Introduction au dossier "Histoires de familles" - VST n°110
MONIQUE BESSE, CARINE MARAQUIN

Une prise de conscience semble s’être
opérée dans l’éducation spécialisée et le travail
social en ce qui concerne les représentations
et la place des familles des
enfants, des adolescents et des adultes
accompagnés ou accueillis par les différents
services et établissements. Et celle-ci génère
des pratiques et des dispositifs nouveaux.


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C’est cet axe qu’explore ce dossier.
On a longtemps pensé que les professionnels
pouvaient travailler en mettant les
parents à distance. Or ils sont toujours présents
dans l’univers de leurs enfants, et ce
d’autant plus qu’ils sont tenus à distance.
Longtemps stigmatisés comme responsables
des handicaps ou des troubles du
comportement de leur progéniture, et
donc mis à l’écart de l’action éducative, on
tend maintenant à leur faire une place et
à les considérer comme des partenaires
indispensables, à les associer dès le début
et tout au long de l’accompagnement
proposé à leurs enfants, parfois devenus
adultes.
Les familles ne sont plus condamnées,
mais aidées à restaurer ce qu’il est maintenant
convenu d’appeler leur « parentalité
 », cette compétence qui – l’idée
d’instincts paternel et maternel étant maintenant
dévaluée – doit se construire ou se
restaurer et être accompagnée. Les professionnels
se sont saisis de cette notion sans
l’avoir vraiment analysée, et sont considérés
comme en mesure de proposer cet
accompagnement alors même qu’ils n’y ont
nullement été préparés. Auraient-ils donc
un instinct de parentalité ?
Ou bien, comme le proposent Jacques
Commaille, Pierre Strobel et Michel Villac 1,
sont-ils une fois de plus les agents d’un
contrôle social, d’« une normativité accrue
qui semble devoir s’imposer aux familles et
aux jeunes les plus modestes » ; ce qui se
traduit par une responsabilisation qui peut
aller jusqu’à la pénalisation (le retrait des
allocations familiales par exemple), alors
même que les classes aisées jouissent
d’une permissivité grandissante quant à l’organisation
de la vie privée et de l’éducation
des enfants ?
Il faut avoir ce questionnement en tête,
même s’il faut affirmer que les modifications
du regard porté sur les familles et les
changements des pratiques professionnelles
vont dans le bon sens. Reconnaître
qu’aucun placement, aucun suivi éducatif
ne peuvent fabriquer un être neuf protégé
des influences négatives de son milieu
d’origine ; admettre au contraire que ce qui
s’est structuré dans l’enfance non seulement
persiste, mais a pu jouer un rôle positif et
a créé des liens indestructibles, c’est
remettre les équipes à une place à la fois
plus modeste et plus dynamique à côté des
parents.
Mais, comme le dit Lin Grimaud dans sa
contribution à ce dossier, « si la loi de 1975
rénovée présente le placement dans une
dimension contractuelle entre famille et
établissement, elle ne dit pas comment faire ». Il faut en effet aller au-delà de ce
qu’impose maintenant la législation, et du
discours qui en découle, et trouver les
moyens de faire une place aux familles des
personnes suivies, accueillies. Une place
qui ne soit pas du faux-semblant, et qui
ait du sens pour tous. Cela implique une
réflexion d’ensemble sur l’institution, sa
démocratie interne, le rôle de l’équipe et
de ses partenaires. Il ne suffit pas d’instituer
un Conseil de vie sociale, comme la
loi l’impose maintenant aux établissements,
pour faire que les parents deviennent
des partenaires.
Ce sont quelques-unes de ces expériences
de travail que ce dossier présente, sans avoir
la prétention de tout dire sur cette question
qui est au coeur des pratiques éducatives.
Ce dossier foisonne de regards :
– des regards de différentes professions :
éducateurs, psychologues, directeurs…
– des regards depuis différentes postures :
des professionnels reçoivent les familles, les
accueillent et disent fortement l’utilité de
travailler en direct avec elles. Dans d’autres
dispositifs, elles s’invitent « en creux »,
apparaissant dans le discours de l’usager ;
– des regards depuis différents angles d’approches
 : l’entretien classique en institution,
la prévention dans des lieux d’accueil
ouverts sur la cité, l’écoute de la famille chez
elle dans son lieu de vie ;
– des regards grâce à différents outils : le
professionnel (nous-mêmes) dans sa technicité,
dans ses engagements relationnels ;
mais aussi l’institution avec la nécessité de
