Formation professionnelle des animateurs
Philippe Segrestan, chargé d’études animation au Cafemas militant Ceméa

Les débats actuels et la mise en place très progressive de la réforme
des rythmes scolaires ont mis sur la place publique les lourdes
carences en formation professionnelle des animateurs.
Si la situation est bien connue des principaux acteurs du champ
de l’animation, en revanche le grand public a été justement
choqué du décalage entre les attendus de la réforme et la triste
réalité des qualifications professionnelles de ceux qui auront pour
l’essentiel en charge les activités périscolaires. L’animation en tant
que forme d’intervention sociale peut jouer un rôle d’éducation,
de culture et d’invitation à la transformation sociale mais la bonne
volonté et l’enthousiasme ne suffisent pas. Les pratiques
d’animation requièrent une vision politique, des valeurs et
des savoir faire. Comme tout métier, l’animation s’apprend.
Pour que l’animation professionnelle soit réellement à la hauteur
de ses intentions, elle a besoin d’une rénovation de son système
de formation professionnelle. C’est une responsabilité qui incombe
à l’ensemble des acteurs du champ de l’animation.


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Entre septembre 2012 et mars 2013, le Cafemas 1 a initié une étude sur les trajectoires
professionnelles des métiers de l’animation. Il s’agissait d’observer comment se déroulent
les carrières. Avec quels bagages ces professionnels commencent-ils leurs activités ? Quelles
sont les principales portes d’entrée ? Existe-t-il des logiques pour les évolutions de carrière ?

Une situation effectivement sinistrée
Cent quatre-vingt professionnels, animateurs, intervenants spécialisés, coordonnateurs,
directeurs, tous en poste dans la diversité des structures qui mobilisent des pratiques d’animation,
soumis à une enquête, ont retracé leur carrière lors d’un entretien approfondi.
La qualification professionnelle était l’un des points étudiés.
Cet échantillon représentatif du champ a livré des informations précieuses sur les questions
de la qualification professionnelle des acteurs. Une étude ne saurait dire toute la réalité,
néanmoins, gageons que les gens du terrain quels que soit leur poste ne seront pas surpris
par les informations recueillies.
– 88 % ont commencé leur activité professionnelle sans diplôme professionnel relatif à
l’animation.
– L’accès à une qualification professionnelle est lent, il ne concerne que ceux qui restent
plusieurs années dans le métier.
– Il faut en moyenne aux animateurs cinq ans dans le secteur associatif et sept ans dans la
fonction publique pour accéder à un diplôme professionnel. Mais nombre d’entre eux ne
font qu’un passage de quelques années dans l’animation.
– Seul le secteur social présente une réelle différence avec davantage d’animateurs
diplômés et un accès plus rapide à la formation. Il faut rappeler l’obligation de qualification
professionnelle figurant au sein des principales conventions collectives de ce secteur.
Les parcours de vie soulignent aussi l’importance des ACM 2 comme porte d’entrée dans
le métier d’animateur.
– 75% des professionnels ont été animateurs occasionnels dans les ACM.
– 79% ont entamé une formation préparant au Bafa ou au Bafd.

Cette étude confirme les carences de formation du secteur. L’état des lieux fluctue selon
les domaines d’intervention et ce sont les animateurs socio-éducatifs qui connaissent
les taux les plus bas de diplômés. Ainsi les professionnels qui encadrent les millions
d’enfants accueillis lors des ACM et activités périscolaires sont-ils le plus souvent dépourvus
de toute qualification professionnelle. Dans le meilleur des cas, le Bafa et le Bafd font
office de formation professionnelle 4.
Pourtant l’animation connaît une expansion durable, les pratiques d’animation s’implantent
dans des milieux les plus divers. Mais cette expansion s’effectue le plus souvent dans une
spirale négative où l’absence de qualification autorise des conditions de travail et de rémunération
médiocres. Celles-ci drainent vers ces activités des professionnels sans qualification.
La boucle est alors bouclée et la professionnalisation de l’animation s’effectue dans
la précarité des animateurs au grand détriment des publics, de la quantité des interventions
et de la reconnaissance de ce métier.
Dans ce contexte sinistré, est-il toujours possible de revendiquer pour l’animation une
mission d’émancipation et un rôle dans la lutte contre les inégalités sociales et culturelles ?
Les espoirs et les visées d’émancipation que l’Éducation populaire revendiquait pour les
activités d’animation risquent bien de se diluer dans des animations appauvries par manque
de qualification.

Identifier les points de blocage
Ces constats appellent à un sursaut de l’ensemble des acteurs et à une mutation des
possibilités d’accès à la qualification professionnelle avec une priorité pour les animateurs
du secteur socio-éducatif. Sans prétendre à l’exhaustivité, signalons les principaux
obstacles qui entravent l’accès aux qualifications.

Pas d’obligation conventionnelle de certifications
Les principales conventions collectives du champ ne mentionnent pas l’obligation de qualification
professionnelle pour accéder à des fonctions d’animation, celles-ci ne sont citées
qu’a titre indicatif ou d’exemple pour la classification des salariés. Ce choix qui pouvait être
justifié dans le contexte de la signature de la convention collective de l’animation en 1988,
est-il encore légitime ? Situation identique dans la fonction publique territoriale où une
très large majorité des animateurs relève de la catégorie C, grade accessible sans obligation
de certification professionnelle. Dans un contexte si peu exigeant on voit mal les employeurs
associatifs et publics recruter du personnel diplômé pour les emplois les plus nombreux
et s’exposer à une remise en cause des grilles de classification.

