Un projet pour l’école et bien au-delà - Vers l’Education Nouvelle n°549
Bruno Chichignoud Responsable du secteur Ecole des Ceméa

Dans le contexte d’une refondation annoncée pour l’école, les Ceméa
publient un document de référence : Projet pour l’Ecole. Ce travail, s’il tombe
à pic, n’est pas pour autant un exercice de communication de plus dans un
débat public assez mal engagé. Il veut, de façon distanciée, traduire les propositions
des Ceméa pour une autre l’école, à partir des apports de plusieurs
générations de militants. Le lecteur trouvera dans le document complet téléchargeable
sur le site www.cemea.asso.fr, un historique de l’engagement des
Ceméa dans ce secteur. Celui-ci fut, en bonne partie, constitutif de la
création d’une association aujourd’hui davantage connue dans le champ de
l’animation.


En effet, c’est avec de nombreux enseignants et avec l’appui formalisé du
ministère de l’Instruction publique de l’époque que les Ceméa ont été créés
en 1937. Un lieu défini comme complémentaire et potentiellement riche
pour oeuvrer à une éducation émancipatrice.

Ce travail d’éducation globale, de mise en lien des différents champs
éducatifs, est aujourd’hui non seulement necessaire, mais constitue une des
clefs de la refondation d’un système éducatif trop morcelé et incohérent
comme peut le relèver le débat sur les rythmes. L’approche développée en
plusieurs chapitres thématiques, rappelle et met en perspective les différents
travaux abondamment illustrés de publications qui concerne le champ de
l’école. La revue Vers l’Education nouvelle en reproduit ici des extraits. Ce
travail n’est pas une fin en soi, mais bien davantage un support d’échange,
d’invitation à la rencontre et à la mise en débat. Y sont d’ailleurs mentionnées
quelques questions vives qui sont autant de thèmes concrets pour des
journées d’études et des expérimentations à venir.

Dans toutes les régions, des militants, des espaces de réflexion, des actions
peuvent accueillir ceux qui veulent avancer dans cette voie. Ce projet pour
l’Ecole est aussi une invitation à nous rejoindre.

Nous vous proposons donc trois extraits de ce projet pour l’Ecole,
l’un sur Ecole et handicap, l’autre sur l’Ecole maternelle et enfin un troisième
sur la formation des personnels. Tous sont le fruit d’un travail collectif
terminé lors du regroupement du secteur Ecole des Ceméa, fin octobre 2012.
Ils s’articulent en deux parties : « du projet politique... aux pratiques concrètes ».


Garantir une inclusion
réelle des enfants
en situation de handicap
, Anne Sabatini
Chargée de mission
secteur Ecole
des Ceméa

Du projet politique...

Accompagner la scolarisation des enfants en
situation de handicap implique un accompagnement
dans et autour de l’école qui
mobilise l’ensemble des acteurs d’une communauté
éducative : les personnels des écoles,
mais aussi les autres enfants de la classe ou
de l’école et l’ensemble des parents, animateurs
périscolaires, responsables et élus locaux.
L’inclusion scolaire se déroule dans le temps,
les projets sont initiés et évoluent. Il est
nécessaire de les accompagner sur la durée. Si
les formations initiales et les premières sensibilisation
sont nécessaires et utiles, elles
doivent être complétées par un suivi et un
accompagnement au long cours. La mise en
oeuvre de l’inclusion peut générer toutes
sortes de difficultés, de problèmes, passsibles
d’alimenter des situations conflictuelles entre
les différents acteurs. Celles-ci peuvent fragiliser
le processus. Des opportunités peuvent, au
contraire le renforcer et doivent pouvoir être
encouragées et soutenues. Un accompagnement
mobilisant l’ensemble des acteurs, les
reconnaissant et leur permettant d’échanger
et de collaborer autour des projets, des situations
et des pratiques d’inclusion scolaire
apparaît nécessaire.

… aux pratiques concrètes.

Les Ceméa proposent de :
– Traduire les politiques d’inclusion dans les
projets de circonscription, d’établissement,
d’école, de classe, en accompagnant les projets
dans leur élaboration, leur mise en oeuvre et
leur évaluation.
- Accompagner les groupes classes directement
concernés par l’accueil d’un enfant en situation
de handicap et au-delà de tous les enfants
impliqués de près ou de loin par l’accueil de
ces « camarades » différents dans leur école.
– Sensibiliser l’ensemble des parents concernés,
directement ou indirectement, notamment
via les associations de parents d’élèves.
– Permettre aux différents acteurs de l’établissement
(enseignant, personnel de restauration,
surveillant, CPE, infirmière, AS,
documentaliste, conseiller d’orientation psychologue,
psychologue scolaire, ATSEM, AVS,
EVS) et de la communauté éducative (animateurs
périscolaire, élus locaux) de se rencontrer
dans une démarche de concertation et de
collaboration favorisant la cohérence et la
réussite de l’inclusion.
– Contribuer à maintenir une réflexion permanente
sur l’école inclusive avec les différents
acteurs, indépendamment de la réalité des
accueils et décisions CDAPH.
– Sensibiliser les différents acteurs aux dimensions
humaines, symboliques et sociales, de
l’inclusion, au care – accueillir et prendre
soin des personnes en acceptant et assumant
leur singularité et leur différence.

