Vers des « Assises du travail social » : pour y dire quoi ? - Editorial Vie Sociale et Traitement n° 118
FRANÇOIS CHOBEAUX, Rédacteur en chef de la Revue VST

Ah, que dans le temps les choses étaient plus simples ! Les fous étaient
gardés à l’asile, les familles des enfants handicapés mentaux s’organisaient
entre elles pour ouvrir des établissements et des services d’accueil,
et le social était là pour aider ceux qui avaient besoin d’un coup de pouce
pour reprendre pied dans la vie. Chacun chez soi avec ses techniques,
ses organisations, ses murs, ses financements, ses professionnels, ses
concepts et ses représentations.


Puis tout a bougé sous les effets conjugués de la crise économique, de
légitimes volontés de décloisonnement, et de la pression de groupes actifs,
en particulier les associations familiales et les associations d’usagers.
L’hôpital s’est ouvert sur la cité, certes pas comme le souhaitaient ceux
qui avaient rêvé d’une psychiatrie sociale, mais bon… Appartements en
ville, espaces pour des accueils quotidiens… Aujourd’hui encore, des
équipes se lancent dans ce type d’ouvertures malgré les pesanteurs institutionnelles.

Aujourd’hui aussi, les historiques clubs thérapeutiques se
voient peu à peu remplacés par les GEM (Groupes d’entraide mutuelle),
moins psychiatrisants selon leurs promoteurs et surtout tellement moins
coûteux pour la collectivité !

Le secteur du handicap mental a gagné une grande bataille symbolique
en 2005 avec l’inscription dans la loi de la notion de « handicap psychique [1]
 ». Mon fils n’est pas schizophrène, ma tante n’est pas autiste,
ils sont handicapés psychiques. Il y a là une logique de posture compréhensible
 ; il y a également, sous-jacente, l’idée que le handicap est
éducable, alors que la maladie mentale ne l’est pas. Voir le terrifiant débat
sur l’autisme.

Le social, quant à lui, marche de plus en plus sur deux jambes de moins
en moins liées entre elles. Sur l’une, il continue à travailler à la réparation,
à la réhabilitation et au retour dans le droit commun. Mais en même
temps, sur l’autre, il constate qu’un tiers des allocataires, hier du RMI,
désormais du RSA-socle, constituent un « stock [2] » de personnes qui n’en
sortent pas et qui probablement n’en sortiront pas, du moins pour la plupart d’entre elles. Il constate également que les injonctions au travail
tiennent assez peu avec le taux de chômage actuel, avec des bassins
d’emploi sinistrés, et avec la lente mais très efficace disparition des
emplois peu ou pas qualifiés. Alors, en lien avec la psychiatrie, il a fabriqué
la notion de « souffrance psychique » pour dire la maladie de ces
personnes amochées par la vie et qui n’y croient plus, se laissant alors
peu à peu décrocher. Car les « naufragés » ne sont plus seulement les
grands clochards parisiens, ils sont ces centaines de milliers de personnes
avec qui l’acharnement de réinsertion devient de plus en plus surréaliste
et un tantinet sadique.

Mais à la fois, les barrières institutionnelles tiennent bien. Les structures
de terrain du secteur du handicap mental, SAVS (Services d’accompagnement
à la vie sociale) et SAMSAH (Services d’accompagnement médicosocial
pour adultes handicapés), accueillent peu de malades psychiatriques.
Méfiance, « autre public »… La psychiatrie est dès lors réduite à inventer
pour son usage ce que le secteur du handicap a fait pour le sien, avec
des personnes qui dans les deux cas sont en situation de « handicap psychique
 ». Et à son tour, le social invente peu à peu des espaces d’accueil
pour des personnes qui bougent peu ou qui ne bougent plus, ici
avec des moyens financiers et humains dérisoires par rapport à ceux de
la psychiatrie et du handicap.

Faut-il alors envoyer tous ces patients, tous ces usagers vers les SAMSAH,
les SAVS, les ESAT (Établissements et services d’aide par le travail) tels qu’ils
sont ? Non, car, sauf heureuses exceptions, leurs logiques, leurs implicites,
leurs habitudes, leurs organisations font qu’ils ne sont pas en capacité
de les accueillir. C’est une révolution d’une tout autre ampleur qui
est nécessaire : mettre à plat les concepts, et en premier lieu ce concept
fourre-tout et tellement apolitique de « handicap psychique », interroger
les structurations nées de l’histoire, dépasser les organisations mentales
et matérielles parcellaires au profit de la notion d’action publique
globale…

Les prochaines assises du travail social annoncées par le Premier ministre
et la ministre en charge de la lutte contre l’exclusion peuvent aller dans
ce sens. Sinon, les enfermements culturels, corporatistes, politiques, financiers
et mentaux continueront de prendre le pas sur une nécessaire rationalisation
novatrice de l’action publique. Alors, Assises des lobbys ou
Assises des politiques publiques ?

Voir le sommaire du VST118 et commander le numéro en ligne

 [3]. Loi du 11 février
2005 : « Constitue
un handicap, au
sens de la présente
loi, toute limitation
d’activités ou
restriction de
participation à la
vie en société subie
dans son
environnement par
une personne en
raison d’une
altération
substantielle,
durable ou
définitive d’une ou
plusieurs fonctions
physiques,
sensorielles,
mentales,
cognitives ou
psychiques, d’un
polyhandicap ou
d’un trouble de
santé invalidant. »

 [4] Ce terme terrible
date des premières
évaluations des
effets du RMI.


19/06/2013


Notes :

[11

[22

[31

[42.




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