06/12/2011
Les jeunes filles, les jeunes femmes et la rue


Article paru dans le VST n°112 "Psychiatrie(s) en europe" de AGNÈS CREYEMEY Animatrice socio-éducative. JEAN-HUGUES MORALES Éducateur spécialisé équipe de rue du Centre d’étude et d’information sur les drogues, Bordeaux.

Voilà six ans qu’une action éducative, sociale et médicale est engagée dans le centre ville de Bordeaux auprès des jeunes en errance utilisateurs de substances psychoactives. L’équipe au travail, deux éducateurs spécialisés et une animatrice, s’attache à écrire et à publier sur sa pratique et sur les acquis pratiques et théoriques qui en découlent. VST a déjà publié deux de leurs articles : « De la rue des Erres à la rue des Arts » (n° 95, 2007, p. 10-15) et « Sur les marges des festivals » (n° 104, 2009, p. 7-16). Voici la suite de leurs observations et de leurs réflexions.



Le passage à la rue
Nous savons bien que chaque trajectoire de vie est unique. Néanmoins, de l’accumulation des regards que nous portons sur ces jeunes en travail de rue, puis lors des accompagnements, se dégagent des tendances que nous allons exposer ici. Il nous semble avant tout important de dire que, de la part de tous les jeunes en errance, le passage à la rue ne nous a jamais été présenté au départ comme étant pour eux un échec, un cul-de-sac. Il est au contraire, la plupart du temps, perçu et désigné comme « la solution la moins pire » trouvée afin de mettre fin à l’insupportable – ou en tout cas de le mettre à distance – d’une situation vécue par rapport à la famille, aux lieux de placement ASE…

Les rencontres… La rencontre
Les rencontres sont possibles aussi bien en milieu urbain qu’en milieu festif (festivals, fêtes, concerts, milieux techno, free…), néanmoins la période estivale multiplie les occasions de rencontres, ce temps particulier permettant de lâcher prise par rapport aux codes habituels. Durant l’été, les espaces festifs sont des lieux privilégiés de porosité entre les différentes jeunesses… et donc autant de lieux de rencontres possibles au gré des festivals… qui vont générer des affinités, des rapprochements, pour la fête, le son, les produits, les infos sur d’autres événements, ou des invitations à venir ensuite ou entre-temps se poser dans les squats.
C’est la plupart du temps par le biais des rencontres festives que les jeunes filles, principalement les « satellites », gravitent autour et dans les groupes d’errants urbains. Ce mode de vie libre les fascine en ce qu’il est une sorte de fuite ou de mise à l’écart des schémas sociaux traditionnels. Certaines passent alors un court laps de temps avec la zone, puis rentrent chez elles lorsqu’elles ne peuvent plus tolérer les difficultés que ce mode de vie induit : maintenir une hygiène corporelle, dormir au chaud, manger correctement… C’est chez ces « satellites » que le risque de bascule est particulièrement important, lorsqu’elles vont s’enticher d’un errant, adopter son mode de vie et, progressivement, être en rupture avec leur milieu d’appartenance d’origine.
Lara et Zoé sont deux jeunes filles qui vivent ensemble dans l’appartement de cette dernière. En rupture scolaire pour l’une et en première année aux Beaux-Arts pour l’autre, leurs préoccupations les portent vers une vie festive faite de rencontres et de fêtes. De fil en aiguille, ou plutôt de festival en fête techno, elles vont rencontrer plusieurs groupes de zonards bordelais et se lier notamment avec ceux d’un squat d’une commune de l’agglomération. Lara sera la première à sortir avec l’un des membres de ce squat ; peu de temps après, Zoé sortira également avec un zonard qui gravite souvent autour du squat pour les produits. Comme dit Lara : « On les a un peu poussés… on les a laissés tous les deux tranquillou… on a fait ce qu’il fallait pour… » Loin de nous l’idée que les modèles classiques d’analyse des carrières de la rue, du type de celle de Vexliard1 ne s’appliquent pas lorsque l’on parle des jeunes en errance. Toutefois, s’agissant de ces derniers, il nous semble qu’une autre dynamique prévaut sur la désaffiliation et la rupture du lien social : l’affiliation au nouveau groupe de référence en tant que futur groupe de pairs. Elle symbolise une modification de la vie relationnelle et une première prise de distance importante avec le groupe originel qu’est la famille, ou avec les groupes imposés des structures d’accueil de la protection de l’enfance.

