils finissent de grandir, le cœur a fini de se développer, permettant des efforts longs, impossibles jusque-là et qui changent le rythme des activités pratiquées. La sexualité est en plein développement, le corps poursuit son changement, les envies aussi et les adolescents en ont conscience. Cette remarque nous renvoie aux 4 ruptures acceptées et regrettées de l’adolescence développées par Alain Braconnier, médecin psychiatre et psychanalyste (« Le guide de l’adolescent », Odile Jacob, 2007...)

- 1. Rupture par rapport à la dépendance à la famille

A l’entrée au collège, cette rupture se traduit par une déclinaison enfantine. Dans un premier temps, vers 14- 16 ans, l’adolescent demande à ses parents de le déposer avant le collège pour arriver seul et paraître grand, c’est aussi le moment où les jeunes sont demandeurs d’indépendance, veulent faire des choses sans les adultes. On va dormir chez des amis, on passe les après-midi entre jeunes, sans les parents mais souvent encore sous le regard d’un adulte un petit peu plus à distance. Plus tard, vers 16-17 ans, on prend conscience que l’autonomie que l’on gagne est inéluctable et nécessaire. Cette indépendance est revendiquée et démonstrative vis-àvis des autres, des copains, des adultes, mais en même temps ils sont dans une quête permanente (mais loin du regard des autres) de l’affection des parents. Elle est confusément inquiétante, apportant de nouvelles libertés mais apportant aussi la conscience du temps qui passe et du fait que l’on est amené à remplacer ses parents dans la société, à vivre après leur mort. Cette inquiétude et ce besoin d’indépendance se traduit souvent par des rapports conflictuels avec la famille qui reste tout de même le seul point de repère intangible.

- 2. Acceptation de la sexualité.

Cette partie importante des changements dans la relation à l’autre est source d’excitation, de réjouissance et d’envie de découverte mais aussi d’inquiétude. A ce sujet, un certain nombre d’études montre que l’inquiétude est plus forte pour les garçons que pour les filles, que les questionnements sont aussi très importants pour les garçons. « Vais-je être à la hauteur ? Suis-je normal ? » La pression sociale est forte et il faut y répondre. Cette question et ces inquiétudes fragilisent les adolescents et influent sur les comportements pour maintenir une image publique qui ne laisse pas paraître ces questionnements.

- 3. La projection dans l’avenir

Là encore il existe une dualité chez les adolescents dans la façon de se projeter dans l’avenir. D’un côté il y a un enthousiasme à se projeter dans un avenir d’adulte rayonnant et abouti, qui a un travail qui lui plaît, une famille et une indépendance qui permettent de s’épanouir. De l’autre côté, il prend conscience des contraintes qu’impose une vie d’adulte et ne souhaite pas forcément les assumer. Les adolescents se réfugient alors dans un mode de vie « Carpe Diem », sur le mode de ce que l’on peut voir dans le film Le Cercle des poètes disparus, on vit les choses au rythme où elles se présentent sans doute parce qu’il est trop difficile de se décider à s’engager dans un avenir qui promet de permettre d’avancer mais dans lequel, une fois engagé il faudra assumer des contraintes d’adulte avec toutes les incertitudes que suppose l’inconnu.

