TSA quotidien
Pauvreté / Exclusion Comment travailler avec les jeunes en errance ?

Par Noël Bouttier pour TSH et CH pour ASH


Les Céméa ont réalisé une importante étude sur la question de la prise en charge par les acteurs sociaux d’une population trop souvent oubliée, les jeunes en errance, qui seraient entre 10 000 et 30 000. Ce travail débouche sur des recommandations qui insistent sur les adaptations nécessaires des structures et des pratiques pour accompagner ces jeunes coupés de tout.

Étude soutenue par la direction générale de la cohésion sociale - Le reseau regroupe environ 250 structures de terrain et institutions


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"Jeunes en errance et addictions" sous ce titre, le mouvement d’éducation populaire des Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation nouvelle (Cemea) a rendu public un travail de recherche qu’ont effectué François Chobeau et Marie-Xavière Aubertin. A la demande du ministère de la santé, ils ont interrogé une pléiade de jeunes et de professionnels en France comme dans les pays limitrophes.

Essai de définition Mais de qui parle-t-on exactement avec ce terme "jeunes en errance" ? "[II] est passé dans le vocabulaire de l’action politique depuis quelques années, sans qu’une définition claire en soit donnée", estime ainsi le rapport. Pour essayer ce groupe non (ou mal) identifié, il distingue la population très visible qui se singularise par sa tenue vestimentaire et ses habitudes de vie (compagnie de chiens) de celle plus discrète qui est constituée de jeunes en grande difficulté psychologique sortant a 18 ans des structures ou déjeunes de milieu populaire qui, a la suite de ruptures personnelles, se retrouvent à la rue. Les estimations de leur nombre sont difficiles car cette catégorie n’existe pas sur un plan statistique. "Comment identifier dans ces grands chiffres [concernant les SDF] les 18-30 ans à la rue, en squat, en camion, en dynamique d’errance 7", s’interroge le rapport Cependant, il propose une fourchette assez large de 10 000 a 30 000 jeunes en errance.

Insérer ou accompagner ?
Sans conteste, les réponses actuelles pour prendre en charge cette population sont largement insuffisantes (et nombre) et souvent inadaptées. Aussi faudrait-il faire évoluer les fonctionnements pour espérer toucher des jeunes qui ont tendance à s’enfoncer dans la marginalité et à adopter des comportements addictifs extrêmes

Déjà, il faut se reposer la question de l’objectif du travail social. Le rapport met les pieds dans le plat en affirmant qu’"ll est nécessaire d’admettre qu’aujourd’hui beaucoup des jeunes en errance ne pourront pas intégrer ou réintégrer la vie sociale « normale »" Donc, il ne faut pas se polariser - sans l’exclure pour autant - sur l’objectif d’une insertion sociale et professionnelle classique, et s’inspirer plutôt des structures du handicap mental qui proposent un travail adapté En effet, Terranee s’accompagne souvent ou est liée à l’existence de handicaps psychiques qu’il s’agit vraiment de reconnaître. Il faut d’ailleurs renforcer les relations entre professionnels de terrain et ceux de la psychiatrie car les premiers sont souvent démunis face à des pathologies lourdes.

Cet objectif de prise en compte des spécificités de la vie en errance doit impacter la conception des hébergements sociaux Les structures moyennes ou importantes que sont les CHRS sont généralement inadaptées à ce public. Aussi, la solution de l’hébergement hors les murs doit être privilégiée avec l’idée de proposer une pause aux jeunes en errance.

La logique administrative des SIAO
Faisant écho à des craintes associatives, le rapport pointe les risques du regroupement des structures poursuivi par les pouvoirs publics Car, expliquent les auteurs, "la pluralité et la diversité des offres locales permettent de travailler avec des personnes toutes différentes" De même, le rapport se veut très critique sur la logique administrative du Service individualisé d’accueil et d’orientation (SIAO) qui n’est pas en mesure de prendre en compte les attentes de ce public Pour que cela puisse fonctionner, une vraie coordination entre les acteurs de la prévention spécialisée, de la lutte contre l’addiction et les CCAS, notamment, est indispensable La ville de Bourg-en-Bresse a ainsi constitué, au sem du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance, une commission en charge des jeunes errants.