Les Ceméa jugent aussi fondamental de :
– Penser en amont l’organisation des examens
avec les candidat-e-s concerné-e-s.
– Proposer à l’ensemble des acteur-trice-s de
l’établissement scolaire et de la communauté
éducative, aux différent-e-s partenaires (collectivités
territoriales) des formations autour
du Projet personnalisé de scolarisation (PPS)
pour être en capacité de l’analyser, pour en
connaître les modalités d’évaluation et d’évolution.
– Proposer un accompagnement spécifique
auprès des parents afin qu’ils soient mieux
outillés pour prendre toute leur place dans
l’élaboration, l’analyse et l’évaluation des
PPS et développent ainsi leur capacité d’agir.

 Affirmer l’école maternelle pas (encore) obligatoire mais vraiment fondamentale

Du projet politique...

L’école maternelle est à la fois un lieu
d’accueil, d’apprentissage, d’éducation et
de co-éducation permettant une ouverture
culturelle riche dès le plus jeune âge. L’école
maternelle doit rester une composante essentielle
d’un grand service d’accueil des jeunes
enfants de 0 à 6 ans.
Les Ceméa défendent une école maternelle
qui reste inscrite pleinement dans le système
éducatif laïque gratuit. Ils souhaitent ancrer
l’école maternelle dans une continuité éducative
avec les autres modes d’accueil au sein
des territoires.

… aux projets pédagogiques qui mettent en
oeuvre :

– Un protocole d’accueil pour chaque enfant
à l’école (classe, CLAE) élaboré en collaboration
avec la famille qui aidera à la séparation ou à
la transition et respectera au mieux le rythme
de l’enfant ;
– des lieux d’accueil intermédiaires en partenariat
avec les acteurs locaux tels que les
classes passerelles ;
– des conditions d’accueil satisfaisantes
garanties par des effectifs protégés : pas plus
de 25 enfants par classe et 15 pour les toutes
petites sections ;
– un environnement favorable à la réussite
éducative, garanti par une architecture réfléchie
et un espace pensé ;
– des fonctionnements différents, alternatifs
au groupe classe permettant des démarches
pédagogiques pertinentes, nécessitant des
locaux adaptés et sécurisés ;
– un projet d’école qui prenne en compte les
besoins des enfants tant dans leur vie quotidienne
que dans les apprentissages ;
– une évalution exclusivement formative,
outil au service de l’élève et de sa réussite, de
ses parents et des enseignants. Elle fera
partie intégrante de l’acte pédagogique et
devra prendre en compte le rythme et les
processus d’apprentissage des jeunes enfants.
– des formations, initiales et continues, spécifiques
aux professeurs de l’école maternelle
s’appuyant sur une connaissance du développement
du jeune enfant et de ses besoins :
le jeu, le rythme de vie, la motricité, le
langage, la sécurité affective ainsi qu’une approche pédagogique favorisant la manipulation
et l’expérimentation ;
– le travail en coopération avec les parents
(séparation, adaptation) ;
– l’observation des enfants pour une action
éducative plus pertinente ;
– la rencontre avec les acteurs partenaires de
l’école maternelle (EJE, AVS, Atsem, animateurs)
pour favoriser l’émergence d’une culture professionnelle
commune ;
– La formation devra permettre, sur les territoires
de réunir tous les acteurs scolaires et
périscolaires pour faire émerger une dynamique
dans l’école maternelle, inscrire celle-ci dans
un réseau local et accompagner la mise en
place de projets pour améliorer la qualité de
l’accueil et la continuité de l’action éducative
en évitant la confusion entre temps scolaire
et périscolaire.
Les Ceméa veulent que les missions de l’école
maternelle soient reconnues à la fois par
l’institution, les familles et l’ensemble du
corps enseignant comme fondamentales dans
l’acquisition des premiers savoirs. Le lien et la
confiance partagée avec toutes les familles
sont des enjeux majeurs pour reconstruire
des représentations positives de l’école.

