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  • 13/08/2013
    La question des rythmes scolaires, une longue histoire !

    Le hasard ou l’histoire ? Assises citoyennes


    Le rythme est intimement lié à la notion de temps, que ce soit en musique ou dans la vie de chacun. Les questions qui traversent actuellement l’école sur les rythmes scolaires, me rappellent que le temps passe et que nos projets de mettre l’enfant au centre du dispositif éducatif demeurent. « On s’est connu, on s’est reconnu, on s’est perdu de vue, on s’est reperdu de vue… » chantait Jeanne Moreau dans Jules et Jim. Mais dans ce « tourbillon » autour des rythmes et du temps qui passe et repasse en fonction du tempo des ministères, des projets, des études, des expérimentations, des réformes, des polémiques et des différents intérêts de la société, la prise en compte de l’enfant me semble à contretemps. Comme le temps passe.

    Article écrit par Anne Sabatini, et Olivier Ivanoff Pour le VEN N° 551



    Avant d’entrer dans la réflexion que nous propose Olivier Ivanoff dans l’article ci-après, revisitons pour mémoire, les différentes étapes qui ont marqué l’histoire des rythmes scolaires. Dès 1882, avec la loi Ferry sur l’enseignement primaire obligatoire, la question d’un jour vaqué (pour que les « têtes blondes » de l’époque puissent suivre les cours d’instruction religieuse) est posée. En 1972, le jeudi se transformera en mercredi sans véritable argument en lien avec l’intérêt de l’enfant. Avec les années quatrevingt, les études en chronobiologie se développent ; commencent alors des débats où la question des rythmes est posée avec un autre regard, plus centré sur les élèves. La loi d’orientation de 1989 qui met officiellement l’élève « au centre du système » confirme cette approche en réaménageant l’année scolaire et en allégeant la semaine d’une heure. Viendra ensuite la période des expérimentations de nouveaux rythmes scolaires (semaine de quatre jours avec raccourcissement des vacances scolaires) ou d’aménagement du temps scolaire (sport et activités culturelles, l’après-midi) à laquelle Olivier Ivanoff fait référence. En 2008, l’histoire des rythmes scolaires est marquée par la suppression du samedi matin sans réorganisation des temps de la semaine et de l’année, et par la mise en place de l’aide individualisée sur les temps méridiens soit avant, soit après la classe. Cette réforme a été très contestée et les Ceméa avaient alors soutenu les enseignant-e-s du premier degré dans leurs inquiétudes face aux incohérences de ce choix. Une conférence nationale sur les rythmes scolaires était alors mise en place en 2010. Son rapport proposait la refonte de la semaine scolaire avec abandon de la semaine de quatre jours au profit d’une semaine d’au moins neuf demi-journées mais aussi de l’année scolaire avec un raccourcissement des vacances d’été et le maintien du volume horaire annuel de classe sur trente-huit semaines au lieu de trente-six. Enfin, dernier épisode, le rapport issu de la concertation « Refondons l’école de la République » propose également un retour à une semaine de neuf demi-journées. Il envisage aussi la possibilité d’allonger d’une à deux semaines l’année scolaire en supprimant le zonage de certaines petites vacances pour respecter l’alternance de sept semaines de coursdeux semaines de vacances. Mais, la parution du décret sur les rythmes scolaires prouve que cette nouvelle réforme ne va pas au bout de la logique et que, à nouveau, d’autres intérêts, bien éloignés de ceux des enfants-élèves ont prévalu.

    La question des rythmes scolaires une longue histoire !

    C’était en 1996. Les ministères de l’Education nationale et de la Jeunesse et des sports avaient mis en place des sites pilotes pour travailler sur une réforme des rythmes scolaires. Différents projets avaient été initiés. Ces aménagements des rythmes scolaires devaient permettre une expérimentation prenant en compte l’enfant et son rythme de vie de façon plus globale, en considérant à la fois le temps scolaire et le temps périscolaire. Ces mises en situations réelles devaient servir de bases concrètes pour une refonte des rythmes scolaires. La commune dans laquelle je dirigeais une école a fait partie de ces sites pilotes. La réflexion et la proposition d’une organisation n’ont pas toujours été faciles, mais elles ont été passionnantes et intenses. Enseignants, parents d’élèves, élus et institutionnels des différents ministères ont multiplié les réflexions, les réunions, les concertations… Pour finir, la proposition retenue s’est appuyée sur deux principes : diminuer la journée de travail de l’enfant et rendre plus régulier le temps passé à l’école, avec le moins de coupures possibles. Les enfants ont donc terminé plus tôt la classe et ont travaillé tous les samedis matins pour éviter une coupure de deux jours pleins dans la semaine et l’irrégularité – à l’époque un samedi sur trois n’était pas travaillé. Pour compenser ces heures, les vacances ont été réduites de quelques jours. En parallèle, il a également été mis en place des activités périscolaires culturelles et sportives facultatives et gratuites après la classe et un aménagement de la pause méridienne, permettant aux enfants qui mangeaient à la cantine, d’aller à la bibliothèque, en salle informatique, de participer à des activités, mais également leur laissant la possibilité de jouer avec leurs copains ou de trainer dans la cour sans rien faire. Vous n’avez pas fait d’erreur de lecture, ni changé de siècle, nous sommes bien en 1996.1 Il y a également eu un colloque sur cet aménagement avec la participation d’un chronobiologiste et une analyse effectuée par un bureau d’étude. Si les retours ont été positifs concernant la prise en compte plus globale de la semaine et de la journée de l’enfant, ainsi que l’ouverture culturelle des activités périscolaires, la trop faible diminution du temps de classe, n’allégeant pas la journée de manière significative, n’a pas vraiment représenté d’incidence sur le rythme de vie des enfants. En raison du caractère local et ciblé aux écoles élémentaires de l’expérimentation, on ne pouvait générer de décalage trop important avec la maternelle ou le collège, ce qui aurait créé des situations ingérables pour les familles. Mais il faut resituer le projet dans la logique d’une expérimentation. Cette première étape de mise en pratique devant servir à une réflexion plus globale sur la refondation des rythmes scolaires. Cette expérimentation a également mené à s’interroger sur le statut, la rémunération, la formation des intervenants travaillant dans le périscolaire et les liens à établir avec l’école et les enseignants. Les lieux sont les mêmes, les enfants sont les mêmes, les temps sont parfois partagés, certaines personnes pouvant intervenir dans le périscolaire et le scolaire. Les enjeux sont différents mais l’objectif global commun : l’Education de l’enfant.