Distinguer maraudes et travail de rue
Au niveau des pratiques professionnelles, des évolutions sont également nécessaires. Bien entendu, l’accompagnement doit être apporté aussi bien pendant la semaine que le soir et les week-end. Le rapport affirme également que les maraudes ne peuvent en aucun cas remplacer le travail de rue Les premières, souvent pratiquées avec des bénévoles, visent à proposer une solution immédiate alors que le second permet, grâce à des professionnels formés et relativement stables, de construire des réponses dans la durée Le rapport met également le doigt sur les ruptures de suivi lorsque les structures de terrain passent le relais aux intervenants spécialisés (emploi, santé ) Aussi serait-il judicieux que le professionnel de terrain soit considéré par ces derniers comme le réfèrent unique. Le chien, ce compagnon
Ces jeunes en errance vivant souvent avec leur chien, il n’est pas possible de s’intéresser à eux sans prendre en compte ce compagnon Outre la possibilité d’accueillir un animal, les structures pourraient proposer trois types d’actions mise à disposition de matériels, accès à des consultations vétérinaires et interventions d’éducateurs canins. Dans un autre ordre d’idée, il faut également intervenir sur les dettes administratives - consécutives à la fraude aux transports publics - par exemple en proposant un remboursement étalé. Revoir la barrière de l’âge
Enfin, le rapport pose la question des mineurs en errance ll constate que "les structures agréées ASE ne voient quasiment jamais ces mineurs se présenter volontairement à elles" ll faudrait donc que les éducateurs de rue puissent indistinctement accompagner des jeunes en errance quel que soit leur âge. "Le respect de l’obligation de protection de l’enfance pourrait alors passer par une simple information à transmettre au Conseil général ou au Procureur en charge des mineurs", suggèrent les auteurs d’un rapport riche en informations et en propositions.

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Les dynamiques de l’errance Qui sont les jeunes errants qui squattent les quartiers marchands et les abords de gares ? Une recherche propose des pistes d’explication et des recommandations.

Réalisée par les sociologues Marie- Xavière Aubertin et François Chobeaux, animateur du réseau national de réflexion « Jeunes en errance » dans le cadre des CEMEA (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active) ( Soutenu par la direction générale de la cohésion sociale, ce réseau regroupe environ 250 structures de terrain et institutions ) , une recherche (Consultable sur cemea asso fr/spip php ?rubrique375) confirme ce qui est connu depuis le début des années 1990 : « Ils sont les enfants des petites et moyennes villes de province  ». Mais très vite, ceux des petites villes rejoignent les agglomérations plus importantes, par peur d’être montres du doigt et par rejet des espaces ruraux où l’on s’ennuie.

Ces jeunes errants sont nés dans des familles populaires (avec des parents ouvriers ou employés), ou il y a eu des conflits et des séparations, des beaux pères et belles-mères « avec qui cela n’allait pas ». Tous n’ont pas connu des difficultés précoces à l’école : elles se révèlent à l’entrée a l’adolescence et mar quent d’autres difficultés structurelles sous-jacentes. « C’est alors la période des décrochages scolaires a bas bruit, qui s’articulent avec les premières fugues, et des premières consommations importantes, excessives, de substances psychoactives  : d’abord l’association tabac alcool- cannabis, puis rapidement d’autres expérimentations. »

PLONGÉE DANS LE VIDE Pour plusieurs de ces jeunes, des difficultés ont été repérées dès la petite enfance ou l’enfance, et ils ont dès lors fait l’objet de suivis sociaux très rapprochés, souvent de placements.« C’est la présentation classique des "enfants du malheur" . inadaptations et inattentions familiales, brutalités, violences physiques, psychologiques et sexuelles », avec les stress post-traumatiques qui s’ensuivent et alimentent la vulnérabilité identifiée dans les dynamiques d’errance et d’addiction. Enchaînant et alternant foyers, familles d’accueil, séjours de rupture, ITEP (instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques) et établissements d’enseignement adapté, certains jeunes ne s’attachent à rien m à personne et ne veulent pas (ou plus) entendre parler d’éducateur, de psychologue ou de psychiatre. Sans solution viable à 18 ans, n’ayant jamais appris à organiser et à gérer leur vie, ils plongent dans le vide de la rue et de l’errance.