- 4. Le contrôle des pulsions

L’adolescence est le moment où l’on comprend, on admet qu’il faut maîtriser ses pulsions et ses émotions. On développe un contrôle de soi bénéfique qui permet de moins rougir en public, d’être moins maladroit et moins impulsif dans ses gestes@ Ce même contrôle permet aussi de maîtriser ses envies de faire des bêtises, de respecter les codes sociaux selon les situations. Cette maîtrise est souvent mal vécue par les adolescents qui y voient là une soumission à des règles qu’ils n’ont pas choisies, à l’ordre dominant. Et c’est aussi ce sentiment qui amène à des comportements contestataires. Des réalités différentes et des changements dans la relation aux accueils collectifs Mais parler des 15-18 ans, ce n’est pas parler d’une catégorie homogène de jeunes dont on peut tirer des généralités sans apporter quelques modulations. A 16 ans, c’est la fin de la scolarité obligatoire et c’est aussi la première étape de l’orientation scolaire. Selon le choix qui est fait, les réalités sont différentes : le choix d’une scolarité en cycle long n’amène pas les adolescents dans le même monde que le choix d’une scolarité courte ou, à plus forte raison, de l’apprentissage. L’indépendance financière sera plus ou moins rapide que l’on soit étudiant ou apprenti, se développe aussi parfois un certain complexe du savoir entre les filières longues et les filières « pro ». Les jeunes en apprentissage ou dans les filières courtes ne se jugeant « pas capables » de discuter ou de réfléchir comme pourraient le faire les étudiants des filières longues. C’est aussi l’approche de la majorité légale et notamment la possibilité de passer le permis de conduire, symbole de l’indépendance. C’est dans ce cadre que les structures de jeunesse, qu’ils connaissent souvent depuis leur enfance, essaient de leur proposer un accueil et des activités. Le public qui était captif jusque là, amené par les parents qui souhaitaient les voir au centre, devient un public volatile qu’il faut dans un premier temps faire venir au centre. Il est donc nécessaire de les intéresser, de leur montrer un intérêt pour eux à venir tout en étant vigilant à ne pas devenir démagogique et quitter notre rôle éducatif pour les séduire, en faire uniquement des clients de ces structures.

 Modes et cultures

Enfin on ne pourrait pas parler des caractéristiques de l’adolescence sans évoquer la relation qui existe (et la confusion) entre intérêt et besoin. Le poids de l’environnement et de la société de consommation est prégnant aussi à cet âge, ce qui fait dire à Jean François : « Dans nos sociétés, l’adolescence, quand on la situe, est devenue moins une tranche d’âge qu’une classe sociale avec son pouvoir d’achat ». La vision qu’en ont ceux qui n’y sont pas met aussi les adolescents sous pression. Les plus jeunes ont hâte d’y être pour grandir plus vite, pendant que les adultes idéalisent ce qu’ils ont pu y vivre créant une nouvelle catégorie, les « adulescents », qui cherchent à se comporter comme de grands ados. Il nous faut pourtant faire la différence entre les enfants, les adolescents et les jeunes adultes pour ne pas nous tromper et répondre, en tant qu’éducateurs, aux besoins des adolescents tout en nous référant à leurs attentes, leurs intérêts.