travailler en groupe. Car la famille oblige à
une approche groupale : communiquer
entre nous pour comprendre ce qu’elle
anime dans une équipe, et au-delà pour
concevoir l’aide dont elle aura besoin.
Tous nourrissent la réflexion du « comment
faire », avec, et pour les familles.
Nous avons choisi de mélanger les textes,
de ne pas les « classer », ni par profession,
ni par angle d’approche ou soubassement
théorique. Car ils s’intriquent, se complètent,
se chevauchent.
Nous entrerons dans le sujet avec J.-F. Gomez,
qui trace, notamment à travers l’histoire des
institutions médico-sociales, le grand intérêt
de travailler avec les familles, et les
épreuves qui en découlent pour les équipes.
M. Besse propose une réflexion sur ce que
recouvre la parentalité, et évoque un sujet
sensible et rarement traité : les compétences
parentales des professionnels. Le texte
d’A. Minet clôturera cette introduction
générale sur le sujet, avec une analyse de
ce que recouvre la représentation du « bon
parent ».
Puis, nous découvrirons différentes facettes
de la clinique. G. Légo démontre de nouveau,
à travers la mythologie, l’utilité de l’inscription
psychique des fonctions de père et
mère pour que l’enfant puisse exister dans
une société de lois. D. Koné défend l’efficacité
des entretiens parentaux pour soutenir
la fonction parentale, au bénéfice de
l’enfant, mais aussi des sujets que sont ses
parents. En SESSAD, J. Poussin nous décrit une
forme d’articulation avec la famille en tant
qu’éducateur, en écho à la place du polyhandicap
dans notre société. L’intimité des
domiciles nous happe dans le récit de J. Blachère.
L’article de R. Mellet montre à quel point la
complexité familiale, actuelle et passée,
s’invite dans le présent de la défaillance d’un
père. Autre complexité familiale, l’adoption
est interrogée par Jean Héno. De Montréal
nous arrivent les échos d’une étude réalisée
auprès de jeunes sortis de la rue. A. Colombo
y aborde le poids de l’héritage, le besoin de
reconnaissance dans le lien à l’autre, et parfois
la reconnaissance comme une issue. La dépendance est bien sûr une des formes de
ce lien, qui fragilise et à la fois permet l’appel
du secours des professionnels.
La rencontre de l’AEF 93 nous confirme l’intérêt
grandissant et devenu inconditionnel
du travail avec les familles. A. Prigent valorise
le travail de prévention fait auprès de
familles en grandes difficultés sociales, dans
le souci de créer une relation de confiance
si mise à mal chez ce public. De leur expérience
clinique institutionnelle (l’association
Continuo Ostinato), G.-A. Rousseau et
G. Courant mettent en lumière le travail
de symbolisation à travers les expériences
de séparation. Le cadre de l’institution participe
au processus d’individuation, si fragilisé
dans certaines familles.
Enfin, L. Grimaud nous invite à une réflexion
sur les relations entre les familles et les institutions,
dans une perspective d’avenir. Que
souhaitons-nous défendre ? À quel type de
travail tenons-nous ?
Nous avons senti une quête : comment les
professionnels peuvent-ils au mieux se
mettre au service des parents pour consolider
leur rôle, celui d’agents sociaux, responsables
de se préoccuper de la santé
physique et mentale de leurs enfants ? Cette
responsabilité, nous la partageons avec eux.
Nous avons senti un engagement, une préoccupation
active.
L’usager n’appartient pas aux professionnels
 ! La famille est bien là, et totalement
prise en compte. Plus question de la cantonner
à une fonction biologique, ou
défaillante, ou pathologisante, où le professionnel
serait associé au sauveur. Ce
changement de paradigme progressif met
les professionnels au labeur. S. Tomkiewicz
n’hésitait pas à dire haut et fort que les professionnels
étaient payés pour ça (alors que
les parents devaient les subir) !
Les responsabilités se partagent, les pathologies
individuelles ne sont plus l’affaire que
des familles, mais aussi du « social », dont
nous, professionnels, sommes des acteurs.
Partager la responsabilité de construire
des êtres humains nous engage dans notre
humanité personnelle, dans notre capacité
à partager une vraie altérité, et ce jusqu’à
la réciprocité, en devenir certain – en
atteste ce dossier aujourd’hui.

CARINE MARAQUIN
Psychologue clinicienne en SESSAD
MONIQUE BESSE
Psychologue clinicienne
Ancienne directrice
du CFPES-CEMÉA d’Aubervilliers


26/05/2011




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