21/05/2012
L’autisme : approches simplistes ou pensée complexe ?, FRANÇOIS CHOBEAUX (Editorial du VST 114)


Il aura suffit d’un rapport de la Haute Autorité de Santé sur l’autisme pour qu’un bon vieux débat bien dogmatique apparaisse et clive toutes les positions, les analyses et les pratiques. Les choix binaires, c’est si simple ! Il faut dire que la HAS y est allé fort. Une évaluation implicitement centrée sur l’éducatif, un amalgame où l’objet fâchant, « la psychanalyse », n’est même pas abordé dans ses complexités, une méthode de lecture de la littérature existante qui ne prend en compte que le mode d’exposition dit scientifique, et on trouve évidemment à la sortie ce qui avait été mis à l’entrée. Certains appellent cela une démarche scientifique. Revoici donc de solides oppositions frontales où chacun campe sur ses positions : approche éducative contre approche psycho-clinique, familles contre soignants, neurosciences contre inconscient. La guerre des tranchées est de retour, les projectiles d’hier sont devenus pétitions, appels au ministre, projet de loi, plaintes, appel au boycott, manifestes… Tout cela, évidemment, sans aller plus loin dans ce qui pourrait complexifier, voire, horreur, relativiser les points de vue. Allons-y pour réduire les neurosciences à Pavlov et à l’approche comportementaliste radicale des méthodes ABA et TEACH, en ignorant alors les réflexions et les approches cognitivistes et développementales. Allons-y pour une présentation horrifiante de la psychanalyse, cause de tous les maux familiaux et incapable de soigner. À l’inverse, allons-y pour rattacher à la seule psychanalyse les acquis de l’anthropologie, de la philosophie des Lumières… Au passage, saluons la finesse de lecture des experts de la HAS qui parviennent à unifier « la psychanalyse » en un champ homogène, cohérent, et à en faire une pratique (laquelle, d’ailleurs ? ) qui ferait sens pour tous ses tenants, appuyée sur un corpus théorique unique et définitif. Des experts, vous dis-je. L’autisme lui-même ne sort pas grandi de ce mauvais débat, réduit à des « troubles envahissants observables », en oubliant que depuis Kanner et Asperger il apparaît évident qu’il y a des formes d’autisme très diverses, peut-être autant que de personnes concernées. Faut-il alors reproduire et renforcer les tensions que les extrêmes des deux parties développent avec efficacité, opposition totale à l’éducatif et aux tentatives de création de liens par l’activité versus refus radical de la dimension psychodynamique, chacun dans la recherche d’une idéale vérité ? Belle guerre des religions ! Et si tout ce remue-ménage était le résultat de nos impuissances, de nos incapacités à reconnaître que nous n’y comprenons pas grand-chose et qu’il faut alors tâtonner, chercher, en croisant les savoirs et les approches ? Il y a heureusement des équipes qui tentent de lier les deux approches, éducative et psychodynamique, il y a même des équipes qui tentent d’articuler neurosciences et psychanalyse, en se posant à chaque fois, pour chaque personne, la question de son intérêt, de ses possibilités, de ses angoisses aussi, en cherchant à chaque fois que faire au mieux avec et pour celui-là qui est là, pas comme avec un autre, pas comme avec tous les autres. Lui et juste lui. Et ceci sans oublier ses parents et leurs souffrances, leurs besoins, leurs inquiétudes de l’avenir.
En 2009, le dossier « Cheminer avec les autistes » de VST n° 102, dirigé par Michael Guyader, montrait toute la richesse et tout le respect dont des équipes étaient capables tant dans l’accueil, l’accompagnement, que dans la clinique. Nous ouvrions aussi nos pages à Pierre Delion qui s’exprimait sur le packing.
L’éditorial de VST n° 113 disait en septembre 2011 tout le bien que nous pensions déjà de la démarche suivie par la HAS, à la lecture du prérapport diffusé en début d’été 2011.
Ce numéro 114 propose aux lecteurs de rejoindre les signataires du « Manifeste pour une pratique humaniste auprès des sujets dits autistes et de leurs familles ». Cette notion de « pratique humaniste » nous paraît essentielle. Elle n’appartient pas à telle ou telle « école » ; elle est dépendante de chaque acte clinique construit au plus près de l’individu, cet « autre vulnérable » en difficulté et en souffrance. Le numéro 115 présentera la conduite d’un packing avec un jeune homme, conduite centrée sur la relation, le respect, le choix permanent de la personne. Et nous publierons dans les numéros suivants des comptes rendus de pratiques d’équipes qui ne font référence ni à la psychanalyse ni à la psychothérapie institutionnelle, tout en développant des cliniques éducatives construites dans le respect de tous. Et tant pis pour les hérauts des si belles batailles en cours.

FRANÇOIS CHOBEAUX




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