    Méfions-nous des apparences
    Il ne s’agissait pas de créer une nébuleuse où tout se serait mélangé et où l’enfant n’aurait plus su où se situer. Ni une école qui perdrait de vue ses objectifs d’apprentissages scolaires, ni un temps périscolaire qui deviendrait une annexe de l’école. Des temps et des adultes complémentaires et distincts, qui pourtant peuvent interagir. Et puis, les ministères ont changé et on n’a plus parlé de ces sites pilotes. Quelques années après, l’Inspection académique a fixé un calendrier scolaire dans lequel un samedi sur deux n’était pas travaillé. Puis, on est passé à la semaine des quatre jours. Il n’est plus resté de cet aménagement des rythmes scolaires, que les activités périscolaires et l’aménagement du temps de cantine. Aujourd’hui, il semblerait qu’un presque « copier-coller » de ce que nous avions mis en place soit proposé. Mais ne nous y trompons pas et méfions-nous des apparences. Un des principaux enseignements que je retire de cette expérimentation vécue est la nécessité de prendre en compte la globalité et l’interaction de tous les acteurs directs ou indirects : enfants, familles, enseignants, animateurs, cantine, mairie, associations, société civile en général… se déclinant en termes de rythme, de temps, de disponibilité, de locaux, de transport, de prise en compte d’une réalité spécifique et de financement. Le tout interagissant dans un contexte pouvant modifier complètement l’intention de départ. Bien avant cette expérimentation, m’appuyant sur les études des chronobiologistes et mon expérience dans les séjours d’enfants, j’avais essayé de modifier les plages de l’emploi du temps de ma classe, décalant certains apprentissages plus tard dans l’après-midi, période plus propice en terme de rythme. Mais, je me suis aperçu, que ce que je n’avais pas pris en compte, c’était la fatigue de beaucoup d’enfants, qui amenait une baisse d’attention et de disponibilité. Intellectuellement, mon projet était et reste cohérent, mais ce que j’avais organisé ne tenait pas compte d’un contexte. Dans un séjour de vacances d’enfants, beaucoup de paramètres liés au rythme sont maîtrisés : les heures de coucher, le réveil individualisé, les activités possibles et proposées, l’alimentation… Ce qui n’est pas le cas à l’école, où il faut prendre en compte cette diversité et s’adapter à la réalité d’un hors cadre. Il faut se méfier de la réponse simple à des questions complexes. L’aménagement des rythmes scolaires n’est pas simplement un problème d’horaires, qu’il suffit de réduire et de compenser par du temps de garderie ou d’animation.
    Ce n’est pas qu’une variable qu’il suffit de modifier légèrement pour être moins fatigué et apprendre mieux. Les rythmes scolaires font partie de la base fondamentale d’une politique éducative. La réflexion sur les rythmes scolaires amène, de fait, à s’interroger sur le fond.
    Quel est le rôle de l’école ? Comment prendre en compte son ouverture sur le monde ? Quelle place y occupent les enfants ? Quel est le rôle des enseignants ? Quel lien entre la famille et l’école ? On a le sentiment que ces problématiques sont cloisonnées et analysées en fonction des situations, des intérêts et des convenances de chacun, sauf des enfants, qui eux, se trouvent à la charnière et tiraillés. Les enseignants ont tendance à se plaindre des parents qui ne sont pas suffisamment présents pour les soutenir dans leur travail, des enfants qui arrivent fatigués en classe, ne sont pas disponibles pour les apprentissages, se couchent trop tard, ont des journées trop longues avec garderie et étude… Les parents, eux, ont tendance à reprocher aux enseignants une non-prise en compte des spécificités et des réalités de leurs enfants, tout en ayant la représentation d’un enseignement sublimé et figé dans le temps.

