T’es où ?
Jacques Ladsous - VST n°116 Faire sociale à Domicile

Tout habitué des transports en commun a dans la tête cette rengaine qui passe
de téléphone portable en téléphone portable comme un leitmotiv inquisiteur
malgré sa bienveillante intention – « T’es où ? », comme si les déplacements
devaient être publics et connus, comme si chacun n’était pas libre de se déplacer
où il veut, quand il veut, sans être tenu d’en rendre compte. J’ai gardé de mon
adolescence baladeuse ce goût d’être quelque part où personne n’avait à me
chercher, à m’épier, à me contrôler. Et cela m’amène à reprendre les questions que
posait dans un récent numéro le journal Le Monde. Existe-t-il encore une vie
privée ?


Voir le sommaire de la revue VST n°116, et commander en ligne

Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas
pour moi de combattre l’information.
Tout citoyen a besoin de connaître ce qui
se passe autour de lui. Mais ce contrôle
doit-il s’exercer à tout moment ? Est-il possible
d’échapper, ne serait-ce qu’une
heure ou deux, au regard proche ou à distance
de quelqu’un dont les intentions ne
sont sans doute pas curieuses, mais qui
aliène notre liberté d’aller et venir par ce
désir constant de savoir où nous sommes
passés ? Je connais une mère de famille qui
ne peut s’empêcher de téléphoner à son
fils de 29 ans au moins une fois par jour,
sinon plus, et qui s’énerve de voir que ce
portable ne répond pas à la minute présente,
et n’est pas constamment ouvert.
Cette avidité de la présence, cette curiosité
malsaine, ne révèle-t-elle pas une
anxiété permanente ?

Comme si se dérober à l’inquisition des
siens, des proches, des amis, était un acte
de séparation, comme si on ne s’aimait plus.
Et cet été, trafiquant mon ordinateur, j’ai vu
mieux encore : j’ai découvert ma biographie
étalée au grand jour, sans que personne
m’ait demandé quelque autorisation que ce
soit. Bien sûr, il y avait mes livres, mes titres,
ils sont du domaine public, et cela m’importe
peu. Mais j’y ai trouvé des détails sur
ma vie privée, que connaissent seulement
quelques proches de mon entourage. Que
venaient-ils faire dans cette fiche que tout
un chacun peut se procurer facilement en
cliquant sur son écran.

Oh ! Je n’ai rien à cacher, et cela ne vaut
pas la peine que je tente quelque recours
que ce soit. Mais tout de même, se voir ainsi
étalé au grand jour ne me paraît ni normal
ni confortable. Je sais (et j’ai toujours su)
que les Renseignements généraux avaient
sur chacun de nous des dossiers mis à jour
régulièrement. Je m’en suis aperçu à divers
moments de mon existence ; à mon arrivée
en Algérie, lorsque la direction de l’hôpital
où je devais travailler me convoqua
pour me demander de ne pas développer
des actions politiques, particulièrement
en direction des militants communistes que
je fréquentais habituellement. En 1968,
où je reçus à plusieurs reprises des visites
imprévues, des inspecteurs de police s’inquiétant de mon comportement au
cours de ces événements…

Mais que cela puisse venir de n’importe quel
citoyen, qu’il me veuille du bien, ou qu’il me
veuille du mal, m’incite à penser que les
moyens modernes d’information ne nous
mettent à l’abri d’aucun contrôle : radar,
vidéosurveillance, portable, Internet, tout
concourt à fermer peu à peu les espaces de
liberté que nous pouvions avoir l’illusion de
posséder.

La religion de la transparence en viendraitelle
à nous priver de ces moments où nous
sommes heureux d’être seul, à ces rencontres
fortuites ou programmées qui
jalonnent notre vie ? Un des jeunes dont je
me suis occupé dans ma vie d’éducateur me
disait un jour, à propos de son dossier, que
sa vie n’avait pas de secrets pour moi (et
pourtant !) tandis que lui ne savait rien de
moi. Et il ajoutait, moqueur : alors, peut-on
parler d’échanges ? Au train où vont les
choses, je crains qu’il y ait de moins en
moins d’espaces intimes. Ils sont peu à peu
rognés, voire violés, et l’on s’étonne que le
viol soit devenu une banalité. Si peu dissimulé
que soit un être heureux, il a besoin
de préserver ces espaces d’intimité dans lesquels
il peut se permettre d’être sans avoir
le souci de paraître.

Alors ! T’es où ?

JACQUES LADSOUS


06/12/2012




La présentation des Ceméa et de leur projet
Qui sommes-nous ?
Historique des Ceméa
Le manifeste (Version 2016) - 12 thématiques
Contactez-nous
Les Ceméa en action
Rapports d’activité annuels
Agenda et évènements
Collectifs - Agir - Soutenir
Congrés 2015 - Grenoble
REN 2018 Valras
Prises de position des Ceméa
Textes et actualités militants
Groupes d’activités
Fiches d’activités
Répertoire de ressources (Archives)
Textes de références
Les grands pédagogues
Sélection de sites partenaires
Textes du journal officiel
Liens
Vers l’Education Nouvelle
Cahiers de l’Animation
Vie Sociale et Traitements
Les Nouveautés
Télécharger
le catalogue
Nos archives en téléchargement
gratuit
Commander en ligne
BAFA - BAFD - ANIMATION VOLONTAIRE
FORMATION ANIMATION Professionnelle
Desjeps
Dejeps
Bpjeps
Bapaat
Formation courte
FORMATION PROFESSIONNELLE DU CHAMPS SOCIAL
Éducation spécialisée
Moniteur éducateur
Caferius
Formateur Professionnel d'Adulte - Conseiller en insertion
Préparation au DEAVS, au CAFERUIS, au CAFDES
CURSUS UNIVERSITAIRE
SANTE MENTALE 2018
Dans et autour de l’école
Europe et International
Les vacances et les loisirs
Politiques sociales
Pratiques culturelles
MÉDIAS, ÉDUCATION CRITIQUE et ENGAGEMENT CITOYEN