« D’autres semblent aller normalement bien et tout explose a l’adolescence. » Refus des contraintes et des cadres, revendication radicale de liberté : c’est « l’installation et le développement de fonctionnements [répondant à une logique de] toute-puissance ». Néanmoins, des difficultés psychologiques importantes sont sous-jacentes avec, en particulier, l’incapacité à se protéger du fait d’une faible estime de soi I e passage à l’acte permanent est la forme majeure d’expression d’un mal-être dont « les fugues, puis l’errance, sont les apothéoses ».

Enfin, un troisième public un peu plus âge - jeunes travailleurs, jeunes couples mariés - rejoint l’errance alors qu’il était engagé dans un parcours social banal. A la suite d’un accident de la vie (chômage, rupture sentimentale, impayés de loyer et expulsion), tout a bascule. « II y a aussi chez ceux-là, d’évidence, des facteurs psychologiques intimes qui sont présents et qui les empêchent alors de s’accrocher. »

Ces jeunes évoquent d’ailleurs des passés chaotiques, une adolescence jalonnée de fugues et de consommation précoce de produits, des problèmes familiaux. Différents parcours, donc, mais les mêmes soubassements chez ces trois populations : « Des difficultés d’équilibration ou de solidification de la personnalité, l’absence d’acquisition de compétences psychosociales avec impossibilité d’exprimer une émotion autrement que par l’acte, l’absence de capacité a affirmer et soutenir une position individuelle et l’incapacité à savoir apprécier une situation potentiellement risquée afin de s’en protéger. Seuls leurs engagements différentiels dans la vie sociale permettent a certains de savoir mieux se gérer au quotidien, ce que d’autres n’ont jamais appris. », observent les sociologues.

ASSOUPLIR LES NORMES

La recherche formule de nombreuses recommandations pour mieux prendre en compte les jeunes errants : faire évoluer la conception même de la prise en charge (« passer de l’insertion à l’accompagnement  » ), assouplir les normes et les dispositifs, développer des structures d’accueil et des jobs à la journée, améliorer la prévention en matière de santé et adapter les outils de la prévention des risques... Sabine Fourcade, directrice générale de la cohésion sociale a d’ores et déjà indiqué à François Chobeaux son souhait de retenir certaines préconisations en matière d’hébergement et de logement lors des diagnostics territorialisés sur l’hébergement d’urgence qui doivent être expérimentés et généralisés en 2014. Elle a évoque également, dans le cadre du renouvellement de la convention avec les CEMEA (2014-2016) sur le réseau « Jeunes en errance », la possibilité de lancer des expérimentations faisant sauter le verrou mineur/majeur dans l’accompagnement des jeunes errants.

Sommaire Paru dans le quotidien ASH du 23 septembre 2013

Accompagnement des jeunes errants : changer de paradigme

Zonards, punks ou travellers, quelques milliers de jeunes évoluent aux marges de la société. Soucieux de ne pas les laisser en déshérence, des acteurs sociaux s’emploient à faire un bout de chemin à leurs côtés. Avec souplesse et inventivité, loin de tout acharnement éducatif.

Travail de rue, anonymat, libre adhésion, les modalités d’intervention de la prévention spécialisée en font un outil privilégié pour aller à la rencontre des jeunes errants. Mais les équipes sont de plus en plus centrées sur les publics des quartiers périphériques, « avec parfois des limitations explicites aux moins de 18 ans ["cible" de l’aide sociale à l’enfance] et aux jeunes qui résident dans les périmètres pour lesquels une action est conventionnée » par le conseil général, font observer les sociologues Marie-Xaviere Aubertin et François Chobeaux. Il y a en revanche peu d’éducateurs dans les centres villes, « en contact avec les regroupements de jeunes en rupture sociale et avec les grands adolescents locaux qui les fréquentent. C’est pourtant là un des lieux majeurs pour la construction d’actions de prévention et de soutien en matière d’errance active », soulignent ces auteurs d’une recherche passionnante sur la marginalité juvénile réalisée pour la direction générale de la santé (voir page 37).