Suivre l’autre
Tout comme les garçons, la plupart des jeunes filles que nous rencontrons revendiquent leur passage à la rue non comme un échec mais comme un choix, le plus souvent motivé par la rencontre du copain avec lequel elles souhaitent vivre.Aurélia en est un exemple caractéristique. « Errer ! C’est quand tu sais pas quoi faire, que t’es perdue, que t’arrives pas à t’en sortir… tu vois ! Le SDF de 50 ans plein d’alcool qui veut plus rien… Je me suis jamais considérée comme ça ! Moi j’ai choisi de quitter l’appart’ pour suivre mon copain en squat. Moi j’ai jamais erré, je cherche du boulot… Je me suis jamais considérée comme ça… Y’a les zonards et ceux qui se bougent ! Quand t’es en squat, tu peux vivre bien, mais quand tu te défonces… t’essayes de considérer que c’est un choix de vie… tu te voiles la face… »
Et si ce n’est pas pour vivre en couple, c’est alors pour suivre le groupe de potes, comme Clara : « Au début, j’ai squatté dans l’appart d’un pote… pendant plusieurs mois… c’était la teuf tous les soirs… c’était n’importe quoi… et puis on s’est embrouillés alors j’ai bougé chez un autre pote… J’ai continué à tracer en teuf… en teckos… Un jour, je me souviendrai toujours… c’était à la gare… j’étais bien bourrée… on m’a appris comment faire la manche… j’ai trouvé ça cool… ça marchait bien… et puis je me suis pris la tête avec le gars de l’appart’… de toute façon, je m’en foutais parce que j’avais plein de potes en squat…. Alors je savais où pieuter… » Dans tous les cas, le passage à la rue ne nous est jamais livré comme un « passage à l’acte », en rupture totale avec l’équilibre et le rythme de vie que ces jeunes filles avaient auparavant. C’est une chose souvent graduelle, qui résulte la plupart du temps d’une période de rencontre, d’apprivoisement, plus ou moins long, avec la zone.

Des dynamiques différentes de celles des hommes ?
Trashouilles et petites soeurs
On distingue deux catégories de jeunes femmes dans l’espace urbain de la zone bordelaise, les « trashouilles » et les « petites soeurs ».
Les petites soeurs sont fréquemment, au départ, des satellites qui gravitent autour des jeunes en errance : scolarisation chaotique, fascination, prise de produits… Bien souvent, elles vont s’enticher d’un zonard et vont basculer progressivement dans l’errance en en adoptant son mode de vie, en squat ou en camion. Les zonards les prennent généralement sous leur aile, davantage dans des relations fraternelles que dans de véritables histoires d’amour. Il s’agit d’avoir quelqu’un qui les protège et qui puisse mettre à distance les éventuels autres mecs ou les embrouilles. À propos de sécurité, il n’est pas rare que leur entrée dans la zone soit en lien avec l’adoption d’un chien ; reprenons ici les propos d’un jeune voyant arriver une jeune femme fraîchement débarquée de la gare : « Ben ouais, tu vois ce genre de meuf, ça se voit qu’elle connaît pas la zone, regarde, elle a même pas de chien 2 ! » Les trashouilles, quant à elles, sont loin de cette image d’oiseau tombé du nid. Elles ont une place à défendre, elles sont revendicatives, dans des conduites beaucoup plus dures que les autres. Par exemple, elles ont plus rapidement recours à l’injection, dirigent et organisent le groupe, sont dans l’affrontement permanent. Elles font peur tant aux mecs qu’aux filles. Pour citer un usager : « C’te nana elle se bat comme les mecs, faut qu’elle fasse gaffe, elle va finir dans la Garonne… »

Des attentions protectives différentes La dynamique d’errance chez les filles est sensiblement la même que chez les hommes : rejet, abandon, violences… Leur entrée à la rue s’effectue souvent après un long parcours institutionnel (foyers…) – pour au moins 40 %d’entre elles. Elles se joignent généralement à un groupe via un homme, et reconstituent ainsi une structure familiale proche d’un mode de vie communautaire. Seules à la rue, elles ne se sentent pas particulièrement en danger mais elles attirent l’attention et sont très vite « captées » par un groupe dans un but de protection : « T’inquiète, nous on n’est pas des méchants, tu nous connais… On va la prendre avec nous… »

