13/06/2012
Introduction au dossier "l’avenir des addictions du VST N° 114"

FRANÇOIS CHOBEAUX, PASCAL COURTY, GILLES VAN AERTRYCK


Fallait-il mettre à la forme interrogative le titre de ce dossier, en ouvrant alors un débat sur la légitimité de l’affirmation ? Nous avons choisi cette forme neutre, qui constate : oui, les addictions ont un avenir, et cet avenir est déjà en place aujourd’hui avec la généralisation des concepts mêmes d’addiction et d’addict, et leur utilisation à tout va pour qualifier tout et n’importe quoi. Certes, la période se prête aux extrêmes individuels, mais à mettre de l’addiction partout, elle n’en devient nulle part, sauf à entretenir et à renforcer encore plus des centrages sur les conduites, les comportements observables, qui ne sont que l’écume d’une personnalité.
Nous tenterons donc ici de revenir aux fondamentaux, les dynamiques d’excès et de dépendance, en les articulant non pas aux actes, aux produits, mais aux personnes.

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Pascal Courty propose ainsi une ouverture large pour entrer dans ce dossier : la nécessité de revenir sur les représentations des addictions, de se souvenir qu’il s’agit essentiellement de pratiques juvéniles, donc de travailler sur « l’être soi » ; la nécessité, aussi, de se poser la question de la légitimité de l’intervention, puis celle de l’adaptation de la démarche thérapeutique.
Patrick Pelège montre ensuite le besoin de situer les conduites dites « addictives » et leur prévention dans le registre des sens et de la fragilité de l’humain, appelant de son point de vue de sociologue à considérer la personne et ses contextes pour comprendre et agir sur ses actes.
Dans le même registre, Grégory Lambrette insiste sur la nécessité de « dépathologiser » les addictions afin de pouvoir prendre en compte la personne souffrante. Cela parce que « les entités nosographiques, les catégories ne sont pas des réalités » et qu’elles induisent pourtant une construction de la société autour de la maladie, conduisant alors à l’évidence que « addict d’un jour, addict toujours ».
Venons-en aux fameuses et si modernes « addictions sans produits ».
Serge Tisseron interroge la notion même d’addiction aux jeux vidéo, en montrant qu’ici comme dans le domaine des addictions « historiques » aux substances psychoactives, ce qui devrait être discriminant pour commencer à saisir ce qui se passe, c’est de comprendre le rapport entretenu avec le produit, fût-il numérique et virtuel, en prenant en compte chaque personne, chaque situation. Il rappelle au passage que « le comportement excessif n’est pas un comportement pathologique ».
Gaëlle Légo propose d’inclure dans ces nouvelles addictions le lien d’enfermement qui se tisse à l’occasion de l’accrochage par et avec une secte. La religion, addiction transculturelle ? Elle montre comment une personne fragile peut se retrouver aliénée à la fois par le cadre de pensée radicalement clos qui lui est proposé, et par les manipulations perverses des gourous de passage. Et quand l’usage du produit le plus dur est autorisé ? Christian Gallopin témoigne qu’en service de soins palliatifs, alors que toute morale sanitaire et sociale pourrait être mise de côté, la crainte de la dépendance, du addict à vie, plane toujours. Le refus du produit qui soulage afin de rester en vie, comme si celui qui consomme était considéré immédiatement comme étant addict, donc étant déjà mort à lui-même ?
Il est dès lors nécessaire de revenir sur les termes mêmes, de reprendre ce que plusieurs des auteurs ont interrogé plus haut. Robert Molimard, un de ceux qui a proposé l’usage du terme « addiction », constate que le concept a échappé à ses créateurs, que son champ sémantique s’est élargi en même temps que la morale et la médecine s’en emparaient. Il propose donc de revenir vers le terme et la notion de « dépendance », qui remettent en jeu le désir du sujet.
Anne Coppel et Olivier Doubre vont dans le même sens en montrant que la notion d’addiction et son enfant opératoire, l’addictologie, réduisent la personne à ses symptômes. Ils plaident également pour un retour à la notion de dépendance.
Gilles Van Aertryck clôt ce dossier en revenant à son tour sur la dépendance, en montrant le poids de l’idéologie médicale fonctionnelle et comportementale nordaméricaine dans ce triomphe des « addictions  ». Les addictions ont de l’avenir car il y a des spécialistes et des médicaments pour cela. Il y a un marché. Et plus elles seront précisément détaillées, plus les laboratoires pharmaceutiques et les techniques comportementales auront un avenir économique largement ouvert. Gilles Van Aertryck voit ici le perpétuel « conflit du psychanalysme avec le comportementalisme  ». Et tant pis pour le sujet.
Alors, les addictions ont-elles un avenir ? Hélas oui, parce que la période sociale et culturelle pousse chacun vers des obligations de jouissance qui sont autant de réponses aux isolements et aux impossibles de la vie. Mais cela pour autant que ce concept continue d’être, et encore plus, utilisé pour décrire de façon mécaniste, stéréotypée, des comportements extrêmement différents (addict au chocolat, au pouvoir, au sexe…), la liste infinie des produits réels ou virtuels focalisant les attentions au détriment du centrage sur les individus, les personnes, les sujets.



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