30/11/2015
Introduction au VST n° 128 "Le travail qui soigne".


« Le sol sera maudit à cause de toi. C’est dans la peine que tu t’en nourriras tous les jours de ta vie… À la sueur de ton visage tu mangeras du pain jusqu’à ce que tu retournes au sol [1]… » Voila le décor planté dans notre paysage mental judéo-chrétien : le travail est imposé par Dieu à l’homme en punition d’avoir péché. On n’en a donc pas fini. Marx n’est pas plus réjouissant, du moins à court terme : le travail est une exploitation, une aliénation, qui ne cessera que quand les travailleurs auront pris possession des outils de production dans la société socialiste.
Et comme le travail ce n’est pas une partie de plaisir, le Code du travail réglemente les relations entre le salarié et son employeur dans une visée très claire de protection du salarié ; et l’inspection ainsi que la médecine du travail veillent. Muriel Raoult-Monestel, médecin inspecteur régional du travail, propose ainsi de « soigner le travail » pour le bien des travailleurs.

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Mais qu’est-ce que le « travail » ? On le confond souvent avec « emploi salarié », au risque de ne voir alors que le quantifiable. Le travail c’est ainsi ce qui est régi par le Code du travail. Mais le travail au noir, où on gagne de l’argent en « travaillant », ce n’est donc pas du travail ?

On a même pu être condamné au travail – punition et rédemption à la fois. Voir les tristement célèbres travaux forcés, les bagnes d’enfants et autres colonies pénitentiaires, et les multiples situations de travail imposées « pour le bien », allant des ateliers des femmes perdues de la prison parisienne de La Roquette à l’esclavage de fait des filles dans les orphelinats des Bons Pasteurs. Et ce n’est pas terminé : les TIG, Travaux d’intérêt général, font partie de notre arsenal pénal contemporain.
Des sociologues du travail en proposent une autre approche, une autre compréhension, en le définissant comme « toute activité reconnue comme telle par la société », ceci pouvant alors englober l’action bénévole. Dans le texte qui ouvre ce dossier, Anne- Lise Ulmann, maître de conférences au CNAM, montre comment le travail est également un espace de construction identitaire et de reconnaissance sociale, toute activité structurée faisant travail.
Alors, comment permettre à des personnes handicapées, inadaptées aux contraintes grandissantes de l’emploi commun, de trouver non seulement revenus mais aussi dignité par un travail vécu en situation adaptée ? Gérard Zribi, président de l’association des responsables d’ESAT, prend la question de front en croisant l’histoire et les pratiques en Europe, et montre qu’agissent là des choix de société. En France, une partie de la réponse est dans les ESAT, avec, de plus en plus, une grande variété de réponses, de types et de situations d’emploi qui suivent au plus près les possibilités et les besoins des travailleurs qu’ils emploient, et les réalités changeantes des commandes de travaux. Thierry Beulné et Marc Wolff, responsables d’un ESAT, en abordent toute la complexité et leurs évolutions, à la fois dans le respect des personnes et dans la prise en compte des possibilités d’emploi aujourd’hui. Suit un entretien avec des travailleurs du même établissement, avec une revendication logique : avoir son vrai emploi inscrit sur sa feuille de paie !
Toujours dans le registre de la dignité et de la reconnaissance, qui n’exclut évidemment pas une juste rémunération du travail, des éducateurs ont développé des « chantiers éducatifs » avec des jeunes. Des situations d’emploi, de travail, brèves, partagées, utilisées autant comme moyens de contact et d’action éducative au plus près du concret que comme solution financière – modeste – pour les jeunes. L’équipe de prévention spécialisée de Besançon expose sa pratique. Ces chantiers ont conduit certains à inventer les « jobs à la journée », non pas comme des intérims pour pauvres, mais comme espaces possibles de mobilisation et d’accompagnement. Cette technique fait maintenant l’objet des attentions publiques, en pouvant être financée dans le cadre de la prévention de la délinquance. La fiche technique qui la présente est reprise dans ce dossier. Suit une illustration de cette démarche par la mission locale de Saint Nazaire, une des structures novatrices en la matière.
Dans le même registre, Grégory Lambrette présente un programme de raccrochage avec le travail conduit auprès d’utilisateurs de drogues, programme non pas classiquement centré sur l’acquisition ou le perfectionnement de gestes professionnels, mais portant sur un accompagnement global, social, éducatif et thérapeutique.
Nous ouvrons ensuite un second volet de pratiques, plus éloigné des situations réelles d’emploi : l’actualité de l’ergothérapie. L’ONISEP en dit la grande ouverture des possibles : « Grâce à des techniques de rééducation qui passent par des activités artistiques ou manuelles, l’ergothérapeute aide les personnes souffrant d’un handicap à retrouver l’autonomie nécessaire à leur vie quotidienne, professionnelle et familiale. » _ On se souvient de la découverte involontaire de l’ergothérapie dans les hôpitaux psychiatriques durant la Seconde Guerre mondiale, en particulier à Saint-Alban ; les besoins de survie ont poussé les soignants et les hospitalisés à faire du bois, à cultiver, à élever, autant d’éléments d’une vraie activité humaine qui ont largement contribué à transformer les patients qui s’y livraient. Aujourd’hui, on cultive moins les jardins des hôpitaux, des ateliers de création et d’activités ont pris la place. Alice Van Luchene, ergothérapeute, s’inscrit dans cette filiation en construisant dans un atelier de création un lieu de vie, de reconnaissance de soi, bien au-delà d’un simple espace d’occupation ou de mobilisation. Puis des ergothérapeutes en psychiatrie livrent leurs échanges sur l’histoire du métier, ses évolutions, ses avenirs possibles. Pour eux, « les préoccupations du travail utilitaire » sont derrière nous, au profit d’une action protéiforme, geste et esprit mêlés, conduite au profit de la personne. Une sorte de « travail de soi » où chacun peut trouver du sens, son sens. Ce qui renvoie le lecteur au premier texte de ce dossier, qui affirme qu’est travail toute activité vécue comme identitaire.

Revenons, pour finir, à notre question initiale. Y a-t-il un « travail qui soigne » ? Peut-être. Ce qui est certain, et c’est affirmé avec force par les travailleurs en ESAT, « alors là oui, le travail ça aide ! ». Et ils ne parlaient pas que de salaire. Pas plus que tous les auteurs des textes réunis dans ce dossier.

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Notes :

[1] Genèse, 3. La Bible, traduction oecuménique, Société biblique française et éditions du Cerf, Paris, 1988, nouvelle édition revue, 1996, p. 24.




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