04/02/2013
Re-fonder

JACQUES LADSOUS VST 117


Eh oui ! C’est cet empereur tout-puissant qui s’est dit, un jour, en regardant son royaume, que s’il voulait des sujets qui puissent continuer son oeuvre de civilisation, il fallait un lieu où, quelle que soit leur situation sociale, les enfants puissent apprendre à comprendre, et acquièrent les connaissances de base qui permettent d’utiliser l’énergie du cerveau pour que progresse l’humanité. Ce fut le début de l’Instruction publique, très tôt monopolisée par les clercs dans la sphère privée – encore qu’il y eut bien des moments où le public et le privé aient eu bien du mal à se différencier. La Révolution française relance la question, alors que de nombreuses dérives et déperditions s’étaient faites sentir. La liberté était garantie par les connaissances !

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Vient le moment où l’Instruction publique se transforme en Éducation nationale. L’école ne devait donc plus être seulement le lieu où on acquiert des connaissances, où on pratique des apprentissages, elle devenait, dans l’esprit des réformateurs, le lieu où on apprend à vivre, et à vivre ensemble, complétant ainsi l’éducation familiale, et ce fut vrai pendant un temps, sinon dans tous les cas, au moins dans un certain nombre de lieux : chacun avait sa place, chacun avait sa chance de « devenir quelqu’un », pour reprendre l’expression de notre collègue belge Andréa Jadoulle.

À la Libération, c’est-à-dire dans les années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, Langevin et Wallon, tous deux chercheurs et professeurs d’université, conçurent un plan où se retrouvait cet idéal communautaire. Mais le mot « communautaire » fut mal saisi. Très proche du mot « communiste  », et compte tenu de l’appartenance de ces deux chercheurs au parti du même nom, il ne fut pas retenu, et avec lui fut balayé un projet qui pourtant faisait repartir sur des bases nouvelles.

Le résultat : c’est aujourd’hui une école qui n’est plus celle de tous, le développement de l’enseignement privé, l’exclusion d’un certain nombre d’enfants pour raisons physiques, intellectuelles, voire sociales, et le développement d’un réseau parallèle – pour ne pas fortifier l’exclusion – qu’on appela l’éducation spécialisée.

Alors, puisque dans le discours d’aujourd’hui, et notamment celui de M. Peillon, ministre de l’Éducation nationale, réapparaît le mot « refondation » aux lieu et place de celui de « réformes » – qui ne sont que des changements de détails, et non le retour aux sources –, il serait peut-être temps de dire ce qu’affirmait Nicole Questiaux, ministre de la Solidarité nationale en 1982, et qui reste d’actualité : c’est que pour refonder l’école dans cet esprit du « vivre ensemble », il faut non seulement transformer certains programmes, certaines relations, certaines méthodes, mais revoir l’organisation même de l’école, au regard de l’évolution sociale. Il serait temps. Le cri d’alarme lancé par Madame Fourneyron, ministre de la Jeunesse, au vu du rapport de l’Observatoire de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire [1], montre qu’il s’agit bien d’une priorité, telle que le président de la République l’a située dans son programme.

À juste titre, Madame Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, s’efforce de faire le lien entre le sanitaire et le social, et de changer les modes d’approche. Mais il est à mes yeux indispensable que, dans un souci de prévention et de complémentarité, le lien se fasse aussi entre l’action sociale et l’Éducation nationale, et que les professionnels de ces deux blocs (qui sont loin d’être homogènes) puissent non seulement entretenir des relations, mais travailler ensemble, faire équipe, accueillir sans discrimination, et proposent à chaque enfant (d’où qu’il vienne) ce qui lui permettra de devenir un adulte citoyen.

Ayons l’audace de passer au-delà des conservatismes, des particularismes, des défenses de territoire, pour refonder : – une école pour tous ; – une école de vie ; – une école où se retrouvent toutes les valeurs et les cultures d’une société de plus en plus métissée ; – une école qui, tout en permettant la formation d’élites, ne laissera pas sur le côté ceux qui, sans faire partie de cette élite, ont un rôle à jouer, à quelque niveau que ce soit. Ayons l’audace du renouveau, bousculons les cloisons, ouvrons de larges espaces pour que puissent s’y ébattre et grandir ceux qui seront les adultes de demain. Ne craignons pas de « refonder », il n’est jamais trop tard.

JACQUES LADSOUS


Notes :

[1] 1




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