06/12/2012
T’es où ?

Jacques Ladsous - VST n°116 Faire sociale à Domicile


Tout habitué des transports en commun a dans la tête cette rengaine qui passe de téléphone portable en téléphone portable comme un leitmotiv inquisiteur malgré sa bienveillante intention – « T’es où ? », comme si les déplacements devaient être publics et connus, comme si chacun n’était pas libre de se déplacer où il veut, quand il veut, sans être tenu d’en rendre compte. J’ai gardé de mon adolescence baladeuse ce goût d’être quelque part où personne n’avait à me chercher, à m’épier, à me contrôler. Et cela m’amène à reprendre les questions que posait dans un récent numéro le journal Le Monde. Existe-t-il encore une vie privée ?

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Entendons-nous bien. Il ne s’agit pas pour moi de combattre l’information. Tout citoyen a besoin de connaître ce qui se passe autour de lui. Mais ce contrôle doit-il s’exercer à tout moment ? Est-il possible d’échapper, ne serait-ce qu’une heure ou deux, au regard proche ou à distance de quelqu’un dont les intentions ne sont sans doute pas curieuses, mais qui aliène notre liberté d’aller et venir par ce désir constant de savoir où nous sommes passés ? Je connais une mère de famille qui ne peut s’empêcher de téléphoner à son fils de 29 ans au moins une fois par jour, sinon plus, et qui s’énerve de voir que ce portable ne répond pas à la minute présente, et n’est pas constamment ouvert. Cette avidité de la présence, cette curiosité malsaine, ne révèle-t-elle pas une anxiété permanente ?

Comme si se dérober à l’inquisition des siens, des proches, des amis, était un acte de séparation, comme si on ne s’aimait plus. Et cet été, trafiquant mon ordinateur, j’ai vu mieux encore : j’ai découvert ma biographie étalée au grand jour, sans que personne m’ait demandé quelque autorisation que ce soit. Bien sûr, il y avait mes livres, mes titres, ils sont du domaine public, et cela m’importe peu. Mais j’y ai trouvé des détails sur ma vie privée, que connaissent seulement quelques proches de mon entourage. Que venaient-ils faire dans cette fiche que tout un chacun peut se procurer facilement en cliquant sur son écran.

Oh ! Je n’ai rien à cacher, et cela ne vaut pas la peine que je tente quelque recours que ce soit. Mais tout de même, se voir ainsi étalé au grand jour ne me paraît ni normal ni confortable. Je sais (et j’ai toujours su) que les Renseignements généraux avaient sur chacun de nous des dossiers mis à jour régulièrement. Je m’en suis aperçu à divers moments de mon existence ; à mon arrivée en Algérie, lorsque la direction de l’hôpital où je devais travailler me convoqua pour me demander de ne pas développer des actions politiques, particulièrement en direction des militants communistes que je fréquentais habituellement. En 1968, où je reçus à plusieurs reprises des visites imprévues, des inspecteurs de police s’inquiétant de mon comportement au cours de ces événements…

Mais que cela puisse venir de n’importe quel citoyen, qu’il me veuille du bien, ou qu’il me veuille du mal, m’incite à penser que les moyens modernes d’information ne nous mettent à l’abri d’aucun contrôle : radar, vidéosurveillance, portable, Internet, tout concourt à fermer peu à peu les espaces de liberté que nous pouvions avoir l’illusion de posséder.

La religion de la transparence en viendraitelle à nous priver de ces moments où nous sommes heureux d’être seul, à ces rencontres fortuites ou programmées qui jalonnent notre vie ? Un des jeunes dont je me suis occupé dans ma vie d’éducateur me disait un jour, à propos de son dossier, que sa vie n’avait pas de secrets pour moi (et pourtant !) tandis que lui ne savait rien de moi. Et il ajoutait, moqueur : alors, peut-on parler d’échanges ? Au train où vont les choses, je crains qu’il y ait de moins en moins d’espaces intimes. Ils sont peu à peu rognés, voire violés, et l’on s’étonne que le viol soit devenu une banalité. Si peu dissimulé que soit un être heureux, il a besoin de préserver ces espaces d’intimité dans lesquels il peut se permettre d’être sans avoir le souci de paraître.

Alors ! T’es où ?

JACQUES LADSOUS




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