Ne baissons pas les bras : l’avenir est devant nous, Jacques Ladsous (VST n°110)

J’aimerais aujourd’hui rapprocher deux et
peut-être trois événements qui, apparemment,
n’ont aucun rapport, sinon qu’ils donnent
à réfléchir sur ce qui permet aux idées
sur l’éducation de trouver toute leur place,
de s’élargir, d’évoluer au service des personnes,
jeunes et moins jeunes, plutôt que
d’entretenir et de fortifier les normes
sociales.


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Prenons d’abord ce colloque de novembre
qui s’intitulait : « L’éducation nouvelle au service
d’une nation à réformer, entre espoirs
et réalités », et qui portait sur la période du
XXe siècle, allant de 1930 à 1970. Il était préparé
par le Pôle d’archives de la jeunesse et
de l’éducation populaire (PAJEP) et par le
musée de la Résistance. Est-ce à dire que
l’éducation nouvelle ait été une invention
de la Résistance ? Certainement pas. Présente
comme démarche dès l’Antiquité,
trouvant son expression au cours des
siècles, ici ou là, à travers des éducateurs
d’avant-garde, elle s’est néanmoins fortifiée
au moment du Front populaire – moment,
rappelons-le, qui a vu la naissance de
notre mouvement – et s’est épanouie,
amplifiée, à la suite des travaux du Conseil
national de la Résistance (CNR). Consolidée
par les avancées sociales, cheminant en
sourdine sous le régime de Vichy, avec les
contradictions de cette période, elle a pris
son plein essor à la Libération. Rappelonsnous
le psychologue Henri Wallon, un
moment ministre de l’Éducation nationale,
président du Groupe français d’éducation
nouvelle, coauteur avec le professeur
Langevin d’une réforme de l’éducation, promoteur
des classes nouvelles dans l’enseignement
secondaire. Si seulement notre
pays avait eu l’audace, en bousculant certaines
habitudes, de réaliser ce plan, au lieu
d’en prendre quelques bribes sans vraiment
réformer l’ensemble, le service public de
l’Éducation nationale ne serait pas ce qu’il
est devenu aujourd’hui, reléguant notre pays
parmi les dernières nations qui se disent
avancées. Mais là n’est pas mon propos. À
travers les interventions et les communications
de ce colloque, je découvrais ce que
devait à la résistance ce mouvement d’éducation
nouvelle, doublé du développement
de l’éducation populaire, et je
tremblais d’indignation devant les régressions
que nous connaissons aujourd’hui
dans les sphères publiques du pouvoir.
Et justement s’élevait alors la voix d’un
ancien membre du Conseil national de la
Résistance, Stéphane Hessel, qui ne pouvait
retenir son indignation devant la
dégradation de nos valeurs, et nous engageait
à entrer dans une sorte de résistance,
pour retrouver les valeurs perdues, et
nous redonner souffle et vigueur, ainsi qu’à
nos enfants.

L’éducation nouvelle serait-elle donc liée à
cet esprit de résistance qui fait que nous ne
pouvons tolérer les modes de vie qui nous
font trébucher sur les valeurs républicaines
inscrites en lettres d’or dans notre constitution
comme sur les murs de nos édifices
publics : liberté, égalité, fraternité ? Ces mots
que nos ancêtres nous ont légués, non
comme des incantations vides de sens, mais
comme des principes de vie sociale, qui nous
préservent tant de l’anarchie que de la
confiscation du pouvoir par un clan qui se
donne tous les droits.
Et justement, dans ce week-end de janvier,
nous avons vu revivre nos affiches du
congrès d’Aix : Résister, mobiliser, construire.
Tout un programme que nous nous sommes
efforcés d’exploiter, de rendre lisible et de
transformer en action. En écho à Stéphane
Hessel, Indignez-vous !1, en écho à
Philippe Meirieu, Le devoir de résister 2, en
écho à mille et un collectifs qui, partout en
France, tentent de remobiliser les énergies
et dont bien souvent nous sommes partie
prenante, nous nous lançons dans un
projet d’action pour les quatre années à
venir, qui devrait valoriser l’éducation nouvelle
en lui trouvant les applications larges
dont le monde a besoin :
– redonner de la vigueur à l’éducation
populaire et à la promotion sociale : que nos
formations de courte ou de longue durée
soient le creuset d’une réflexion politique
qui donne au « vivre ensemble » toute sa
signification ;
– développer l’esprit critique par rapport
à la pensée unique et aux conditionnements
entretenus par les médias : c’est ce
à quoi correspond l’association Information
et citoyenneté que nous avons mise
en place avec les Francas et la Ligue de l’enseignement
 ;
– sans pouvoir échapper complètement
aux règles du marché, sous peine de disparaître,
élaborer avec tous les partenaires
de l’économie sociale, une stratégie permettant
de lutter contre les concurrences,
pour renforcer les complémentarités ;
– élargir la notion de territoire, dans lequel
on voudrait parfois nous enfermer, en
favorisant les échanges, la mobilité, la
découverte et l’accueil ;
– donner au développement durable une
définition qui ne l’inscrive pas seulement
dans le développement économique, mais
aussi dans celui de chaque personne,
amenée à se construire pour durer, et
faire avancer le progrès ;
– redonner toute sa force à la notion de service
public, sans pour autant refuser les initiatives
privées qui sont porteuses de
missions de service d’intérêt général, ce qui
suppose à certains moments une certaine
forme d’insoumission, voire de « désobéissance
civile » ;
– promouvoir une véritable refonte de la
scolarité, en cassant les processus élitistes,
responsables de l’échec scolaire. L’école doit
être le lieu où chacun doit pouvoir accéder,
à son rythme et sans classement hiérarchique,
aux connaissances dont il a besoin.
Utiliser le moteur de l’activité à travers
laquelle chacun peut expérimenter et
concevoir. Pour cela, reconquérir les enseignants,
qui n’ont plus de formation, en leur
proposant des actions avec nous. Et en favorisant
les initiatives ;
– élargir la notion de culture à toutes les
cultures du monde. Ce qui suppose d’être
ouvert à tout ce qui est classique, comme
à tout ce qui peut apparaître comme nouveau.
La culture n’est pas conservatrice. Elle
est aussi créatrice. C’est dans ces deux
dimensions qu’elle s’inscrit dans le développement
 ;

– stopper toutes les activités qui tendent à
stigmatiser la jeunesse. Nous savons que les
jeunes tâtonnent, expérimentent, bouleversent
les acquis. Soyons à l’écoute, et
offrons-leur des « aventures » et des rôles
qui leur permettent d’avoir confiance en
eux. C’est le « devoir d’avenir » que proposait
à notre pays le rapport de la commission
présidée par Charvet ;
– vivre dans nos fonctions, comme dans nos
initiatives, la laïcité telle que nous l’avons
toujours définie, porteuse de valeurs dans
lesquelles les notions de respect de nos différences
tiennent une place fondamentale,
ce qui n’exclut ni le débat ni l’écoute réciproque,
au contraire.
Nous n’avons donc pas la volonté de tout
vouloir contrôler, mais plutôt de créer les
conditions d’un échange et d’un partage,
qui nous entraînent tous vers une amélioration,
un progrès ; ce qui suppose que nous
continuions à accepter de nous former les
uns et les autres, les uns par les autres, les
uns avec les autres, sans discontinuité.
Tous cela va bien plus loin que l’indignation,
même si celle-ci est nécessaire à la prise de
conscience des réalités de notre quotidien
pluriel.

JACQUES LADSOUS


26/05/2011




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