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  • Jacques Ladsous

  • 02/01/2014
    Mort, naissance...Vie

    JACQUES LADSOUS - le VST n° 120 -


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    Le 12 septembre 2013,

    Ce matin-là, je suis triste je viens d’apprendre la mort d’Albert Jacquard. Il était pour moi une de ces figures qui maintiennent en état de vie l’espérance. Je l’avais rencontré une première fois au cours d’une assemblée générale des CEMEA, et tout de suite ses propos m’avaient saisi ; saisi non pas comme dans un étau, mais comme un encouragement à poursuivre dans les engagements qui étaient les miens, comme un encouragement aussi à conserver, dans mes propos, le langage de tous les jours. Car il n’y a pas besoin de mots « savants », même quand on prétend avoir sa place parmi les savants, pour exprimer ce que l’on pense, ce à quoi l’on croit. Albert Jacquard avait un grand respect pour l’homme, une grande confiance envers ceux qui étaient en demande. Chaque fois que je lui proposais d’intervenir avec tel ou tel public, non seulement il répondait présent, mais il s’inquiétait de savoir quel était ce public, pour mieux situer l’objet de la demande, et adapter son propos. Je me sou¬viens notamment de ces élèves de 3e d’un collège de Meudon qui souhaitaient mieux comprendre ce qu’était l’intelligence. Au moment où je lui formulais cette demande, sans trop d’espoir d’une réponse positive, voyant mon doute il me dit que le scientifique chercheur a deux missions : celle de rechercher (et finir par trouver quelques réponses), mais aussi celle de faire connaître ses travaux. Et dans ces deux domaines, un auditoire de collégiens avait autant de valeur qu’un auditoire de professeurs. Il ne pouvait donc se dérober car ce serait manquer gravement au service qu’on était en droit d’attendre de lui. Il passa deux heures dans cette classe et, souriant, rassura ceux des collégiens qui doutaient d’eux-mêmes, fustigeant les prétendus savants qui osaient mesurer l’intelligence. Je le revois aussi aux États généraux du social en 2004. Il voulait bien parler de ce qui allait bien, de ce qui allait mal, mais il souhaitait le faire dans une assemblée où se côtoyaient des professionnels et des usagers du social, afin qu’ils puissent parler et s’écouter mutuellement. Et dans cette agora d’Emmaùs que nous avons choisie pour le recevoir, il nous retrouva de son pas égal et mesuré, s’asseyant au milieu de nous pendant près de deux heures. Jamais je ne l’ai vu refuser d’aller vers les autres. Bien simplement, il se mêlait à nous, sans aucune suffisance, pour partager ce moment d’échange où il disait apprendre autant qu’enseigner.

    Repensant à tout cela, je me disais que nous venions de subir une perte irréparable. Mais voilà que, quelques jours avant, paraissait aux éditions Le Bord de l’eau un petit livre (35 pages) : Manifeste convivialiste. Déclaration d’interdépendance, avec ce chapeau que je transcris ici dans sa totalité : « Un autre monde est non seulement possible, il est absolument nécessaire et urgent. Mais comment dessiner ses contours et le penser ? Le manifeste convivialiste se propose d’expliciter ce que partagent toutes les initiatives qui sont déjà en train de le bâtir, et leur philosophie politique impli¬cite commune. » Je me suis jeté sur ce petit livre (comme je l’avais fait sur le message de Stéphane Hessel « indignez-vous ») et j’y ai retrouvé toute la philosophie politique qu’Albert Jacquard avait décrite dans Mon utopie’, et tout à coup, il m’apparaissait à travers ces lignes écrites en commun par de nombreux militants de toute la terre. C’est comme si, soudain, au moment de mourir, il m’avait fait ce clin d’œil qui fait découvrir que la vie continue, et avec elle l’espérance. Oh ! Je sais bien que des esprits chagrins vont dire que tous ces penseurs n’empêchent pas le monde de mal tourner, et qu’au-delà de la pensée, il faut des actions. Mais me revient alors ce que disait Henri Wallon, lorsque j’étais son élève : « Il n’y a pas de pensée sans action mais aucune action ne peut se passer de la pensée. »

    Alors, je remercie ceux qui ont pris le temps d’écrire ces quelques lignes qui se ter¬minaient en propositions d’action. J’espère que beaucoup s’en empareront. À mon niveau, avec les quelques moyens que me laisse encore mon « grand âge », je ferai l’impossible pour pousser quelques initiatives dans ce domaine. Tant qu’il reste une lueur dans un monde de ténèbres, il nous faut la préserver, la développer. Albert Jacquard se prolonge par ce manifeste. Et dans notre nuit actuelle, il nous dirige vers la clarté du monde des Lumières. Ainsi, aux morts succèdent de nouvelles naissances : la VIE continue.

    JACQUES LADSOUS

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