Ces constatations nous obligent à faire la distinction entre ce que l’on nous présente comme une culture adolescente et les modes qui touchent les adolescents. Les modes sont des supports temporaires qui permettent aux individus une identification à un groupe ; elles ne sont que de passage lorsque la culture serait un élément plus permanent. Si l’adhésion à la musique, l’importance du paraître peuvent apparaître comme des éléments de la culture adolescente, et répondent à un certain nombre de besoins que l’on identifie ensuite, le « rap » et les « jeans slim » restent des modes comme l’ont été le rock et les cheveux longs à leur époque. Si le mécanisme contestataire qui sous-tend le succès de ces mouvements reste le même (ce que l’on identifiera à la culture adolescente), sa traduction varie selon les périodes (ce que l’on identifiera à la mode). Les modes emprisonnent et briment, notre rôle d’éducateur est donc d’identifier les besoins qui se cachent derrière pour y répondre et permettre aux individus de se construire et de progresser :
- Exister : Agir, Produire, Créer Chaque adolescent a le besoin d’exister, de se sentir vivre et d’être utile. Le fait d’agir, de produire ou de créer permet à l’individu de laisser une trace. De même que les adultes font des enfants pour continuer de vivre après leur mort, par le souvenir qu’ils laissent, les adolescents ont le besoin de laisser une trace pour le collectif, dans la société. Construire pour se construire.
- Exprimer, s’exprimer Par les arts, par la musique, parfois par l’écrit ou par l’oral, les adolescents ressentent le besoin d’affirmer leurs convictions, leurs doutes, de tester leurs idées en commençant leurs phrases par le « Moi, je@ ». Les messages sont parfois directs, parfois indirects, comme ces bandes qui discutent l’air de rien à côté d’un professeur dans le couloir du lycée.
- Se socialiser Les phénomènes de modes, de bandes, de « meilleurs amis » sont des illustrations de ce besoin de socialisation. Le besoin de s‘identifier à un groupe, se rassurer quant à sa normalité pousse les adolescents à se rassembler mais aussi à se séparer pour affirmer ou construire une identité. Ce que renvoie l’autre est une sorte de miroir qui rassure sur ses propres choix. « Je ne suis pas le seul, je ne suis donc pas tout à fait dans le faux, je suis normal. » Mais alors que doit-on penser de la solitude, de ces adolescents solitaires ? Est-ce une solitude voulue ou subie ? Comment y répond-on ? Quelques pistes pour des actions réalistes et concrètes De ces quelques remarques sur l’adolescence, il est intéressant de faire le lien avec quelques principes que l’on peut retrouver dans les actions d’animation à destination des 15-18 ans :
- Tenir compte du réel, s’appuyer sur le réel pour « faire du vrai » qui donnera du sens et ne sera pas une simple action qui vise à séduire et rester sur les intérêts superficiels que peuvent exprimer les adolescents au premier abord. C’est-à-dire ancrer ces actions dans un environnement, en fonction des besoins fondamentaux des jeunes qui s’inscrivent dans le projet. S’appuyer sur la vie du quartier pour accompagner les plus âgés, ou les plus jeunes, donner des responsabilités vers l’extérieur et la vie locale en préparant, par exemple, les adolescents à être babysitter dans le quartier, en leur proposant de passer le BAFA et en les accompagnant dans cette aventure, en inscrivant leur action dans l’histoire du quartier et de ses habitants.
- Tenir compte du rapport au temps des adolescents et de la difficulté de se projeter dans un temps long qui sépare le moment où l’on s’inscrit sur une action et sa réalisation. Entre temps, il y aura eu les difficultés rencontrées pour monter le projet, les phénomènes de groupes qui, lorsqu’un se désengage, entraîne les autres. Puis ils reviendront@ Comment dans cette situation monter un projet à plusieurs mois pour partir en vacances, en voyage ou en chantier solidaire ? Faut-il pour autant ne proposer que des projets courts, à la semaine voire à la journée ? Et pourtant les adolescents ont besoin de s’engager, et c’est aussi la durée qui donne du sens et la satisfaction d’avoir réussi quelque chose.
- Enfin, où est l’adulte et que fait-il ? Il reste une aide à la réussite du projet et doit être celui qui donne la visibilité à la réussite tout en accompagnant à l’autonomie. Et l’on retombe sur le besoin de doser notre action entre accompagner et faire à la place. Entre le besoin d’autonomie des adolescents sur les projets (et si l’on parle de projets longs la question est encore plus importante) et le devoir de réussir le projet collectif pour qu’il soit constructif et non destructeur. Si l’on parle de monter un projet de vacances et que l’on engage le projet, il faut qu’un groupe parte en vacances. Peut-être que l’adulte aura dû faire beaucoup de choses à certains moments, mais il faudra aussi qu’il sache profiter des moments d’engagement pour lancer le groupe en autonomie. L’adulte a un devoir d’aider l’adolescent à réussir. En conclusion, il est important dans cette phase de leur vie que les adolescents puissent rencontrer des adultes de passage qui les accompagnent dans ce temps de transition vers l’âge adulte puis qui disparaîtront sûrement. Il faut des adultes en capacité d’écoute qui soient capables de les accompagner dans cette transition. « Des adultes identificatoirs positifs » (d’après le docteur Zeller dans une intervention d’un regroupement des CEMEA).

Benoit Leutreau




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