30/08/2011
Faire société autrement, Jacques Ladsous - VST N°111 "Droit au handicap"


«  L’acceptation de la différence dans le respect de l’égalité républicaine constitue le meilleur antidote contre la montée des extrémismes.  »

A. Bruel (membre de l’Association française des magistrats de la Jeunesse et de la Famille.



Voir le sommaire de la revue VST n°111 et commander en ligne

Tandis que grandit dans notre pays un sentiment d’intolérance aux gens venus d’ailleurs (les étrangers, surtout s’ils sont Roms ou Arabes) comme aux gens étranges (ceux qu’on appelle « les fous ») et que cette intolérance est entretenue par nos gouvernants avec une politique sécuritaire destinée à perpétuer la peur de l’autre, il fallait bien que nous nous efforcions de trouver une réponse, une réflexion nouvelle, celle que naguère Paolo Freire nous avait enseignée dans la Pédagogie de l’opprimé. Et c’est ainsi que s’est développé chez un certain nombre d’animateurs d’éducation, de professionnels du social de toutes catégories, le souci d’un travail communautaire qui s’était cherché au cours des années 1960 pour retomber dans l’oubli, la primauté étant donnée à l’action individuelle.
Mais une société n’est pas une somme d’individus. Ce sont des gens qui, ensemble, portent et font évoluer des cultures, des habitudes de vie, des rapports entre les hommes, et même s’il est important de tenir compte de chaque personnalité, nous savons bien que leur identité se forge à travers les valeurs portées par le milieu auquel ils appartiennent. On a pu ainsi parler en d’autres temps de culture ouvrière, de culture bourgeoise, de culture rurale…
Et voilà qu’aujourd’hui la perméabilité des frontières, la multiplication des transports, les rencontres virtuelles viennent bousculer ce que l’on appelait les identités nationales, que certains aujourd’hui voudraient retrouver, et nous mettre devant un patchwork de modes de vie auxquels nous n’étions pas forcément préparés. On peut comprendre que cela puisse choquer et que les personnes vulnérables, celles qui ont été le moins préparées à la réflexion critique, soient saisies d’une inquiétude identitaire qui les amène à douter d’elles-mêmes. Quand on doute de soi, il faut bien trouver quelque chose ou quelqu’un à mettre en cause, de façon à se défendre de cette situation de faiblesse. Et il existe des politiques assez démagogues pour utiliser cette inquiétude, à leur profit, et entretenir ce doute pour se présenter comme sauveurs. Déjà, Chirac avait ouvert la porte à ces refus, en parlant des couleurs, des odeurs, des saveurs, des sons auxquels nous n’étions pas habitués, et sa passion des arts primitifs ne l’avait pas empêché de fustiger ces cultures sauvages qui envahissent le pays. Aujourd’hui, nos gouvernants vont plus loin : ils désignent ces destructeurs, ces immigrés non choisis qui ont eu la naïveté de croire que notre pays était resté « terre d’asile »,celui des « Droits humains », et qui débarquent, confiants, tout surpris de se sentir objet de suspicion et d’exclusion.

Le colloque qui s’est tenu à Aubervilliers en janvier dernier, et qui a réuni 300 personnes venues de tous les horizons du travail social, s’est efforcé de se situer à contre-courant de ces rejets. Pas seulement en incantations gratuites, mais en recherches de solutions. Déjà par deux fois, le Conseil supérieur du travail social avait essayé d’introduire la notion de travail social d’intérêt collectif, en se gardant bien de faire des allusions trop directes aux métissages dans lesquels nous baignons. Le colloque va plus loin : il reprend l’idée d’un travail communautaire sur fond de laïcité. Et notons bien que nous ne confondons pas cela avec l’exaltation des « communautarismes  » (modèle américain), mais au contraire dans une approche communautaire de quartier, de loisirs, de cultures, de festins, de concerts… où les origines ethniques, culturelles, se mêlent les unes et les autres avec leur richesse et dans le respect des modes de vie de chacun. Après tout, n’est-ce pas cela que nous enseigne notre laïcité, dont nous avons raison d’être fiers ? Il ne s’agit pas de demander aux uns et aux autres d’abandonner leur identité première pour s’assimiler à nos habitudes occidentales, mais de chercher à créer ensemble cette société dans laquelle chacun se sent reconnu, sans être un objet de scandale ou de contestation.
Faire société autrement, c’est vivre ensemble en mêlant nos richesses. Et cela irrigue (ou devrait irriguer) nos pratiques éducatives, nos pratiques de santé, nos pratiques de loisirs. Cela met en cause nos « normes » et nous savons bien, nous professionnels du social, que notre rôle fondamental n’est pas dans un retour à une norme qui deviendrait celle de tous, mais dans la recherche de normes où chacun se trouverait à l’aise, jusqu’au moment où d’autres arrivants (ou d’autres marginaux) nous obligeraient à les revoir. Ce n’est pas nouveau : à son époque, Vincent de Paul (Cf. Jacques Ladsous , L’action sociale aujourd’hui,Toulouse, érès, 2008.), à travers sa correspondance à ses disciples, hommes et femmes, expliquait que c’était la seule voie de ce qu’il appelait « la charité ». Le psychanalyste J.-P. Lebrun nous demande de savoir distinguer le « normatif » figé et conservateur, auquel certains aimeraient nous contraindre, et la « normalisation », qui est justement cette évolution des modes de vie vers une situation où chacun trouve sa place et son bonheur… et qui n’a pas de fin, car elle est le reflet du progrès et du changement social. Et le concept de laïcité (qui n’a pas besoin d’adjectif complémentaire car il contient ces caractères ouverts, positifs que d’autres aimeraient accoler) est celui qui peut le mieux nous aider à ce nouvel art de « vivre ensemble ».

Voir le dossier complet dans la revue VST des Ceméa




La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
[()] [()] [()] [()] [()]
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE 2017
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Médias, éducation critique et engagement citoyen
Politiques sociales
Pratiques culturelles