22/11/2010
L’école russe, aujourd’hui comme hier, le pôle central de l’action éducative publique

aticle rédigé par Michel DUTERDE & Joëlle BORDET


Cet article met en perspective le séminaire européen tenu en octobre 2009, avec des représentants italiens, ukrainiens, russes et français avec le travail mené depuis 1992 par les CEMEA (France) à Tcheliabinsk (Oural). En effet, ce séminaire s’inscrit dans une longue histoire d’échanges, de réflexions et de collaborations avec la direction de l’éducation de la ville d’abord et l’Institut pédagogique de la région aujourd’hui.

Ainsi la première rencontre a eu lieu sur place, dès l’effondrement du système soviétique et dès l’ouverture aux pays occidentaux.
Tcheliabinsk, ville très stratégique pour l’URSS sur le plan militaire et industrielle a été fermée de longues années aux étrangers ; depuis très longtemps, la France représente un pôle de liberté, et de culture. L’école 48, lieu de référence central de nos échanges est animée par des professeurs parlant parfaitement le français, amoureux de la culture française. Sans l’avoir tout à fait anticipé, nous devenons alors les « ambassadeurs de la France » et sommes très émus quand la chorale de l’école chante « Paris, mon amour », et au long des années, met en scène cet attachement pour notre culture. Au fil du temps, en filigrane des contenus de nos réflexions, cette posture ne change pas ; représentant de la France et de ce lien complexe entre la Russie et la France, établi dès le 19ème siècle, ces échanges constituent dans cette région de l’Oural sud, un pôle de la francophonie. Dès lë début le thème de nos échanges porte sur le rôle des pédagogues sociaux au sein de l’école. L’école recouvre à la fois l’école élémentaire, secondaire et le lycée. A la différence de la France, le champ péri-scolaire, éducatif et culturel, et pour une grande part sportif est intégré à l’école. Les professionnels de l’école :enseignants et pédagogues sociaux animent ces champs d’action à l’intérieur de l’école, en lien avec l’ensemble des dynamiques du quartier, ainsi, ils coopèrent avec la police, les médecins, les centres de santé, les habitants eux¬mêmes. L’école est un des centres d’animation et de la vie locale.
De fait, toutes ces activités complémentaires à l’enseignement sont mises en œuvre au sein du système scolaire. Tous les enfants et jeunes y participent. C’est ainsi un objet global, complexe, auquel tous les jeunes et enfants sont obligatoirement participants. L’état, relayé par la municipalité, par l’Institut pédagogique y est représenté et porte la responsabilité de cet objet global. Ainsi, la notion de « milieu ouvert », au sens français, ou de complémentarité avec l’école n’existe pas. Le point central de référence et d’organisation est l’école. Ainsi, l’école 72 où nous avons aussi beaucoup travaillé, comptait plus de trente pédagogues sociaux, chargés à la fois des dynamiques éducatives, sociale, et de la santé en 1992. Aujourd’hui, le dernier séminaire et nos échanges avec les responsables pédagogiques montrent que l’école continue à être ce lieu organisateur, objet global ; pourtant, il semble que les possibilités et les pédagogues sociaux sont beaucoup moins nombreux. Ainsi, ces dimensions, en particulier de protection sociale et de santé sont davantage renvoyées à la responsabilité des parents et au champ économique privé. En effet, l’école russe à Tcheliabinsk ne s’est pas ouverte ou décentralisée par la création de plusieurs pôles au sein du quartier, mais elle a perdu sa capacité.

Depuis de nombreuses années, les responsables de la direction de l’éducation de la ville et de l’Institut pédagogique, ont tenté de mettre en œuvre, des politiques d’intervention sociale et préventive relative aux jeunes, en grandes difficultés sociale et psychologique. Lors de notre arrivée, la présence de jeunes « dans la rue » n’existait pas, tous étaient pris dans l’Institution soit en milieu scolarisé, soit dans des internats spécialisés, parfois dans des conditions très rudes. Aujourd’hui, nombre de jeunes en rupture scolaire, aux prises avec la toxicomanie et le chômage constituent la nouvelle jeunesse de la rue. Il ne s’est pas constitué un point d’intervention publique en un milieu ouvert et préventif, malgré le souci des responsables russes. Des associations de type caritatif et humanitaire, souvent d’obédience religieuse se développent et interviennent auprès de ces jeunes.
Le séminaire européen d’échanges et de coopération mis en œuvre dans le fil de ces travaux et de cette histoire commune a constitué un grand évènement pour l’institut pédagogique de la région de Tcheliabiask aujourd’hui dirigé par V. Kaspikov, présent lui aussi très tôt dans cette coopération. La délégation composée de représentants éducatifs de ces différentes nationalités a été reçue dans plus de trente écoles de la région de Tcheliabinsk,par des associations de jeunes et les élus et responsables de cinqs villes et village.
Les responsables russes, à la fois de l’Institut pédagogique et des différentes écoles ont été très intéressés par l’élaboration collective. Ils étaient dans une grande attente de réflexivité ; cela a été l’occasion de faire ensemble le point des transformations. Plusieurs aspects ont attiré notre attention et ont été mis au débat :

  • l’école russe que nous avons rencontré continue à être cet objet global, complexe et centralisé. Ainsi les aspects éducatifs, artistiques, sportifs mais aussi sociaux, continuent à avoir une grande place au sein de l’école. L’école n’a pas pour mission essentiellement reconnue la performance scolaire, mais est une école où d’autres dimensions de la réalisation de soi sont prises en compte. Il s’agit davantage d’une école de l’excellence, que de la performance, au sens technocratique. Pour autant, celle-ci continue à être très centralisée, les écoles sont en permanence évaluées et mise en concurrence au regard de l’excellence. De nombreux programmes sont de nouveau définis à Moscou, au centre du pays. Ainsi, le programme relatif à la citoyenneté est nommé maintenant programme de citoyenneté et de patrimoine, les contenus sont définis au ministère central et mis en œuvre dans des modalités proches dans toute la Russie.
    Cependant, les écoles en accord avec l’Institut pédagogique développent des axes spécifiques, ainsi certains ont choisi le thème de coopération entre la famille et l’école, d’autres celui des médias et de l’école, d’autres encore celui de la paix, de l’ouverture au monde, ou encore des activités scientifiques.
    Dans la mise en œuvre de ces axes, les professionnels de l’école, enseignants et pédagogues sociaux ont associé fortement les parents et les réseaux de quartier. Des ateliers très divers en sont nés : ainsi dans l’école ayant développé le thème des médias, les adolescents deviennent apprenants des parents à propos de l’informatique et de l’internet, dans l’école ayant pour ouverture au monde des échanges de lettres et de jeunes sont établis avec le Brésil, la Corée, la Chine, la France, dans l’école ayant pour thème la paix, les jeunes participent au programme national de commémoration pour les jeunes soldats morts pendant la guerre mondiale sur le front de Leningrad.
    Exemples significatifs de l’évolution de la Russie d’aujourd’hui et de son influence sur l’école russe. Combinant à la fois une démarche descendante très puissante et un système clientéliste local très fort où les parents sont présents, responsables des écoles et l’ enseignants vivent de grands tensions ; l’école, objet global, culturel et d’éducation publique continue à être une référence centrale travaillée par ces tensions. La confiance établie depuis plusieurs années nos connaissances antérieures nous ont permis, au delà des visites. de poursuivre cette élaboration sur l’évolution de l’école russe et sur les tensions actuelles avec cette question permanente et essentielle ,dans ce contexte de profond bouleversement :quelle école(dans sa dimension russe) pour quelle société civile russe ?



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