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  • François Chobeaux

  • 08/04/2015
    Vie Sociale et traitement N° 125 - l’avenir de la psychithérapie institutionnelle
    Chambres d’isolement : la contagion dans les têtes - Edito du VST n°125

    François Chobeaux


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    Lu récemment sur un forum professionnel d’éducateurs : « Je travaille dans le secteur autisme. Nous avons des enfants très violents, nous voulons donc aménager une chambre de repos pour la sécurité d’un enfant qui se tape la tête contre les murs et casse tout ! Nous voulons que cette pièce soit fermée (pour ne pas mobiliser un éducateur devant la porte et pouvoir nous occuper des autres enfants) avec un hublot pour le surveiller. Avez-vous cela dans vos structures ? Faut-il forcément un accord du soin ? Cela fait un peu hôpital psychiatrique mais nous en avons absolument besoin pour un enfant qui se met en danger, nous-mêmes et les autres enfants du groupe qui sont terrorisés ! Merci de nous aider. Nous n’avons pas d’aide de l’hôpital de jour qui ne veut pas de notre enfant car aucun groupe ne lui correspond ! Lol nous restons avec notre enfant sans aucune solution. » Les échanges qui suivent partent dans trois directions : un rappel des bases de la clinique individuelle avec la suggestion de chercher à comprendre quand et comment les crises de cet enfant démarrent ; la proposition d’application par les éducateurs d’une méthode de réponse comportementaliste portant sur la sécurité de tous, avec indication de la piste Internet à suivre pour la découvrir ; et le conseil de s’appuyer sur les recommandations de l’ANESM et de la HAS en ce qui concerne les salles d’apaisement, dont la nécessité apparaît comme une évidence pour les contributeurs. Ce qui est étonnant, c’est que les avis sont diamétralement opposés entre les tenants de l’approche par la compréhension clinique, qui ne parlent absolument pas de la gestion des crises, et ceux de la contention, qui n’abordent pas l’étiologie des mêmes crises. Comme une façon de mettre en jeu ici de façon inconsciente le conflit binaire entre l’approche psychodynamique et l’approche cognitivo-comportementale. Ce qui est étonnant, également, c’est que la question du fonctionnement institutionnel, de l’analyse de l’institution en tant qu’espace producteur potentiel de souffrance n’est absolument pas posée. Et ce qui est choquant, c’est que la majorité des contributeurs ne s’embarrassent pas de questions éthiques à propos de la solution évidente qu’est l’isolement en chambre ad hoc : c’est techniquement possible, il suffit de suffit de respecter les règles.

    La discussion s’est tarie après quelques jours d’échanges animés, la dernière contribution proposant une efficace solution : « À l’IME où je suis, on possède une pièce comme celle que vous avez décrite. Nous avons une page FB et on peut se contacter par téléphone. » Réponse soulagée ( ?) : « Je prendrai contact avec vous. » Puisqu’on a le droit, pourquoi encore plus discuter, c’est vrai, non ? Ne soyons pas naïfs. Il y a des situations où la mise à l’écart du groupe et le containement (le countaining de Winnicott, pas la contention) sont nécessaires, et il peut y avoir besoin d’un lieu pour tenir à l’écart. Un « lieu » ; surtout pas une « chambre d’isolement » ! La différence sémantique n’est surtout pas neutre. Il y a aussi des équipes mal encadrées, mal formées, avec des hiérarchies incompétentes. Et il y a des services de pédopsychiatrie avec qui les relations sont difficiles. Mais tout cela justifie-t-il d’aller si simplement et directement à LA solution technique de l’isolement dans une chambre capitonnée ?

    Une question semblable était posée il y a peu de temps dans un débat public portant sur la légitimité de l’isolement en psychiatrie ; ici également, l’origine des crises de violence n’était pas abordée. L’impossibilité croissante de les gérer était pointée avec les explications convergentes connues : la fin de la formation des infirmiers spécialisés en psychiatrie, la féminisation du personnel soignant, la banalisation médicale de l’internat en psychiatrie, et le sous-encadrement des services. Pourquoi pas ? Rien n’est faux dans ce triste tableau. Mais tout le monde oubliait que les chambres d’isolement sont de diffusion récente, enfants de la politique sécuritaire sarkozienne, et leur usage était légitimé par un double argument massue : « Elles sont là, il faut bien s’en servir et d’ailleurs elles sont utiles » ; et aussi, de toute façon, « il y a une recommandation de bonne pratique, si on la suit ce n’est pas de la sauvagerie » Force est de constater que faute de références théoriques et pratiques permettant de prendre en compte les complexités, les recherches de réponses aux situations de violence vont évidemment vers le plus simple et le plus évident, dans une logique réactionnelle sans issue, qui ne fait que répondre à une violence du sujet, non comprise, par une violence d’institution non analysée car non consciente.
    Augusto Boal, l’inventeur du Théâtre de l’Opprimé, parlait du flic qu’on a dans la tête comme du premier niveau de l’oppression auquel résister. Il y a ici de grandes perspectives en la matière, à commencer par l’interrogation de la formation que ces jeunes professionnels ont reçue et celle du rôle de leur hiérarchie. Ils sont tellement le produit de l’époque, et de l’absence de pensée autre que corporatiste dans le milieu professionnel !

    FRANÇOIS CHOBEAUX

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