Colos saison 138
Laurent Michel, pour le Cahier de l’animation n° 83

La belle histoire des colos retient souvent l’année 1876 comme
date de création de la première colonie. Il en est passé de l’eau
sous les ponts depuis ces 138 vacances d’été. Pour autant l’imaginaire collectif
semble s’être fixé sur quelques clichés, ignorant souvent les formes renouvelées que sont les séjours
de vacances collectives aujourd’hui, ignorant même les périls qui guettent cette forme de vacances.


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Le 6 juillet 2013. Premier jour des vacances scolaires
et premiers départs vers les colonies de vacances. C’est
encore comme ça qu’on les appelle fréquemment dans
le langage courant ou dans les médias, perpétuant la diffusion
d’un cocktail d’images à la fois surannées et heureuses.
Les « colos » donc, recouvrent des réalités qui
ont pourtant souvent bien changé. Les séjours sont plus
courts, voire même très courts (1 à 4 nuits) lorsqu’il
s’agit de minicamp au départ du centre de loisirs.
Les activités et les thématiques se sont diversifiées avec
l’apparition de nouvelles pratiques (surf, séjour solidaire)
et l’influence du marketing touristique voire la concurrence
quand les organisateurs doivent répondre à des
appels d’offre et quand émergent des opérateurs commerciaux.
Les destinations se sont ouvertes à de nouveaux
horizons, notamment à l’étranger pour les adolescents
même si les Alpes et la côte Atlantique restent des
destinations traditionnelles. La colo n’est plus l’apanage
des 6-11 ans et le public adolescent est aujourd’hui
majoritaire. Ce qui ne change pas, c’est l’image positive
des colos auprès des familles qui font bénéficier leurs
enfants de ces séjours. Elles savent y trouver une expérience
propice aux découvertes, à l’autonomie et aux
apprentissages sociaux. Pour ces familles « les séjours de
vacances offrent une expérience de vacances spécifique,la fois ludique et éducative, qui permet aux
enfants d’apprendre à vivre avec les autres » nous
dit l’OVLEJ dans une enquête récente [1].

LA DÉMOCRATISATION DE L’ACCÈS
AUX VACANCES EST TOUJOURS
À CONSTRUIRE

Ce qui ne change pas, non plus, c’est la non démocratisation
de l’accès des enfants aux vacances
collectives. En 2011, seuls « 7,5% des enfants et
des adolescents sont partis en vacances collectives,
colonies, camps ou séjours linguistiques [2] » ; chiffre
que l’on peut porter à tout juste 10 % en y ajoutant
les minicamps, soit plus d’1,8 million en 2011 selon
le ministère de la Jeunesse, des Sports et de l’Education
populaire [3]. L’accroissement des difficultés
économiques renforce les traits déjà présents dans la
sociologie des bénéficiaires et des exclus
des vacances collectives. Les facteurs du revenu de
la famille et l’accès aux aides financières sont des
éléments décisifs pour le départ en colo. L’enquête
de l’OVLEJ montre la sur-représentation des enfants
des familles les plus aisées et l’effet des politiques
d’aide pour les familles très modestes. En revanche
entre 1000 et 3000 euros de revenus mensuels de
la famille, les enfants sont sous-représentés et parmi
ceux-ci l’existence d’une aide du comité d’entreprise
est décisive. Au-delà du facteur économique,
la place de la colo dans l’imaginaire collectif, dans
les stratégies éducatives des familles, la visibilité du
secteur auprès des partenaires publics tout comme
la proximité des organisateurs auprès des usagers
sont des éléments à considérer par les acteurs
oeuvrant pour les vacances collectives.

LE VOLONTARIAT, UN PILIER FRAGILISÉ
Les séjours sont encadrés majoritairement (75 %)
par des animateurs Bafa et des directeurs Bafd, dont
plus de la moitié a moins de 24 ans. Acteurs, très
souvent occasionnels mais indispensables de l’encadrement
des séjours, ils amènent leur engagement,
leur enthousiasme au bénéfice des aventures
humaines et éducatives que sont les colos. Pour certains
ce sera l’affaire d’un été ou deux, pour d’autres
un tremplin vers un métier, pour beaucoup une
ouverture aux questions d’éducation, à la prise en
compte de la diversité, du collectif et de l’intérêt
général, en tout cas un moment rarement anodin
dans un parcours de vie. Cette activité, longtemps
peu légiférée, souffre aujourd’hui d’un manque
de statut pour ces acteurs volontaires et met ainsi
en péril l’organisation des séjours de vacances
collectives. Dans une société où l’animation est aussi
devenue un métier, dans une société du chômage
de masse et de la précarité, dans une société où
peu d’espaces échappent aux appétits marchands,
il y a urgence à créer un statut du volontariat
de l’animation. « Grâce à cette forme d’engagement,
les volontaires permettent aux organismes
d’accueil de remplir leur mission d’organisation de
vacances répondant à des objectifs sociaux et éducatifs
qui définissent leur statut et qui relèvent de
l’intérêt général. [4] »


01/07/2013


Notes :

[11

[22

[33

[44




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