Introduction au dossier "Où sont passées les Associations ?" de la revue Vie Sociale et Traitements n° 131

Que reste-t-il des associations, ces organisations collectives de la société civile où
des citoyens se réunissent pour agir ? Question sévère dans le social, le
médicosocial et la psychiatrie, où les associations semblent devenues des
entreprises de gestion, et où les « valeurs » qu’elles pouvaient mettre en avant
sont maintenant protocolisées et gravées dans le marbre de la loi : place des
usagers, bientraitance, action collective…
Qu’en disent et que font les « grosses » associations gestionnaires ? Qu’en disent
et que font celles qui continuent à revendiquer des options, des particularités ?
Quel(s) avenir(s) ?

Dossier coordonné par Daniel Terral et Alain Rondot


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 Préalable

Oui, il y a des associations locales et régionales
engagées dans le social et le médicosocial
qui agissent selon les principes
proposés et développés dans ce dossier.
Ce n’est pas simple pour elles quand elles
sont de micro-associations portant une
action locale de prévention spécialisée, un
accueil de jour… Ce n’est pas simple pour
elles, associations régionales du médicosocial
en permanence invitées, induites, poussées
à n’être que les opérateurs délégués de
l’action publique. Certaines résistent, assez
fortes régionalement pour s’opposer à la
fois en douceur et avec fermeté. D’autres
meurent, six mois de retard dans le versement
d’un financement annuel conduisant
à la cessation de paiement et au dépôt de
bilan. Celles-là seront reprises, peut-être,
par une des grosses associations nationales
de gestion du social. Normalisées, intégrées,
hiérarchisées, économies d’échelle-isées,
avec maintenant cinq, dix niveaux hiérarchiques
de décision là où il y en avait un
seul, certes souvent confus et instable,
mais directement contactable et décideur.
C’est l’histoire d’une petite assoc du social
dont les professionnels avaient une supervision
psy tous les mois, faite avec un psy
radicalement extérieur à leur organisation,
reconnu par les pros qui osaient se livrer
un peu entre eux. Écroulement financier,
reprise par une grosse association spécialiste
des économies sur les échelles, et évidemment
fin du psy venu d’ailleurs au profit
d’un psy maison, au travail dans le service
d’à côté, afin de renforcer son temps
partiel. Où est le problème ? Ils l’ont
toujours leur psy, non ?
VST les connaît et les aime bien ces associations
qui s’attachent à garder un sens à
leur action en dehors de leur qualité gestionnaire.
Les lecteurs les connaissent au fil
des signatures institutionnelles des textes
qui paraissent. Mais arrêtons de jouer à
voir la bouteille à moitié pleine, et regardons
la réalité : ce n’est pas seulement que c’est
dur pour les associations, mais trop souvent
c’est dur aussi par les associations.

 Que sont les associations devenues ?

Elles s’en sont allées…
Les néo-notables (ou pseudo-) d’aujourd’hui
ont remplacé les « combattants » (« guerriers
 ») de la première heure, période par
nature révolue, instaurant une nouvelle et
prospère féodalité au sein même de leur
strict fonctionnement qui ne paraît plus
qu’administratif, au-delà du bureaucratique,
comme dans la « gestion » magasinière
de l’institutionnel, mettant parfois, (trop)
souvent à mal et les (fameux) usagers et
les personnels. Ailleurs, c’est la faute de
l’Europe, ici c’est la faute de l’État. La
faute seulement à l’autre, facile.
Les temps ont changé. Hier les associations
du social et du médicosocial étaient les initiatrices
de nouvelles pratiques, d’inventions,
de créations de services, et l’État suivait.
Désormais, elles agissent par délégation de la puissance publique, dans le cadre de schémas dont l’élaboration leur échappe
largement. L’histoire est passée par là :
moins d’argent paraît-il ; la petite chanson
maléfique de la « gouvernance » ; le retour
des usagers, organisés de façon autonome ;
les concurrences inter-associatives…
L’association, ce n’est pas qu’un cadre
juridique assez malléable, c’est d’abord
de la démocratie. Et ici le paysage est
sinistré. Combien de grosses associations
départementales ne comptent que quelques
membres, tous administrateurs ? Quelles
inventions, ou plutôt quelles non-inventions
pour des citoyennetés internes novatrices,
avec leurs usagers, leurs personnels, leurs
partenaires ? Mais cette démocratie en
actes, permanente, pour autant qu’on la
cherche, est-elle possible dès que l’institution
se développe et se multiplie pour devenir
une sorte de holding (associatif, certes)
gérant dix, trente, cent établissements sur
l’ensemble du territoire national ?
Nous parlons de la place des usagers. Elle
est trop souvent limitée à cette caricature
de démocratie qu’est le Conseil de la vie
sociale. Où est-elle permanente, appuyée
sur une volonté de citoyenneté active et
directe, en lien avec les pratiques de la
pédagogie et de la psychothérapie institutionnelle
 ? Et si représentants élus il y a,
rendent-ils compte de leurs mandats, à
qui, comment, avec quelle fréquence ?
Ou alors fabrique-t-on ici de nouveaux
notables, représentants d’usagers et de
parents d’usagers, qui rejoignent les administrateurs
historiques, devenant eux aussi
historiques et inamovibles ?

