13/12/2016
VST n°132 " Le temps des croyances"
Des Ados de la PJJ au festival d’aurillac

ISABELLE WATTENNE


Depuis trente ans, fin août, dans le Cantal, la ville d’Aurillac se transforme. La rurale capitale départementale devient, l’instant d’une petite semaine, la capitale internationale du théâtre de rue. La foule arrive, déambule, vit le festival. Dans ce fourmillement, les CEMÉA s’installent dans deux lycées pour accompagner cette population dans un projet d’accueil et d’hébergement, de rencontres, de partage.

Environ 600 personnes sont accueillies, et parmi celles-ci, le séjour « Plein les yeux », destiné à des adolescent-e-s de 14 à 17 ans, encadré par une équipe d’animation des CEMÉA. Depuis quelques années, ce séjour accueille également et intègre un groupe de jeunes suivis par la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), pris en charge au regard de leurs difficultés à la suite d’une infraction pénale. Ils sont accompagnés par des éducatrices de la PJJ. Le projet « Plein les yeux » est centré sur la découverte d’une ville en festival et sur l’accompagnement des spectateurs adolescents. C’est aussi un projet de vie collective et de socialisation, dans le sens où les jeunes vont avoir à intégrer des règles de vie collective mais également profiter de ce cadre sécurisant pour s’exprimer, se découvrir. Les jeunes de la PJJ bénéficient donc de cela et c’est, pour l’institution qui les a en charge, l’occasion de les découvrir autrement en les voyant évoluer, notamment dans cette dimension de socialisation mise à mal dans leurs jeunes parcours de vie.

S’appuyer sur l’ordinaire et l’extraordinaire du quotidien du festival

Le matin, comme tous les matins du festival, les festivaliers accueillis au lycée Monnet se retrouvent pour le petit déjeuner. Nous proposons à l’ensemble de nos usagers un journal déposé sur les tables, qui rassemble témoignages et retours de spectateurs. Mais ce matin-là n’est pas tout à fait comme les autres pour Joachim : il est dans le journal. À l’instar d’autres usagers, Joachim a écrit un texte où il dit comment il vit le festival, avec ses mots, et son article a été publié. Pour ce jeune, c’est un moment très fort de fierté de voir son écrit lu par d’autres. La socialisation, c’est aussi être reconnu comme singulier dans une institution – le journal – qui fait identité collective.
Nous proposons des parcours de spectateurs à l’ensemble de nos usagers ; le séjour « Plein les yeux » en bénéficie, de même qu’il bénéficie de rencontres avec l’équipe artistique du festival. Les parcours de spectateurs, ponctués de rencontres avec les artistes, sont l’occasion d’expressions publiques personnelles, intimes, emplies d’émotions. Il s’agit de redonner, de renvoyer à l’artiste l’émotion reçue lors de la rencontre avec un spectacle. Tout cela concourt en outre à la socialisation de ces jeunes. Comme d’autres, ils ont droit à l’émotion de spectateur, à l’expression. Ainsi, ils s’affirment et construisent leur identité.
Les espaces extérieurs des lycées sont transformés afin de permettre aux usagers de se poser, de partager des moments d’échanges. Pour les jeunes, des aménagements sont proposés pour des activités spontanées. Par exemple, du matériel de cirque est mis à disposition. C’est un aménagement apprécié et investi par les jeunes de la PJJ. Laura, dont le parcours de vie fait qu’il est difficile pour elle d’entrer en relation avec un adulte inconnu, s’est mise à apprendre, à progresser en diabolo en appui sur le formateur cirque d’un stage BAFA qui se déroule dans le même lieu. Pour les éducatrices, ce sont des indicateurs signifiants pour accompagner au mieux cette jeune dans l’année.
De son côté, Émilie, 12 ans, investit l’espace « jeu de construction » prévu pour les jeunes enfants en toute tranquillité, sans crainte du regard de l’autre. Elle est suivie par la PJJ plus sous le versant « protection  ». Ses attitudes laissent transparaître une situation de handicap mental. Émilie laisse déborder une vie intérieure intense et un imaginaire développé. Le théâtre de rue provoque un rapport au public différent, proche, c’est ainsi que lors d’un spectacle, elle n’hésite pas à rentrer dans le jeu de certains artistes, se retrouvant à faire le cheval ou de la musique suite à une sollicitation de comédiens. Alors qu’elle a des difficultés à s’intégrer dans le groupe de jeunes, sa désinhibition naturelle a fait évoluer le regard des autres et, au fur et à mesure du séjour, son intégration s’améliore.

Croiser les regards sur les jeunes au sein d’une équipe

Pour le séjour « Plein les yeux », deux équipes d’adultes mènent le projet : l’équipe d’éducateurs spécialisés qui vient avec les jeunes et l’équipe d’animation des CEMÉA. Ces deux équipes ne font plus qu’une pendant le séjour. Elles n’abordent pas le séjour avec les mêmes entrées, et pour que le projet fonctionne, les deux préparent le séjour de concert, partagent leurs objectifs, choisissent certains spectacles ensemble. Pendant le séjour, elles se voient quotidiennement pour croiser des regards sur les attitudes des jeunes, leur évolution, pour réajuster éventuellement. Les ateliers autour des spectacles et ceux de pratiques d’activités d’expression sont animés par l’équipe des CEMÉA. Les éducateurs participent également à ces ateliers, avec en tête l’idée qu’en pratiquant comme les jeunes, les regards réciproques des jeunes et des éducateurs évoluent. Pour les jeunes, il n’apparaissait qu’une équipe, celle qui gère le groupe dans son ensemble et les nécessaires moments de régulation inhérents à la vie collective.

Aux CEMÉA, au regard de nos principes d’éducation nouvelle, nous installons un cadre de vie collective avec, à chaque arrivée dans les lieux d’accueil, une présentation du projet, des règles de vie. C’est un cadre qui doit permettre à chacune des personnes accueillies de trouver sa place, et faire que le collectif favorise l’enrichissement de chacun au travers d’espaces de rencontre, de partage autour des spectacles. En cela, l’ensemble de l’action globale d’accueil dans ce festival est un projet de socialisation.
Ce projet permet à chaque personne qui le souhaite d’avancer dans son rapport à l’autre. Cela fonctionne aussi pour des jeunes dont l’apprentissage de la socialisation est mis à mal par leur parcours de vie. Pour qui ne sait pas qui ils sont, ces jeunes jouent le jeu de la règle commune, ils bénéficient et profitent du projet comme tous les usagers. Pour nous, pour les collègues de la PJJ, les actes, les attitudes sont à considérer comme des éléments signifiants permettant leur accompagnement.

ISABELLE WATTENNE CEMÉA d’Auvergne, coordinatrice du dispositif d’accueil à Aurillac

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