 Changer les cultures professionnelles par la formation

Enseigner est un métier de relation qui
implique toute la personne, dans une recherche
de cohérence entre valeurs et pratiques.

Du projet politique...

La France cultive une singularité qu’il faut
questionner : la segmentation des métiers de
l’éducation, de l’animation et de l’action
sociale. Les Ceméa, dont la formation est le
coeur de métier, ont une expérience massive
et ancienne dans la formation et l’accompagnement
des enseignants, des éducateurs, des
animateurs, des intervenants éducatifs et
même des parents.

Fort naturellement, nous voyons les indispensables
passerelles à construire pour répondre
aux enjeux d’avenir et donner une cohérence
aux politiques publiques d’éducation. Sans
rejeter le modèle universitaire des formations
professionnelles aujourd’hui, nous le trouvons
incomplet. Il ne doit pas conduire à une uniformité
des pratiques, selon le principe de
similitude : « Nos expériences influencent nos
pratiques. »

Les méthodes de formation sont déterminantes
 : elles doivent faire place au travail
d’équipe, à la coopération, à l’évaluation
autocritique, favoriser la participation et la
conduite de projets. En cela, l’enseignant (et
tous les autres éducateurs avec lui) ne peut
accomplir ses missions sans être porteur de
valeurs qui fondent les gestes professionnels
questionnés et analysés en permanence.

…aux projets pédagogiques qui mettent en
oeuvre.
Concernant les contenus : non seulement sur
la pédagogie des disciplines par une approche
transversale mais aussi sur :
- Les valeurs de l’école de la République et
sur ses missions ;
- la relation adultes-jeunes et enseignantsenseignés
 ;
- la connaissance des publics et des réalités
des terrains d’exercice,
- l’entraînement à l’élaboration et à la mise
en oeuvre de projets pédagogiques d’équipe
et d’école ou d’établissement ;
- l’analyse, la concertation et le travail en
équipe ;
- la connaissance des partenaires de l’école,
l’entraînement et l’analyse aux actions
conduites en commun avec eux ;
- la mise en cohérence de tous les moments
de vie scolaire : repas, récréations… ;
- l’expression de chacun : la place de la
parole, en confiance ;
- les dynamiques de groupes ;
- la communauté éducative.

Concernant les méthodes :
- Par une recherche de similitude entre le
vécu de formation et les pratiques professionnelles
préconisées ; c’est le principe d’homologie
 : on enseigne comme on a été formé ;
- une valorisation des parcours antérieurs,
comme témoin d’engagement éducatif.
Chacun aborde le métier avec une histoire
parfois déjà très riche : direction de séjours
d’enfants, responsabilité associative, parents,
reconversion professionnelle ;
- la Recherche-Action comme dynamique de
formation en encourageant la participation
à des groupes de recherche et formation
continue ;
- l’inscription individuelle et/ou collective
(établissements) dans des réseaux éducatifs.
- Une formation avec et par ses pairs ;
- une pratique du travail en équipe ;
- une valorisation des pratiques innovantes,
l’écriture professionnelle par la publication
de travaux ;
- des terrains d’alternance diversifiés et à
valeur pédagogique ajoutée : équipes ou
établissements pilotes et terrain de stages
hors école, établissements médico-sociaux,
centres de vacances, service éducation jeunesse,
expérience à l’étranger ;
- une alternance entre théorie, pratiques et
l’analyse en petits groupes des situations
vécues, contribuant à une réflexion concrète
sur les gestes professionnels ;
- des réflexions et des mises en situation en
projets d’actions, intégrant des enjeux de
société : parité, laïcité, citoyenneté ;
- des séquences (sessions, modules) transcatégorielles
voire des formations communes
éducateurs, animateurs, enseignants, intervenants
scolaires, comprenant une préparation
au travail avec les différents intervenants
éducatifs (AVS, moniteurs sportifs, artistes) ;
- L’ouverture culturelle de l’école et des
enseignants et l’intégration de l’éducation
aux et par « les écrans » ;
- Une vision large des questions et des pratiques
éducatives par des échanges internationaux
pour enseigner la mobilité et ouvrir
à l’Europe et au monde ;
- Une pratique de la coéducation sous toutes
ses formes.
La preuve par l’exemple : des propositions
pour la formation continue des enseignants ;
Les Ceméa organisent de nombreux stages de
formation continue sur les thèmes de la gestions
de conflit, la mixité, le projet d’établissement,
les activités scolaires, la relation
éducative, la vie citoyenne, l’aide et accompagnement

Les Ceméa, leur projet (Présentation - Plaquettes - Manifeste - Projet Associatif - Champs d’actions)

Le champs d’action l’école


26/02/2013




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