14/09/2016
Introduction au dossier "Où sont passées les Associations ?" de la revue Vie Sociale et Traitements n° 131


Que reste-t-il des associations, ces organisations collectives de la société civile où des citoyens se réunissent pour agir ? Question sévère dans le social, le médicosocial et la psychiatrie, où les associations semblent devenues des entreprises de gestion, et où les « valeurs » qu’elles pouvaient mettre en avant sont maintenant protocolisées et gravées dans le marbre de la loi : place des usagers, bientraitance, action collective… Qu’en disent et que font les « grosses » associations gestionnaires ? Qu’en disent et que font celles qui continuent à revendiquer des options, des particularités ? Quel(s) avenir(s) ?

Dossier coordonné par Daniel Terral et Alain Rondot



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Sommaire Préalable

Oui, il y a des associations locales et régionales engagées dans le social et le médicosocial qui agissent selon les principes proposés et développés dans ce dossier. Ce n’est pas simple pour elles quand elles sont de micro-associations portant une action locale de prévention spécialisée, un accueil de jour… Ce n’est pas simple pour elles, associations régionales du médicosocial en permanence invitées, induites, poussées à n’être que les opérateurs délégués de l’action publique. Certaines résistent, assez fortes régionalement pour s’opposer à la fois en douceur et avec fermeté. D’autres meurent, six mois de retard dans le versement d’un financement annuel conduisant à la cessation de paiement et au dépôt de bilan. Celles-là seront reprises, peut-être, par une des grosses associations nationales de gestion du social. Normalisées, intégrées, hiérarchisées, économies d’échelle-isées, avec maintenant cinq, dix niveaux hiérarchiques de décision là où il y en avait un seul, certes souvent confus et instable, mais directement contactable et décideur. C’est l’histoire d’une petite assoc du social dont les professionnels avaient une supervision psy tous les mois, faite avec un psy radicalement extérieur à leur organisation, reconnu par les pros qui osaient se livrer un peu entre eux. Écroulement financier, reprise par une grosse association spécialiste des économies sur les échelles, et évidemment fin du psy venu d’ailleurs au profit d’un psy maison, au travail dans le service d’à côté, afin de renforcer son temps partiel. Où est le problème ? Ils l’ont toujours leur psy, non ? VST les connaît et les aime bien ces associations qui s’attachent à garder un sens à leur action en dehors de leur qualité gestionnaire. Les lecteurs les connaissent au fil des signatures institutionnelles des textes qui paraissent. Mais arrêtons de jouer à voir la bouteille à moitié pleine, et regardons la réalité : ce n’est pas seulement que c’est dur pour les associations, mais trop souvent c’est dur aussi par les associations.

Sommaire Que sont les associations devenues ?

Elles s’en sont allées…
Les néo-notables (ou pseudo-) d’aujourd’hui ont remplacé les « combattants » (« guerriers  ») de la première heure, période par nature révolue, instaurant une nouvelle et prospère féodalité au sein même de leur strict fonctionnement qui ne paraît plus qu’administratif, au-delà du bureaucratique, comme dans la « gestion » magasinière de l’institutionnel, mettant parfois, (trop) souvent à mal et les (fameux) usagers et les personnels. Ailleurs, c’est la faute de l’Europe, ici c’est la faute de l’État. La faute seulement à l’autre, facile.
Les temps ont changé. Hier les associations du social et du médicosocial étaient les initiatrices de nouvelles pratiques, d’inventions, de créations de services, et l’État suivait. Désormais, elles agissent par délégation de la puissance publique, dans le cadre de schémas dont l’élaboration leur échappe largement. L’histoire est passée par là : moins d’argent paraît-il ; la petite chanson maléfique de la « gouvernance » ; le retour des usagers, organisés de façon autonome ; les concurrences inter-associatives…
L’association, ce n’est pas qu’un cadre juridique assez malléable, c’est d’abord de la démocratie. Et ici le paysage est sinistré. Combien de grosses associations départementales ne comptent que quelques membres, tous administrateurs ? Quelles inventions, ou plutôt quelles non-inventions pour des citoyennetés internes novatrices, avec leurs usagers, leurs personnels, leurs partenaires ? Mais cette démocratie en actes, permanente, pour autant qu’on la cherche, est-elle possible dès que l’institution se développe et se multiplie pour devenir une sorte de holding (associatif, certes) gérant dix, trente, cent établissements sur l’ensemble du territoire national ?
Nous parlons de la place des usagers. Elle est trop souvent limitée à cette caricature de démocratie qu’est le Conseil de la vie sociale. Où est-elle permanente, appuyée sur une volonté de citoyenneté active et directe, en lien avec les pratiques de la pédagogie et de la psychothérapie institutionnelle  ? Et si représentants élus il y a, rendent-ils compte de leurs mandats, à qui, comment, avec quelle fréquence ?
Ou alors fabrique-t-on ici de nouveaux notables, représentants d’usagers et de parents d’usagers, qui rejoignent les administrateurs historiques, devenant eux aussi historiques et inamovibles ?