De fait, quelle que soit leur origine géographique, les errants se retrouvent essentiellement au coeur d’espaces carrefours (places, secteurs marchands, abords des gares) « Les jeunes bougent beaucoup. Aussi, même si on a des conventions stipulant qu’on intervient SUT les quartiers d’habitat populaire, toutes nos equipes passent en centre-ville, à Bourg-en-Bresse comme dans les villes plus petites de 7000 à 8000 habitants » explique Daniel Nantas, directeur adjoint du pôle « prévention » de l’Association départementale de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence (ADSFSA) de l’Ain. A Bourg-en-Bresse, la bonne connaissance des jeunes marginaux qu’ont les éducateurs de prévention favorise le travail partenarial entre les acteurs politiques (ville, agglomération, conseil général, préfecture), ceux de la sécurité (polices municipale et nationale) et ceux du social (centre communal d’action sociale, maison départementale de la solidarité, association d’insertion et ADSEA).

Une commission « jeunes errants en centre- ville » a été instaurée en 2008 au sein du conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance et se réunit régulièrement. Avec comme principe de ne jamais aborder les questions individuelles

  • « on est plus sur de la prévention situationnelle », précise Daniel Nantas -, ce groupe de travail permet aux différents acteurs de mieux appréhender leurs missions respectives et d’avoir, ensemble, une approche plus sociale que sécuritaire de l’errance juvénile.

S’OCCUPER DES CHIENS

La prise en compte des chiens participe de cet abord pragmatique. Ces animaux, qui contribuent largement à cristalliser les tensions avec la population, constituent des clés d’entrée dans la relation maîs en même temps « d’efficaces machines à bloquer des reaccrochages sociaux possibles par les refus et les rejets qu’ils génèrent », commentent Mane- Xavière Aubertin et François Chobeaux.

A Lille, depuis une dizaine d’années, l’équipe de prévention spécialisée en centre-ville de l’association Itinéraires développe différentes actions en direction des propriétaires de chiens. « Nous distribuons des laisses et des muselières pour sensibiliser les jeunes aux "bonnes pratiques en collectivité " et nous avons équipe nos locaux de cages permettant aux maîtres de les utiliser quand ils viennent chez nous, mais aussi quand ils vont a un rendez-vous ou les chiens ne sont pas autorises », explique Karim Belmekki, éducateur. Par ailleurs, l’association organise une fois par mois, sauf en juillet et en août, des rencontres avec des vétérinaires du réseau Animaid. Prévenus des dates de leur venue lors des permanences éducatives de l’équipe et par la distribution de flyers dans la rue, les détenteurs d’animaux ont la possibilité de les faire examiner moyennant une libre contribution financière.

Enfin, dernière initiative en date, un médecin généraliste addictologue, que les jeunes peuvent consulter gratuitement, est désormais présent en même temps que les vétérinaires. « Nous nous sommes dotés d’une table de consultation, nous mettons des fruits, jus et barres de céréales a. disposition et nous profitons de ces séances pour questionner les jeunes sur leur santé et vérifier qu’ils ont une couverture sociale », développe Karim Belmekki. « On s’occupe de ton chien, occupe-toi de toi », telle est la philosophie qui préside à ces actions, comme à d’autres opérations plus ponctuelles que mène l’association.

Proposer des lieux d’hébergement et des espaces de décompression ou les jeunes peuvent venir avec leurs compagnons de galère est également une préoccupation d’acteurs de l’urgence ou de l’ addictologie. A Limoges, le CHRS (centre d’hébergement et de réinsertion sociale) Augustin-Gartempe met en oeuvre, depuis 2006, un dispositif d’ accompagnement dans le logement, en appartements sur site ou a l’extérieur, pour dix jeunes marginalisés de 18- 30 ans, seuls ou en couple, avec ou sans chiens ( I ) . Dans le même esprit, mais sous forme d’une petite collectivité avec une présence éducative permanente, une maison à étage de dix chambres a été ouverte début 2013 au centre de Bordeaux par le Comité d’étude et d’information sur la drogue (CEID). Baptisée Pro Domo, cette structure se veut la première marche vers l’autonomie pour des 18-25 ans qui ne peuvent encore imaginer se séparer de leur famille de la rue ni, pour certains, de leurs chiens.

