16/01/2012
Tous au Larzac


Film politique militant, cinéma militant, voilà où nous pourrions en être, en s’appuyant sur une dimension historique, à vouloir rendre compte de notre sentiment, après la vision du documentaire de Christian ROUAUD, "TOUS AU LARZAC", présenté dans les salles de cinéma à l’automne 2011.

Il serait d’abord question, conséquemment, d’une histoire du cinéma accrochée au rappel de certaines gloires ou figures charismatiques. Ce qui ne signifie pas des personnages ou des personnalités (pour accentuer l’aspect hommage…), au contraire ce dont nous parlons ici, en mobilisant et la capacité du cinéma à poser un regard sur le réel et la distinction nécessaire entre le flux et le fond (pour reprendre une expression chère au milieu télévisuel), concerne des causes, des choix sociétaux (aïe !), des micro-événements qui marquent les esprits et sédimentent les époques.

Qui mieux pour porter cela, avec le parcours déjà reconnu, que le réalisateur Christian Rouaud, engagé dans une sorte de recomposition du milieu ouvrier, Les LIP, l’imagination au pouvoir en 2007, ou de son attention au mouvement des paysans travailleurs avec le portrait de l’un d’entre eux, Paysan et rebelle, un portrait de Bernard Lambert en 2002. La faille sur laquelle se construit le cinéma de Christian Rouaud fait penser aux ruptures perpétuelles auxquelles nous sommes confrontés tout au long d’une vie humaine. Que nous reste t-il des temps agités, que gardons-nous comme un précieux trophée de l’époque à laquelle nous avons contribué ? C’est en cela, dans cette contemporanéité, que le film Tous au Larzac est un travail cinématographique contribuant à l’histoire.

Nous sommes entre les deux : entre les personnages (c’est ainsi qu’on dénomme les sujets dans un documentaire) et notre souvenir. Le Larzac – trope qui pourrait prétendre à se réduire à cette lutte des années soixante-dix – se ravive à travers l’évocation des protagonistes ici mis en scène sur fond de paysage agricole. C’est comme une armée des ombres que soulignent avec le grammage propre aux techniques de prises de vues de cette période les photographies autant que les films restitués dans une sorte de passéisme traversé par une libération des mœurs. Il ressort de cette succession des paroles (au début quelque peu systématique, comme si nous faisions face à un présentoir de cartes postales) une composition véridique, à la manière des minutes d’un événement, consignés par les plus scrupuleux et dévoués copistes d’un temps ancien.

Comment rendre compte de ce moment ? Le film en donne une méticuleuse restitution, en rappelant la succession des faits, la mobilisation des gens du plateau, l’obstination quasi républicaine de l’armée à vouloir maintenir ses plans, les marches entreprises depuis la province jusqu’à la capitale (de là viendront peut-être ces traces autant que les pas franchis par d’autres autour de la discrimination, de la violence sexiste…) pour dresser une sorte de carte mnémonique à valoir pour les générations présentes et futures. C’est ainsi qu’on peut parler d’une lutte, ce terme renvoyant sans doute davantage à la discipline sportive qu’à l’empoignade sévère dont on saisit par instant qu’elle a effectivement fait partie de la dramatisation de l’événement.

Cinéma militant : ne pouvons-nous pas y trouver, comme appartenant à ce temps d’il y a une quarantaine d’années (alors que la lutte du Larzac prend essor vers la fin de cette aventure cinématographique que vivèrent plusieurs groupes, collectifs, militants à/de la caméra dont fit partie Godard au creux même de la constestation de 68) une version contemporaine, certes polissée mais éminemment politique ? Car Tous au Larzac répond aux exigences du cinéma documentaire d’aujourd’hui, lequel est marqué par l’emprise du correctement télévisé. Même cette forme classique, maîtrisée, posée n’en laisse pas moins apparaître les enjeux d’un moment d’histoire autant que la sincérité des différentes figures s’exprimant devant le spectateur ?

Du politique il est aussi porteur, car le propos est clairement sur le terrain des vies et du devenir de chacun : outre la dimension co-construite (peu à peu, avec ce nombre d’habitants concernés et se liguant, comme une confrérie) rappelée dans le passage successif et enchaîné des visages, le film convoque, dans une sorte d’enquête rétrospective, les ferments d’un engagement d’autant plus tenace qu’il n’a pratiquement pas faibli durant les dix années jusqu’à la cessation des hostilités ouverte par l’arrivée de la gauche en mai 1981.

N’y a t’il cependant pas, volens non volens, un fossé entre le cinéma militant et un film politique, dans le fait d’une divergence d’objectifs, le premier servant à relayer ou à amplifier, avec une idéalisation propre à l’art cinématographique, ce qui est dur et âpre sur le terrain des luttes paysannes ou ouvrières (a t-on jamais entendu des luttes bourgeoises ?) tandis que le second embrasse dans une vision absorbante l’intérêt d’un sujet, d’une histoire, d’un fait pour en donner les caractéristiques sous-jacentes, en une sorte de décryptage nous présentant les éléments d’un système comme étant l’évidence d’une confrontation indépassable.

Les luttes et les combats minoritaires existent, ici, partout, demain, le cinéma peut être un relais (les caméras d’aujourd’hui peuvent sy mouvoir plus aisément, même s’il apparaît que les téléphones portables nous transmettent des vues que les premières ne peuvent plus saisir) pour comprendre et vivre, même en différé, les soubresauts et les colères de nos congénères sur n’importe quel continent.

Que garderons les spectateurs du Tous au Larzac de Christian Rouaud ? Une nostalgie d’un matin embrumé coloré par les sacs de couchage bleu et orange, des paysans assez proches de chacun d’eux, des mots simples racontant une épopée, l’image d’un temps pas trop éloigné… A la fin de la projection où j’assistais (le film était sur les écrans depuis quinze jours), des personnes ont applaudi (je pressentai cela en m’apercevant d’une sorte d’empathie tout au long de la séance) comme s’ils adressaient un merci à …

Michel Rebourg




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