Quelles paroles sur les politiques du social et du médicosocial ? Où est la parole citoyenne, « militante », des associations de gestion sur les grandes questions du secteur ? Silence radio sur l’autisme, sur les mineurs étrangers isolés, sur les jeunes dits « incasables », défense corporative a-critique par les associations de prévention spécialisée laminées par les choix financiers des conseils départementaux…
Ce sont aujourd’hui les associations humanitaires et caritatives qui occupent le terrain de la discussion, de l’interpellation au nom de l’intérêt des usagers et de l’éthique. Pourquoi ces silences étourdissants  ? Trop de dépendances, trop de proximité, trop de petits arrangements avec la puissance publique, donc parole libre impossible ?
Voilà toutes les questions que nous nous sommes posées, et que nous avons posées aux contributeurs de ce dossier. Nous leur avons également demandé quelles issues ils voyaient, éventuellement pas seulement pessimistes. Car il y a des issues qui peuvent continuer à faire vivre et rêver : une remobilisation culturelle qui remette la gestion à sa place technique, une ouverture citoyenne sur les environnements, un travail de fond avec les élus politiques, chacun à sa place et non plus dans les compromis identitaires… Ces issues positives sont aussi développées dans ce dossier.

Textes et auteurs Nous ouvrons ce dossier sur le récit d’un idéal professionnel malmené rapporté par Jacques Ladsous. Les associations, des employeurs comme les autres ? Certaines, hélas, oui. En proposant son histoire d’une Sauvegarde de l’enfance, Gilbert Toussaint nous plonge dans la vie d’une association de gestion et dans la complexité des choix qu’elle a eu à faire… ou qu’elle n’a pas faits.
Suit Michel Chauvière qui revient sur l’histoire et sur la lente construction commune du secteur, État et associations main dans la main. Mais l’État est aujourd’hui séduit par le chant des sirènes du marché et de la bonne gouvernance, et dicte sa loi dans ce couple évidemment inégalitaire. La notion d’État destructeur est alors reprise par Christophe Zender, pour qui ce travail de sape a été rendu possible par la désertion associative du champ de la pensée politique. Jean-Michel Belorgey, qui fut parmi les très hauts fonctionnaires un défenseur permanent du fait associatif, vient gratter à son tour les discours associatifs victimaires en rappelant aux associations leurs propres responsabilités dans la gestion de la « bonne distance » avec le pouvoir politique.
Et puisque plusieurs auteurs font référence à l’arrivée des social bonds comme exemple des dangereuses évolutions marchandes proposées et consenties, VST publie (et partage) le communiqué de l’ONES sur cette question. Un passage technique sur les choix de modes de gestion montre que rien n’est neutre en la matière. Puis VST reprend l’introduction de l’ouvrage tout juste paru La gestion des associations [1], où les auteurs, Julien Bernet, Philippe Eynaud, Olivier Maurel, Corinne Vercher- Chaptal, prennent position sur ce que l’on pourrait appeler une gestion associative éthique respectant les idéaux mis en avant par les associations : proximité, démocratie, développement solidaire… Tout cela pose des questions de contexte, d’époque, de période culturelle, et Michel Billé lit les difficultés associatives au filtre des grands traits de la modernité.
Nous fermons ce dossier avec l’affirmation forte, par Charlotte Dumont, que les associations ont un avenir si elles sont (et redeviennent ?) des espaces d’innovation. Sinon…

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Notes :

[1] Julien Bernet, Philippe Eynaud, Olivier Maurel, Corinne Vercher-Chaptal, La gestion des associations, Toulouse, érès, 2016.




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