Déclassement des certifications
Comme aucune qualification professionnelle n’est exigée pour les emplois les plus nombreux
de l’animation, la reconnaissance des diplômes existants se trouve tirée vers le bas.
Le titulaire d’un diplôme d’animateur de niveau IV se voit alors proposer des postes avec des
fonctions d’encadrement intermédiaire : coordination d’équipe ou responsabilité d’établissement
à faibles effectifs. Situation identique pour la fonction publique territoriale ; les agents
relevant du cadre B de la filière animation occupent le plus souvent des fonctions de coordination
voire de direction avec une qualification d’animateur 6. S’illustre ici la logique
absurde de la formation récompense. Ainsi, après avoir travaillé plusieurs années comme
animateur sans qualification, le professionnel se voit proposer une formation d’animateur
pour exercer des fonctions de coordination. Il va alors exercer de nouvelles fonctions pour
lesquelles il n’aura pas davantage été formé ! Voici une variante du principe de Peter 5 qui
serait drôle si elle n’était bien réelle.

Le flou réglementaire des activités d’ACM
Ces activités mobilisent une large majorité des animateurs professionnels ; de ce fait,
elles influencent l’ensemble du champ sur les questions de qualification professionnelle
des animateurs. Ces accueils relèvent d’une réglementation spécifique fondée sur la protection
des mineurs. Celle-ci prévoit que les personnels pédagogiques soient majoritairement titulaires
de diplômes spécifiques : les célèbres Bafa et Bafd 6. Il est sans doute inutile dans les colonnes
de cette revue de rappeler que dans la logique d’Éducation populaire des ACM, ces brevets
sont une préparation accessible à tout ceux qui souhaitent exercer occasionnellement une action éducative durant ces accueils. Pourtant, bien que sans visée professionnelle
ces brevets sont massivement utilisés par les professionnels, car ils sont le plus souvent la seule
exigence des employeurs 7. Officiellement, un texte est censé corriger cet usage abusif en faisant
obligation de diplômes professionnels pour les directeurs d’ACM exerçant plus de quatre-vingt
jours par an. Ce texte est peu respecté sur le terrain. Malheureusement, aucune obligation
de qualification professionnelle n’est demandée aux « simples » animateurs professionnels.
La règlementation de ces activités entrave ici l’accès à la qualification professionnelle.

Un système de formations,
de certifications et de financements multiples et complexes

Le manque de coordination et de cohérence entre les différents acteurs qui conçoivent
financent, organisent, prescrivent et contrôlent les possibilités de formation est sans doute
la caractéristique majeure du système de qualification du champ. On y observe aussi bien
des doublons, plusieurs diplômes couvrant les mêmes besoins, que des manques – absence
de formation dédiée au socio-éducatif secteur dominant. L’ensemble du système est peu
lisible et concurrentiel. En 2008, le très critiqué rapport Bertsch 8 s’appuyait sur cette
situation pour dénoncer la jungle des 215 certifications différentes, les passerelles difficiles
d’une filière à l’autre, la multiplication des ministères certificateurs et surtout l’inadéquation
de l’offre à la nature des besoins. Si les oppositions à ses préconisations ont été vives
et légitimes, il faut reconnaître la contradiction entre une offre pléthorique et complexe et
un aussi faible pourcentage de professionnels diplômés.

L’absence de formations initiales publiques et gratuites
Il n’existe pas de système de formation initiale, publique et gratuite pour les emplois les plus
fréquents d’animateurs en face à face avec un public. Un jeune qui souhaite devenir
animateur ne pourra pas se préparer à ce métier dans le cadre de sa scolarité initiale. Seules
les fonctions de coordination ou d’animateur concepteur sont couvertes pas un DUT
Carrières sociales option animation délivré par le ministère de l’Enseignement supérieur
depuis 1966 9. Cette impossibilité aberrante est sans doute la cause première des carences
de qualification professionnelle de la masse des animateurs. Elle a pour conséquence de faire
supporter la responsabilité du financement des formations des 165 000 animateurs :
- Soit aux futurs professionnel ou à leur famille ;
- soit aux aux employeurs qui vont devoir utiliser les fonds de la formation professionnelle
issus des cotisations salariés et employeurs ;
- soit aux conseils régionaux ou à Pôle Emploi dans le cadre de leur politique d’emploi en
direction de la jeunesse.
Pour les animateurs de la fonction publique territoriale l’accès à la formation est tout aussi
difficile. Leur organisme de formation, le CNFPT 10, ne finance pas les formations diplômantes
des agents. Les municipalité, employeurs n°1 des animateurs de face à face, doivent alors
financer la formation sur leurs fonds propres sans pouvoir recourir à des fonds mutualisés.
L’absence de formation initiale détourne aussi les jeunes scolarisés de leurs projets d’être
animateurs. Ces jeunes s’orientent alors souvent vers la filière des carrières sanitaires et
sociales plus accueillantes dans le cadre de la scolarité initiale pré-bac. Pour ceux qui
persistent, l’accès à une qualification sera le plus souvent précédé par une longue période
d’attente pour obtenir un financement employeur ou bien par une période de chômage
et de précarité pour accéder à une formation dans le cadre des politiques de l’emploi.

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24/04/2014




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