26/05/2011
Ne baissons pas les bras : l’avenir est devant nous, Jacques Ladsous (VST n°110)


J’aimerais aujourd’hui rapprocher deux et peut-être trois événements qui, apparemment, n’ont aucun rapport, sinon qu’ils donnent à réfléchir sur ce qui permet aux idées sur l’éducation de trouver toute leur place, de s’élargir, d’évoluer au service des personnes, jeunes et moins jeunes, plutôt que d’entretenir et de fortifier les normes sociales.

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Prenons d’abord ce colloque de novembre qui s’intitulait : « L’éducation nouvelle au service d’une nation à réformer, entre espoirs et réalités », et qui portait sur la période du XXe siècle, allant de 1930 à 1970. Il était préparé par le Pôle d’archives de la jeunesse et de l’éducation populaire (PAJEP) et par le musée de la Résistance. Est-ce à dire que l’éducation nouvelle ait été une invention de la Résistance ? Certainement pas. Présente comme démarche dès l’Antiquité, trouvant son expression au cours des siècles, ici ou là, à travers des éducateurs d’avant-garde, elle s’est néanmoins fortifiée au moment du Front populaire – moment, rappelons-le, qui a vu la naissance de notre mouvement – et s’est épanouie, amplifiée, à la suite des travaux du Conseil national de la Résistance (CNR). Consolidée par les avancées sociales, cheminant en sourdine sous le régime de Vichy, avec les contradictions de cette période, elle a pris son plein essor à la Libération. Rappelonsnous le psychologue Henri Wallon, un moment ministre de l’Éducation nationale, président du Groupe français d’éducation nouvelle, coauteur avec le professeur Langevin d’une réforme de l’éducation, promoteur des classes nouvelles dans l’enseignement secondaire. Si seulement notre pays avait eu l’audace, en bousculant certaines habitudes, de réaliser ce plan, au lieu d’en prendre quelques bribes sans vraiment réformer l’ensemble, le service public de l’Éducation nationale ne serait pas ce qu’il est devenu aujourd’hui, reléguant notre pays parmi les dernières nations qui se disent avancées. Mais là n’est pas mon propos. À travers les interventions et les communications de ce colloque, je découvrais ce que devait à la résistance ce mouvement d’éducation nouvelle, doublé du développement de l’éducation populaire, et je tremblais d’indignation devant les régressions que nous connaissons aujourd’hui dans les sphères publiques du pouvoir. Et justement s’élevait alors la voix d’un ancien membre du Conseil national de la Résistance, Stéphane Hessel, qui ne pouvait retenir son indignation devant la dégradation de nos valeurs, et nous engageait à entrer dans une sorte de résistance, pour retrouver les valeurs perdues, et nous redonner souffle et vigueur, ainsi qu’à nos enfants.

L’éducation nouvelle serait-elle donc liée à cet esprit de résistance qui fait que nous ne pouvons tolérer les modes de vie qui nous font trébucher sur les valeurs républicaines inscrites en lettres d’or dans notre constitution comme sur les murs de nos édifices publics : liberté, égalité, fraternité ? Ces mots que nos ancêtres nous ont légués, non comme des incantations vides de sens, mais comme des principes de vie sociale, qui nous préservent tant de l’anarchie que de la confiscation du pouvoir par un clan qui se donne tous les droits. Et justement, dans ce week-end de janvier, nous avons vu revivre nos affiches du congrès d’Aix : Résister, mobiliser, construire. Tout un programme que nous nous sommes efforcés d’exploiter, de rendre lisible et de transformer en action. En écho à Stéphane Hessel, Indignez-vous !1, en écho à Philippe Meirieu, Le devoir de résister 2, en écho à mille et un collectifs qui, partout en France, tentent de remobiliser les énergies et dont bien souvent nous sommes partie prenante, nous nous lançons dans un projet d’action pour les quatre années à venir, qui devrait valoriser l’éducation nouvelle en lui trouvant les applications larges dont le monde a besoin : – redonner de la vigueur à l’éducation populaire et à la promotion sociale : que nos formations de courte ou de longue durée soient le creuset d’une réflexion politique qui donne au « vivre ensemble » toute sa signification ; – développer l’esprit critique par rapport à la pensée unique et aux conditionnements entretenus par les médias : c’est ce à quoi correspond l’association Information et citoyenneté que nous avons mise en place avec les Francas et la Ligue de l’enseignement  ; – sans pouvoir échapper complètement aux règles du marché, sous peine de disparaître, élaborer avec tous les partenaires de l’économie sociale, une stratégie permettant de lutter contre les concurrences, pour renforcer les complémentarités ; – élargir la notion de territoire, dans lequel on voudrait parfois nous enfermer, en favorisant les échanges, la mobilité, la découverte et l’accueil ; – donner au développement durable une définition qui ne l’inscrive pas seulement dans le développement économique, mais aussi dans celui de chaque personne, amenée à se construire pour durer, et faire avancer le progrès ; – redonner toute sa force à la notion de service public, sans pour autant refuser les initiatives privées qui sont porteuses de missions de service d’intérêt général, ce qui suppose à certains moments une certaine forme d’insoumission, voire de « désobéissance civile » ; – promouvoir une véritable refonte de la scolarité, en cassant les processus élitistes, responsables de l’échec scolaire. L’école doit être le lieu où chacun doit pouvoir accéder, à son rythme et sans classement hiérarchique, aux connaissances dont il a besoin. Utiliser le moteur de l’activité à travers laquelle chacun peut expérimenter et concevoir. Pour cela, reconquérir les enseignants, qui n’ont plus de formation, en leur proposant des actions avec nous. Et en favorisant les initiatives ; – élargir la notion de culture à toutes les cultures du monde. Ce qui suppose d’être ouvert à tout ce qui est classique, comme à tout ce qui peut apparaître comme nouveau. La culture n’est pas conservatrice. Elle est aussi créatrice. C’est dans ces deux dimensions qu’elle s’inscrit dans le développement  ;

– stopper toutes les activités qui tendent à stigmatiser la jeunesse. Nous savons que les jeunes tâtonnent, expérimentent, bouleversent les acquis. Soyons à l’écoute, et offrons-leur des « aventures » et des rôles qui leur permettent d’avoir confiance en eux. C’est le « devoir d’avenir » que proposait à notre pays le rapport de la commission présidée par Charvet ; – vivre dans nos fonctions, comme dans nos initiatives, la laïcité telle que nous l’avons toujours définie, porteuse de valeurs dans lesquelles les notions de respect de nos différences tiennent une place fondamentale, ce qui n’exclut ni le débat ni l’écoute réciproque, au contraire. Nous n’avons donc pas la volonté de tout vouloir contrôler, mais plutôt de créer les conditions d’un échange et d’un partage, qui nous entraînent tous vers une amélioration, un progrès ; ce qui suppose que nous continuions à accepter de nous former les uns et les autres, les uns par les autres, les uns avec les autres, sans discontinuité. Tous cela va bien plus loin que l’indignation, même si celle-ci est nécessaire à la prise de conscience des réalités de notre quotidien pluriel.

JACQUES LADSOUS




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