La vie à la rue
C’est l’aventure d’un couple idéalisé, au sein d’un groupe idéalisé. Pour cette catégorie de jeunes filles qui vont basculer par le biais d’une rencontre et du début d’une histoire amoureuse, on peut à juste titre se demander si la relecture moderne qu’elles nous proposent n’est pas teintée du vieux mythe de la rencontre avec le Prince charmant. En tout cas, il ressort de la plupart de leurs discours à ce moment-là de leurs trajectoires une vision idyllique de la rue, et plus particulièrement du squat où elles sont accueillies 3. Elles ne parlent pas d’un échec, mais d’une expérience différente, pas forcément empreinte de galères et de problèmes. Recoupant en cela ce que disait Clara avec d’autres mots, Aurélia demande un jour : « Tu sais ce que ça veut dire SDF ? Sans Difficultés Financières… En tout cas pour les zonards, c’est clair… » Elles vont, tout comme les hommes, mais peut-être moins vite, s’approprier les codes de la zone, avec une recherche esthétique parfois plus poussée. Influence que l’on perçoit aussi lors de notre travail dans les squats, avec des lieux de vie décorés de fresques murales, des potagers plantés dans les jardins quand il y en a… En clair, ces jeunes filles apportent avec leur arrivée dans le squat une recherche d’amélioration du confort de vie. Elles organisent le quotidien, essaient de le rendre plus agréable, en décorant, en rangeant régulièrement, en essayant de prévoir la nourriture, en allant dans les associations pour effectuer les démarches administratives et sociales… Elles vont aller à la « boutique 4 » pour faire une machine, avoir un bon véto, gratter une aide (FAJ 5 …) ou trouver un emploi saisonnier pour le couple, pendant que les mecs pratiquent la manche… Encore que, stratégiquement, une fille seule qui fait la manche avec des chiens aura plus de chance, « parce que les gens, ils lâchent plus facilement des tunes quand t’es une fille toute seule avec tes chiens, ils ont pitié ».

La question du statut
Nier qu’il y ait une différence entre hommes et femmes serait un non-sens, voire une aberration. Pour autant, il nous faut être à l’écoute du désir, pour certaines d’entre elles, de se revendiquer comme « zonarde… avant tout ! », en ne mettant pas leur sexe en avant par leur look.
Les petites soeurs acquièrent la plupart du temps leur statut en sortant avec un zonard emblématique. C’est une nécessité non seulement matérielle mais aussi symbolique, sinon elles ne seront jamais véritablement intégrées comme faisant partie de la zone.
À la différence des trashouilles, qui imposent le respect en étant aussi trash que les mecs. Elles obtiennent vite un véritable statut de chef de clan et sont reconnues dans la rue par les autres, elles sont à la fois craintes et respectées. Une de celles-ci interdisait carrément l’accès de certaines rues à d’autres, sous peine de les massacrer … Il s’agit bien là de lutte de pouvoir, de marquer son territoire.
Les filles vont plus facilement participer au deal, c’est elles que les mecs envoient pour carotter 6 ou raguasser 7 les autres usagers. Elles font aussi fonction de « mules » en cachant les produits dans leurs sous-vêtements.

L’homosexualité dans la rue
Certaines jeunes zonardes affichent clairement leur homosexualité ; c’est peut-être pour elles un acte de revendication. En tout cas, cette démonstration permet de mettre à distance certains comportements insistants de garçons. Cette revendication affichée est une originalité des jeunes femmes, on n’a jamais vu cette posture de revendication homosexuelle chez les garçons.
À Bordeaux, elles aimaient draguer du côté de la sortie des lycées, notamment au lycée du Mirail, dit « lycée du matin », à la pédagogie quelque peu alternative, pour des jeunes à la fibre artistique. Cela a-t-il coïncidé avec une espèce de « mode homosexuelle » en développement chez ces jeunes lycéennes un peu branchées, décalées, que nous avons pu percevoir depuis trois ou quatre ans ? Est-ce cette proximité qui en a conduit certaines à faire le pas de cette expérience ? Toujours est-il que, de notre point de vue, cela a ouvert une autre (nouvelle) « porte de porosité » entres ces jeunes et la zone. Quelques-unes de ces jeunes filles vivent maintenant une vie de couple avec une zonarde, ou un zonard rencontré plus tard en squat.

