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JACQUES LADSOUS VST 117

Eh oui ! C’est cet empereur tout-puissant
qui s’est dit, un jour, en regardant son
royaume, que s’il voulait des sujets qui puissent
continuer son oeuvre de civilisation, il
fallait un lieu où, quelle que soit leur situation
sociale, les enfants puissent apprendre
à comprendre, et acquièrent les connaissances
de base qui permettent d’utiliser
l’énergie du cerveau pour que progresse
l’humanité. Ce fut le début de l’Instruction
publique, très tôt monopolisée par les
clercs dans la sphère privée – encore qu’il
y eut bien des moments où le public et le
privé aient eu bien du mal à se différencier.
La Révolution française relance la question,
alors que de nombreuses dérives et déperditions
s’étaient faites sentir. La liberté
était garantie par les connaissances !


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Vient le moment où l’Instruction publique
se transforme en Éducation nationale.
L’école ne devait donc plus être seulement
le lieu où on acquiert des connaissances, où
on pratique des apprentissages, elle devenait,
dans l’esprit des réformateurs, le lieu
où on apprend à vivre, et à vivre ensemble,
complétant ainsi l’éducation familiale, et ce
fut vrai pendant un temps, sinon dans tous
les cas, au moins dans un certain nombre
de lieux : chacun avait sa place, chacun avait
sa chance de « devenir quelqu’un », pour
reprendre l’expression de notre collègue
belge Andréa Jadoulle.

À la Libération, c’est-à-dire dans les années
qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale,
Langevin et Wallon, tous deux chercheurs
et professeurs d’université, conçurent un
plan où se retrouvait cet idéal communautaire.
Mais le mot « communautaire »
fut mal saisi. Très proche du mot « communiste
 », et compte tenu de l’appartenance
de ces deux chercheurs au parti du
même nom, il ne fut pas retenu, et avec lui
fut balayé un projet qui pourtant faisait
repartir sur des bases nouvelles.

Le résultat : c’est aujourd’hui une école qui
n’est plus celle de tous, le développement
de l’enseignement privé, l’exclusion d’un
certain nombre d’enfants pour raisons
physiques, intellectuelles, voire sociales,
et le développement d’un réseau parallèle
– pour ne pas fortifier l’exclusion – qu’on
appela l’éducation spécialisée.

Alors, puisque dans le discours d’aujourd’hui,
et notamment celui de M. Peillon,
ministre de l’Éducation nationale, réapparaît
le mot « refondation » aux lieu et
place de celui de « réformes » – qui ne sont
que des changements de détails, et non le
retour aux sources –, il serait peut-être temps
de dire ce qu’affirmait Nicole Questiaux,
ministre de la Solidarité nationale en 1982,
et qui reste d’actualité : c’est que pour
refonder l’école dans cet esprit du « vivre
ensemble », il faut non seulement transformer
certains programmes, certaines
relations, certaines méthodes, mais revoir
l’organisation même de l’école, au regard
de l’évolution sociale. Il serait temps. Le cri
d’alarme lancé par Madame Fourneyron,
ministre de la Jeunesse, au vu du rapport
de l’Observatoire de l’Institut national de la
jeunesse et de l’éducation populaire [1],
montre qu’il s’agit bien d’une priorité,
telle que le président de la République l’a
située dans son programme.

À juste titre, Madame Touraine, ministre des
Affaires sociales et de la Santé, s’efforce de
faire le lien entre le sanitaire et le social, et
de changer les modes d’approche. Mais il
est à mes yeux indispensable que, dans un
souci de prévention et de complémentarité,
le lien se fasse aussi entre l’action sociale
et l’Éducation nationale, et que les professionnels
de ces deux blocs (qui sont loin
d’être homogènes) puissent non seulement
entretenir des relations, mais travailler
ensemble, faire équipe, accueillir sans discrimination,
et proposent à chaque enfant
(d’où qu’il vienne) ce qui lui permettra de
devenir un adulte citoyen.

Ayons l’audace de passer au-delà des
conservatismes, des particularismes, des
défenses de territoire, pour refonder :
– une école pour tous ;
– une école de vie ;
– une école où se retrouvent toutes les
valeurs et les cultures d’une société de plus
en plus métissée ;
– une école qui, tout en permettant la formation
d’élites, ne laissera pas sur le côté
ceux qui, sans faire partie de cette élite, ont
un rôle à jouer, à quelque niveau que ce soit.
Ayons l’audace du renouveau, bousculons
les cloisons, ouvrons de larges espaces
pour que puissent s’y ébattre et grandir ceux
qui seront les adultes de demain. Ne craignons
pas de « refonder », il n’est jamais
trop tard.

JACQUES LADSOUS


04/02/2013


Notes :

[11




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