PLUS QU’UN ACCUEIL

Maîs les lieux qui permettent ces accueils maître/animal sont peu nombreux, fait observer Florian Griés, chef de service d’Itinérances, accueil de jour parisien pour les 18-30 ans qui comptait en 2012 une file active de 1856 personnes et . 70 chiens différents - ainsi que quelques chats, rats et autres animaux -, pouvant, le cas échéant, être laissés en garde à l’équipe, le temps d’un rendez-vous médical ou administratif. Celle-ci ne se contente pas d’offrir un accueil. Des maraudes ont lieu quatre soirs par semaine dans les Xe et XIe arrondissements, particulièrement dans le secteur des gares du Nord et de l’Est. Il y en a également deux mercredis après-midi par mois aux alentours de la Bastille pour croiser un public jeune a la limite de l’errance.

Teuffers, banlieusards, punks avec chiens, le travail de rue vise à entrer en contact avec des personnes qui ne se seraient pas rendues dans la structure et à les informer de la possibilité de le faire avec leurs animaux. « L’intérêt est aussi de rencontrer des usagers déjà connus, qui ne se sentent plus en capacité de venir dans un lieu ou il y a du monde », ajoute Florian Griés. Tous les professionnels d’Itinérances alternent activités d’accueil et maraudes le psychologue comme les travailleurs sociaux (une assistante de service social, une conseillère en économie sociale et familiale, un éducateur sportif et une éducatrice spécialisée). « Par rapport a un public jeune qu’il faut aller "pêcher", il est important d’avoir des gens compétents et expérimentés  », souligne le chef de service, lui-même ergothérapeute en psychiatrie.

La pluridisciplinarité de l’équipe permet de s’adapter aux profils très variés du public. Présenter aux jeunes une palette de métiers est aussi un moyen de modifier les représentations négatives qu’ils peuvent en avoir. C’est surtout vrai pour les professions de psychologue et d’assistant de service social, parce que «  des psys, j’en ai vu 47 quand fêtais enfant, c’est tous des e » et que « c’est a cause des assistantes sociales que j’ai été placé ». «  En leur montrant qu’ils arrivent à parler avec Nico qui est psychologue, on peut amener des jeunes vers le soin », commente Florian Griès.

La santé, pour autant, n’est pas vraiment la préoccupation des jeunes errants II n’empêche qu’en mettant en oeuvre des dispositifs d’accompagnement de squats pour soutenir les habitants dans leurs difficultés quotidiennes, notamment leurs conflits avec le voisinage et les institutions, des professionnels du champ sam taire et/ou social ont un rôle d’apaisement et de réduction des risques. A Bordeaux, l’équipe « Jeunes en errance », rattachée au centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues du CEID, mène une action importante autour des squats, explique son coordonnateur Yves Lanthaume. « Aujourd’hui, on en suit de 10 a 15, de taille variable » précise-t-il. « Beaucoup de logements vides ont été rachetés par la communauté urbaine de Bordeaux, et on négocie avec elle, ou avec le conseil régional, pour pouvoir squatter de façon un peu plus tranquille avant les expulsions. »

« FAIRE AVEC » Les forces de l’ordre appellent avant d’intervenir et la direction du développement social urbain ne manque pas de signaler aux travailleurs sociaux l’apparition de nouvelles situations - par exemple la découverte de quatre jeunes installés campant dans un jardin. « On a complètement accepte de faire de la médiation, ce serait ridicule de souhaiter qu’il y ait le f eu tout le temps. Si on arrive a garder les jeunes au chaud tout l’hiver, e est sécurisant-sinon, on est sans arrêt a leur courir après et il n’est pas possible de faire un travail efficient », constate Yves Lanthaume.



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