Les mineur-es en fugue Nous identifions deux cas de figures les concernant. Soit le groupe les « protège » en les éloignant des structures spécialisées par risque d’y être repérés et attrapés. Car la rencontre, la présence d’un mineur dans une structure comme la nôtre (CAARUD) implique obligatoirement un signalement, une mise à l’abri, et les jeunes le savent. Cette pseudo-protection les exclut donc des dispositifs sociaux. Pour cette raison, les mineurs en fugue ne fréquentent pas – ou peu – les structures d’accueil à bas seuil ; nous les rencontrons généralement par le travail de rue.
À l’inverse, il arrive que le groupe décide que la jeune fille n’a rien à faire dans la zone, et veuille la protéger en nous la ramenant. Dans un squat constitué d’un groupe de six, plutôt « trash », une jeune de 16 ans est ramenée par le leader du groupe dans le but de l’extraire de la rue, jugeant qu’elle n’avait rien à y faire. Ils sont tous venus à la boutique avec elle, afin de la « mettre à l’abri ». Étant effectivement déclarée en fugue par ses parents, la brigade des mineurs est venue la chercher pendant que tout le groupe faisait diversion. Lorsque les policiers les ont regardés, médusés, ils leur ont dit : « Faut la renvoyer chez ses parents, elle a rien à faire à la rue… Elle a fugué parce qu’elle ne pouvait pas fumer de joints, faites votre taf… Elle a rien à foutre dans un squat. »

Quand le physiologique s’impose
Les accompagnements portent essentiellement sur des questions de contraception, des besoins d’IVG, et plus rarement sur des suivis de grossesse. La plupart n’utilisent plus de contraception orale, et l’usage de drogues faisant souvent disparaître leurs menstruations, elles se croient à l’abri d’éventuelles grossesses. Lorsqu’elles s’en aperçoivent, ce sont des signes physiques qui leur mettent la puce à l’oreille. Bien souvent, il faut alors aller vite pour pouvoir dater la grossesse et envisager la suite.

Chez ces jeunes filles, il y a peu de désir de maternité, au contraire… Et si c’est parfois le cas, elles fuient les structures médicosociales de peur que l’enfant soit signalé ou, pire, qu’il leur soit enlevé à cause de leurs conditions de vie (camions, squat…). Il convient néanmoins de préciser, surtout chez les trashouilles, une sorte de figure érigée en modèle de la « femme-mère parfaite  », avec tout d’un coup un niveau d’exigence envers elles-mêmes extrêmement important. Sandra, enceinte de six mois, est paniquée par ses deux cigarettes hebdomadaires, après avoir passé deux ans à shooter du Subutex et en fin de traitement Méthadone…
Ce niveau d’exigence qu’elles s’imposent les conduit à justifier particulièrement leurs demandes. Il est arrivé, durant nos permanences à la gare, qu’une jeune vienne nous présenter « son petit » tout en prenant un peu de matériel d’injection au passage, en tentant de se justifier : « J’ai quasiment arrêté mais des fois c’est dur… », ou « T’inquiète, je fais gaffe, c’est juste comme ça… mais je fais attention à ma petite », ou le classique : « C’est pas pour moi, je prends plus rien, c’est pour mon mec… ». La réaction des jeunes trashouilles est violente lorsqu’elles assistent à ce genre de scène. Lors d’une permanence à la gare, Julia vient présenter son fils ; dans le bus se trouve Katia, figure emblématique de la rue, qui se fait faire un pansement d’alcool pour éviter un vilain abcès. Katia, à la vue de Julia et de la poussette, commence par lui hurler dessus en expliquant qu’elle n’a rien à faire là, sur le bus, avec son bébé… qu’elle ferait « mieux de s’en occuper ». La suite a été crescendo, Julia demandant discrètement quelques kits 8 pendant que Clara, furieuse, menaçait de buter les éducs s’ils lui donnaient la moindre seringue. C’est généralement lorsque ces filles se séparent du groupe, ou du conjoint, que des choses bougent. Fréquemment, alors, nous les renvoyons à leur ambivalence, l’annonce d’un nouveau mec, « un gentil, lui », finissant comme d’habitude en « notre relation est naze », la question relancée étant pourquoi elles ne voient pas les gentils garçons… La violence est habituellement associée à la protection, et s’il n’y a pas de violences physiques ou verbales, il n’y a pas d’amour… La rupture ou la violence agit comme déclencheur, comme point de départ pour l’accompagnement, notamment des petites soeurs. Très souvent, la séparation est un des actes qui initient une brèche, une mise à distance, d’autant plus quand elle se complète, de manière plus délicate, par un accompagnement au centre d’accueil d’urgence des victimes d’agression. Mais nous savons très bien que cela ne débouche quasiment jamais sur la séparation définitive du couple : ils reviennent presque tous ensemble après les clashs.