Quelles paroles sur les politiques du
social et du médicosocial ?

Où est la parole citoyenne, « militante »,
des associations de gestion sur les grandes
questions du secteur ? Silence radio sur
l’autisme, sur les mineurs étrangers isolés,
sur les jeunes dits « incasables », défense
corporative a-critique par les associations
de prévention spécialisée laminées par les
choix financiers des conseils départementaux…
Ce sont aujourd’hui les associations
humanitaires et caritatives qui occupent
le terrain de la discussion, de l’interpellation
au nom de l’intérêt des usagers et de
l’éthique. Pourquoi ces silences étourdissants
 ? Trop de dépendances, trop de
proximité, trop de petits arrangements
avec la puissance publique, donc parole
libre impossible ?
Voilà toutes les questions que nous nous
sommes posées, et que nous avons posées
aux contributeurs de ce dossier. Nous leur
avons également demandé quelles issues
ils voyaient, éventuellement pas seulement
pessimistes. Car il y a des issues qui peuvent
continuer à faire vivre et rêver : une remobilisation
culturelle qui remette la gestion
à sa place technique, une ouverture
citoyenne sur les environnements, un travail
de fond avec les élus politiques, chacun à
sa place et non plus dans les compromis
identitaires… Ces issues positives sont
aussi développées dans ce dossier.

Textes et auteurs
Nous ouvrons ce dossier sur le récit d’un
idéal professionnel malmené rapporté par
Jacques Ladsous. Les associations, des
employeurs comme les autres ? Certaines,
hélas, oui. En proposant son histoire d’une
Sauvegarde de l’enfance, Gilbert Toussaint
nous plonge dans la vie d’une association
de gestion et dans la complexité des choix
qu’elle a eu à faire… ou qu’elle n’a pas
faits.
Suit Michel Chauvière qui revient sur l’histoire
et sur la lente construction commune du secteur, État et associations main dans
la main. Mais l’État est aujourd’hui séduit
par le chant des sirènes du marché et de
la bonne gouvernance, et dicte sa loi dans
ce couple évidemment inégalitaire. La
notion d’État destructeur est alors reprise
par Christophe Zender, pour qui ce travail
de sape a été rendu possible par la désertion
associative du champ de la pensée politique.
Jean-Michel Belorgey, qui fut parmi les
très hauts fonctionnaires un défenseur
permanent du fait associatif, vient gratter
à son tour les discours associatifs victimaires
en rappelant aux associations leurs propres
responsabilités dans la gestion de la « bonne
distance » avec le pouvoir politique.
Et puisque plusieurs auteurs font référence
à l’arrivée des social bonds comme exemple
des dangereuses évolutions marchandes
proposées et consenties, VST publie (et
partage) le communiqué de l’ONES sur cette
question. Un passage technique sur les
choix de modes de gestion montre que
rien n’est neutre en la matière.
Puis VST reprend l’introduction de l’ouvrage
tout juste paru La gestion des associations [1],
où les auteurs, Julien Bernet, Philippe
Eynaud, Olivier Maurel, Corinne Vercher-
Chaptal, prennent position sur ce que l’on
pourrait appeler une gestion associative
éthique respectant les idéaux mis en avant
par les associations : proximité, démocratie,
développement solidaire… Tout cela pose
des questions de contexte, d’époque, de
période culturelle, et Michel Billé lit les
difficultés associatives au filtre des grands
traits de la modernité.
Nous fermons ce dossier avec l’affirmation
forte, par Charlotte Dumont, que les associations
ont un avenir si elles sont (et
redeviennent ?) des espaces d’innovation.
Sinon…

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14/09/2016


Notes :

[1Julien Bernet, Philippe Eynaud, Olivier Maurel,
Corinne Vercher-Chaptal, La gestion des associations,
Toulouse, érès, 2016.




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