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  • Olivier Ivanoff

  • 03/01/2017
    Cahiers de l’animation n° 97 - Manger...Une activité -
    Alimentairement correct

    Olivier Ivanoff


    L’environnement social et éducatif influence le regard que portent les enfants sur ce qu’ils mangent, mais également sur ce qu’ils doivent dire à propos de l’alimentation.

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    En préambule à une activité sur l’alimentation, je demandai à des enfants de 7 à 9 ans de me dire des mots qui évoquaient pour eux le fait de manger. Je m’attendais à entendre citer des plats ou des gâteaux qu’ils appréciaient, mais quelle ne fut pas ma surprise d’entendre immédiatement une série de slogans d’interdiction : ne pas manger trop sucré, ne pas manger trop salé, ne pas manger trop gras, ne pas boire de boissons sucrées… Leurs premiers mots furent « ne pas », comme s’il fallait se méfier en première intention de la nourriture. Bien que je suggérai qu’ils pouvaient aussi citer des choses qu’ils aimaient bien manger, l’inventaire se poursuivit sur une prophylaxie concernant cette fois les « bons » comportements alimentaires : manger cinq fruits et légumes par jour… Je leur proposai de continuer cet inventaire sur l’alimentation, mais en citant uniquement quelque chose qu’ils trouvaient bon et aimaient bien manger. J’eus alors droit à une avalanche de hamburgers, de frites, de sodas, de pizzas… et d’aliments trop gras, trop salés et trop sucrés en tout genre. Une étonnante dichotomie, mise en lumière par cette situation... Des enfants coincés entre une réalité et ce qu’il est politiquement correct d’affirmer.

    PERCEPTION SOUS INFLUENCE

    Le cadre dans lequel ces questions ont été posées a certainement influé en partie sur leurs réponses. Les enfants supposant une intention éducative de l’adulte et cherchant à s’y conformer. Si un enseignant ou un animateur, leur parle d’alimentation, ils le voient venir. Il est à prévoir qu’à terme, il en arrivera à des messages de prévention. Autant conclure tout de suite… Ce qui est signe d’un certain pragmatisme.
    Mais je pense que cette situation dépasse une simple cause d’attendu supposé. Elle amène à s’interroger sur la manière dont la société influe dans la perception qu’ont les enfants de l’alimentation et sur leur éducation en matière de goût et de comportement. Entre une réalité sociale qui les incite à consommer certains aliments et un discours officiel dénigrant voire diabolisant ce type d’alimentation, les enfants font le grand écart. Il est bien sûr toujours possible de composer avec ce choix cornélien en prononçant très vite la formule magique :
    « pratikéuneactivitéfisiziquerégulièreévitédegrignotéentrelérepa… »
    avant d’attaquer sa portion de frites, mais la fracture reste là.

    HYGIÉNISME VERSUS HÉDONISME

    « Vous aimez bien, tout ce qui est bon ? … C’est très mauvais ! » Cette réplique d’un célèbre film de Gérard Oury, pourrait s’appliquer à la situation à laquelle sont confrontés actuellement les enfants. Sur cette même logique, ils se construisent avec une morale hygiéniste s’opposant à un comportement hédoniste. Je trouve inquiétant qu’à huit ans la première chose qui vienne à l’esprit lorsque l’on évoque le fait de manger commence par : «  ne pas… » Mais je trouve également inquiétant que les premiers aliments cités spontanément lorsqu’ils évoquent ce qu’ils aiment manger soient issus d’un agroalimentaire industriel ou assimilé. Les gâteaux, crêpes, tartes, grillades, gratins ou autres faits maison… n’ont pas été au rendez-vous. Je pense que tout cela doit nous interroger sur l’éducation au goût et à l’alimentation. Que l’on soit parents, animateurs, enseignants, gestionnaires de restauration collective… que proposons-nous aux enfants en termes de perception de l’alimentation et de découverte alimentaire ? Et quelle cohérence, dans le discours et dans les actes, entre plaisir, nécessité, praticité, santé, sécurité ? Relativiser la nourriture utilitaire et ses exhausteurs de goût ne se fait pas avec des discours moralisateurs, dans lesquels la notion ambiguë de « bon » est manipulée par les adultes, mais en prenant le temps. Le temps de manger, de mettre en valeur la nourriture et la relation, de faire découvrir, de chercher des recettes de plats, d’apprendre à cuisiner… À vos fourchettes, citoyens !

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