    Articuler les temps
    Continuons-nous à faire semblant de croire, que tous les enfants lisent, vont à la médiathèque et se reposent pendant leurs temps de loisirs, pour être en forme ensuite pour les apprentissages scolaires et parallèlement à cela, que l’école peut Tout et est responsable de Tout ? Ou nous penchons-nous avec réalisme sur cette problématique pour adapter l’école à la réalité de la société actuelle, des familles et des enjeux de l’avenir. Quelle place et quel rôle laissons-nous à l’enfant dans l’école et pourquoi ? Souhaitons-nous former de futurs adultes qui appliquent et reproduisent, ou qui osent, cherchent, inventent, décident, se prennent en main et coopèrent ? La prise en compte du rythme de l’enfant dans l’école et ses incidences sur l’environnement éducatif est au coeur de choix politiques majeurs. L’aménagement des rythmes pose également des questions de fond sur la place, le rôle et la formation des adultes dans le temps périscolaire.

    Une opportunité pour transformer l’école
    Est-ce un simple « petit boulot » de circonstance pour quelques heures, ou ces animateurs sont-ils reconnus comme éléments stables et importants dans le cadre d’une prise en compte éducative des enfants ? Avec quel statut ? Comment organiser leur emploi du temps pour qu’ils puissent en vivre, avec quelles autres missions ? Quelle articulation peut-il y avoir entre le temps scolaire et périscolaire pour favoriser le lien et le sens ? Sur les mêmes ordinateurs, les enfants font de l’informatique en classe avec l’enseignant et en périscolaire avec un intervenant.
    Pourtant, il n’y a aucun contact entre les deux personnes. On dirait qu’ils ignorent chacun le fait que l’autre existe, qu’ils amènent tous deux les enfants à utiliser internet, un moteur de recherche… Il ne s’agit pas de poursuivre le travail scolaire après l’école ou de changer les contenus d’apprentissage de la classe mais créer du lien permettrait de renforcer le sens de l’activité pour les enfants. Si la réforme des rythmes scolaires actuellement engagée avec sa réduction et sa réorganisation de la journée et de la semaine est un produit fini, il me semble que l’on passe à côté d’une opportunité majeure de transformation de l’école. Par expérience, je crains que la réduction d’une demi-heure à trois-quarts d’heure (en fonction de la participation ou non des élèves aux activités pédagogiques complémentaires faites par l’enseignant), ne soit pas suffisante pour influer de manière notable sur la fatigue de l’enfant avec le risque d’une accumulation de fatigue sur la semaine en fonction de ce qui est fait le mercredi. Le contexte de mise en place des activités périscolaires est également susceptible d’amener des municipalités à se questionner davantage sur la forme, l’organisation à mettre en place et sa gestion financière et matérielle, que sur le fond. Il est pourtant essentiel que cette prise en compte des rythmes de l’enfant-élève avance enfin. Que sous couvert de réflexion sur le sujet, on ne reporte pas à dans vingt ans le fait de se pencher à nouveau sur les rythmes scolaires et les journées trop longues. Pour reposer comme aujourd’hui les mêmes problématiques que nous avions travaillées en 1996 avec les sites pilotes. La question des rythmes scolaires est posée nationalement. Il me semble important de la faire avancer, évoluer. Que ce premier pas ne soit pas le dernier, que l’on aille plus loin dans la réduction du temps de la journée, et que cela soit le moteur pour repenser plus globalement le calendrier scolaire de l’année et les vacances, les programmes, la place des enfants et des adultes dans l’école. Une partition pour la refondation de l’école à jouer ensemble et en rythme.

    Dans le cadre de la mise en place de la réforme des rythmes voulue par le ministère de l’Education nationale, Le projet éducatif de territoire PEDT constitue un autre levier indispensable, complémentaire à la mise en place des neuf demi-journées : parler des rythmes, c’est redonner la priorité aux enfants, à leur épanouissement, à de meilleures conditions d’apprentissage participant ainsi à la lutte contre les inégalités mais il serait réducteur de croire qu’ils représentent le seul levier pour lutter contre les déterminismes sociaux induits par l’école. Ils doivent être accompagnés d’autres mesures, complémentaires, pour justement permettre à l’école d’être source d’émancipation pour tous les enfants. Le PEDT peut être un espace privilégié pour cela parce que, entre autres : – Il s’inscrit dans une réflexion sur le sens de l’action en même temps que dans une méthodologie du projet ; – il relève d’une démarche au service d’une éducation globale qui prend en compte l’ensemble des temps, des espaces éducatifs et non pas la seule dimension scolaire ; – il implique une mise en synergie de tous les acteurs et actrices éducatifs et rend réelle la co-éducation, rend possible le métissage des cultures professionnelles. Autant de raisons qui légitiment l’implication des Ceméa, mouvement d’Education nouvelle, dans la mise en place de ces projets aux enjeux ambitieux. Une bonne manière de faire vivre nos valeurs...



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