Un travail spécifique ? Fait par des femmes ? Nous l’avons vu, travailler avec des jeunes femmes en errance, c’est surtout ne pas les prendre pour de « faibles choses » que l’on doit mettre à l’abri. D’ailleurs, lorsqu’elles sont à la rue, elles cachent leur féminité. Aurélie s’est coupé les cheveux « pour passer pour un mec, pour qu’ils me fassent moins chier… tous ! ». Ou alors, en faible proportion, certaines diront « aller faire les filles » (les plus « trash ») dans les peepshows  : Sandra vient un jour au bus d’échange de seringues, cheveux lissés, jupe, collants… habillée et maquillée comme on ne l’a jamais vue. On lui fait remarquer alors : « Oh ! que tu es jolie en fille »… « Ouais, t’as vu… tu parles, quand je fais la fille, c’est pour montrer mon cul ». Aller à la rencontre de ces jeunes femmes en ne prenant pas en compte cette posture qu’elles cherchent dans la rue et qu’elles valident en sortant avec un zonard pose clairement la question de nier leur statut à la rue. Nous savons que les espaces d’accueil spécifiques réservés aux femmes échouent dans la très grande majorité des cas. Nous pensons pour notre part que bien plus qu’une proposition institutionnelle, le travail avec elles doit être intégré dans notre posture éducative dans le quotidien des rencontres. Cela nous permet alors d’être à l’écoute de demandes qui peuvent venir d’elles de manière individuelle ou collective.

Une réalisation concrète : la « journée filles » et aussi…
Dans le cadre des activités du CAARUD, une simple demande d’accompagnement a donné lieu à la « journée filles ». Les usagères de la structure ont émis le souhait d’une journée passée avec une éducatrice, mais aussi entre elles, pour « faire les boutiques et parler de trucs de filles, des relations avec les mecs, loin de l’agitation de la rue ou de la boutique d’accueil ». Rendez-vous était pris avec quatre d’entre elles, mais pas d’argent… donc les boutiques, ça a été « Stop misère 9 ». Les filles, à l’intérieur d’un groupe constitué, jouent des liens fraternels (jalousie, colère). Il faut alors toujours être là, invariables, inébranlables, et elles nous présentent fièrement comme « leurs éducateurs », preuve que le lien mis en place est clair et structurant Concernant la relation aux autres, au compagnon, la maternité, la contraception, les relations, l’intimité…, il n’est pas rare, lors des échanges, que certaines donnent des conseils sur les façons de réagir, ayant elles-mêmes déjà vécu cette situation. Si le travail de réassurance, commun à nous tous, est important, il se décline sur des registres différents. Les relations révèlent parfois des carences affectives, et il faut alors savoir doser : pas trop distant, pas trop proche, pas trop maternant, mais suffisamment rassurant et bienveillant, du type « allez ma grande, faut t’accrocher, t’as fait le plus dur », « une marche après l’autre ». Des qualificatifs comme « ma jolie », « ma belle », « cocotte » sont quant à eux des termes affectueux utilisés uniquement par l’éducatrice dans un registre presque maternel, afin de les réassurer.

Conclusion
Si ces jeunes filles et jeunes femmes semblent plus faciles à aborder lors du travail de rue, c’est qu’elles savent mieux que les garçons s’adapter aux logiques institutionnelles afin de trouver des réponses à des besoins de première nécessité, « grappiller  » de quoi améliorer le quotidien. Mais ne nous y trompons pas : elles sont au fond plus fuyantes que les jeunes hommes, notamment lorsqu’elles vivent en couple la période idyllique des premiers mois de rue. Là où les « mecs » initient une prise en charge plus rapide, bien que souvent plus chaotique, elles nous tiennent davantage à distance avant de s’engager dans un véritable accompagnement. Et si elles mettent plus de temps que les hommes à se séparer de la rue, quand leur décision est prise, la rupture est plus franche. C’est souvent à la faveur d’une situation de crise que les positions évoluent, notamment quand il y a des violences physiques.
Le fait qu’elles sollicitent des références adultes jusque-là mises à distance, la possibilité pour nous de pouvoir alors poser une parole sur ces actes, signifier que cela n’est pas anodin… contribuent à poser les jalons d’une vraie prise en charge. Les sollicitations successives pour des réponses matérielles leur auront servi à repérer ces référents adultes.

La crise peut aussi permettre d’autres positionnements envers nous, où les phénomènes transférentiels peuvent s’opérer de manière massive, allant parfois jusqu’à des attitudes de collage : « T’es une fille et une professionnelle géniale, j’aimerais un jour te ressembler… »

Tout ce travail, parfois long, ingrat, mis en place depuis des mois, voire plus, installe les conditions nécessaires pour poser une autre parole, loin des pressions normalisantes du groupe, face à ce que nous représentons à cet instant : une figure adulte acceptable, avec laquelle une identification semble enfin possible.




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