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  • Jacques Ladsous

  • 11/09/2013
    Histoires, histoire, cheminement

    Jacques Ladsous


    Lorsqu’une action commence à se déliter, on a toujours besoin d’en retrouver les bases, et de retracer son chemin. C’était l’objet de cette journée d’étude, « Les fondements idéologiques du travail social », proposée par l’ITSRA 1, à Clermont-Ferrand, le 18 avril 2013, sous la responsabilité de Lilian Gravière, à propos de l’action sociale. Professionnels et futurs professionnels se sont retrouvés pour remettre en place quelques jalons, et par conséquent transmettre les principales valeurs qui ont permis l’évolution et le développement de l’action sociale.

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    Excusez-moi si j’insiste sur ce terme, c’est l’aboutissement d’une longue marche qui a conduit à une action partagée par tous ceux qui, de près ou de loin, salariés ou bénévoles, politiques, administratifs ou praticiens, chercheurs et expérimentateurs, ont apporté leur contribution à ce concept – et je ne suis pas sûr que le concept de cohésion, qui serait le résultat de l’action, ait la même valeur de dynamique et de mobilisation. Alors tant qu’à transmettre, essayons de le faire en rendant acteurs et actifs ceux qui en sont chargés.

    Finalement, étaient réunis, dans cet institut de formation, des historiens, des chercheurs, des praticiens, et nous nous sommes tous rejoints autour de la question du sens. Car si nous entendons bien ce que nous demandent les pouvoirs publics en prônant l’innovation, nous ne souhaitons pas que cet esprit d’innovation se fasse au détriment du sens à donner à l’action. « Du passé faisons table rase », chantait François Roche dans un texte préalable. Si ! Si ! Il suffit d’abandonner toutes les croyances, les opinions, et d’effacer les savoirs constitués. Non ! Non car l’avenir se nourrit du passé, et l’histoire nous apprend qu’au travers de ses diverses formes d’action, il existe une permanence du travail social, basée sur une certaine philosophie de l’homme, et en dehors de laquelle il n’existerait que des actes individuels, généreux et charitables, louables certes, mais qui ne constituent nullement les fondements d’une véritable politique d’action sociale. Parce que l’action sociale est politique. Sans elle, il n’existerait dans l’opération sociale qu’une forme classique de répartition des pouvoirs. C’est parce qu’elle est priorité dans nos prescriptions qu’elle suggère des portes de sortie d’un univers normatif, accepté ou supporté par ceux qui oublient que le mot citoyen qualifie tous les hommes, et qu’ils ont droit à faire évoluer les choses en fonction même de l’évolution du monde. C’est ce qui distingue l’homme du robot, et si les puissants de ce monde ont tout intérêt à consolider les normes sociales, les professionnels du social doivent prôner les institutions collectives qui permettent la modification, le changement, le progrès.

    C’est sans doute pour cela que l’histoire et leurs histoires nous disent que l’action

    sociale suppose la démocratie, ce système de vie qui permet à chacun d’exister et d’apprécier le monde. De même qu’il ne saurait y avoir d’action sociale sans démocratie (et l’histoire, les histoires nous le démontrent), il ne saurait y avoir de démocratie sans action sociale. Et tant mieux si les idées-force du passé irradient l’avenir dans le sens d’une meilleure prise de conscience collective. Il était bon qu’une telle journée nous le rappelle.

    Il sera toujours bon qu’à chaque période de notre histoire, on s’interroge sur ce qui bouge, ce qui s’est transformé, mais aussi sur les fondements de cette transformation, et sur la finalité de ceux qui l’ont permise.

    Et nous pourrons alors reprendre à notre compte cette conclusion de François Roche : « Dans ce contexte, on peut espérer que les travailleurs sociaux ne soient pas contraints à transmettre des normes mais qu’ils puissent promouvoir des valeurs d’action. Ils sont sans doute capables d’initiatives pour restaurer le lien social, non pas comme le moyen d’un asservissement, mais comme le moyen d’accéder aux trois niveaux qui constituent l’homme : le privé, avec le travail et les consommables nécessaires pour survivre, le public, avec l’expression et la prise de responsabilités qui font le citoyen, et enfin “l’oeuvre”, la culture, l’histoire, l’éducation, où chacun peut apporter sa part. »

    Nous conclurons avec un apport essentiel de la Grèce antique, en quelques lignes où je paraphrase Louis Avan, scientifique devenu philosophe, passionné d’éthique2 : « Dans ses réflexions sur la justice et la politique, Aristote distingue les lois écrites et les lois éthiques : les lois écrites légifèrent en général et s’imposent, mais elles ne prévoient pas les cas particuliers ni les circonstances innombrables d’un acte. Les lois éthiques sont comme une règle souple, partiellement indéterminée, qui s’adapte aux cas d’espèce et aux circonstances. Là commence l’équité qui s’intéresse à la personne plutôt qu’à la chose, à la durée plus qu’au moment, à la personne entière plutôt qu’à sa seule défaillance. »

    JACQUES LADSOUS Clermont-Ferrand, 18 avril

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