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  • Cahiers de l’animation n° 97 - Manger...Une activité -
    Alimentairement correct
    Olivier Ivanoff

    L’environnement social et éducatif influence le regard que portent les enfants
    sur ce qu’ils mangent, mais également sur ce qu’ils doivent dire à propos de l’alimentation.


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    En préambule à une activité sur l’alimentation,
    je demandai à des enfants de 7 à 9 ans de me dire
    des mots qui évoquaient pour eux le fait de manger.
    Je m’attendais à entendre citer des plats ou
    des gâteaux qu’ils appréciaient, mais quelle ne fut
    pas ma surprise d’entendre immédiatement une série
    de slogans d’interdiction : ne pas manger trop sucré,
    ne pas manger trop salé, ne pas manger trop gras,
    ne pas boire de boissons sucrées… Leurs premiers
    mots furent « ne pas », comme s’il fallait se méfier
    en première intention de la nourriture. Bien que
    je suggérai qu’ils pouvaient aussi citer des choses
    qu’ils aimaient bien manger, l’inventaire se poursuivit
    sur une prophylaxie concernant cette fois les « bons »
    comportements alimentaires : manger cinq fruits et
    légumes par jour… Je leur proposai de continuer cet
    inventaire sur l’alimentation, mais en citant uniquement
    quelque chose qu’ils trouvaient bon et aimaient
    bien manger. J’eus alors droit à une avalanche
    de hamburgers, de frites, de sodas, de pizzas… et
    d’aliments trop gras, trop salés et trop sucrés en tout
    genre. Une étonnante dichotomie, mise en lumière
    par cette situation... Des enfants coincés entre une
    réalité et ce qu’il est politiquement correct d’affirmer.

    PERCEPTION SOUS INFLUENCE

    Le cadre dans lequel ces questions ont été posées
    a certainement influé en partie sur leurs réponses.
    Les enfants supposant une intention éducative de
    l’adulte et cherchant à s’y conformer. Si un enseignant
    ou un animateur, leur parle d’alimentation,
    ils le voient venir. Il est à prévoir qu’à terme, il en
    arrivera à des messages de prévention. Autant
    conclure tout de suite… Ce qui est signe d’un certain
    pragmatisme.
    Mais je pense que cette situation dépasse
    une simple cause d’attendu supposé. Elle amène
    à s’interroger sur la manière dont la société influe
    dans la perception qu’ont les enfants de l’alimentation
    et sur leur éducation en matière de goût
    et de comportement. Entre une réalité sociale
    qui les incite à consommer certains aliments et
    un discours officiel dénigrant voire diabolisant
    ce type d’alimentation, les enfants font le grand
    écart. Il est bien sûr toujours possible de composer
    avec ce choix cornélien en prononçant très vite
    la formule magique :
    « pratikéuneactivitéfisiziquerégulièreévitédegrignotéentrelérepa… »
    avant d’attaquer
    sa portion de frites, mais la fracture reste là.

    HYGIÉNISME VERSUS HÉDONISME

    « Vous aimez bien, tout ce qui est bon ? … C’est
    très mauvais !
     » Cette réplique d’un célèbre film
    de Gérard Oury, pourrait s’appliquer à la situation
    à laquelle sont confrontés actuellement
    les enfants. Sur cette même logique, ils se
    construisent avec une morale hygiéniste s’opposant
    à un comportement hédoniste. Je trouve
    inquiétant qu’à huit ans la première chose
    qui vienne à l’esprit lorsque l’on évoque le fait
    de manger commence par : «  ne pas… » Mais
    je trouve également inquiétant que les premiers
    aliments cités spontanément lorsqu’ils évoquent
    ce qu’ils aiment manger soient issus d’un agroalimentaire
    industriel ou assimilé. Les gâteaux,
    crêpes, tartes, grillades, gratins ou autres faits
    maison… n’ont pas été au rendez-vous. Je pense
    que tout cela doit nous interroger sur l’éducation
    au goût et à l’alimentation. Que l’on soit parents,
    animateurs, enseignants, gestionnaires de restauration
    collective… que proposons-nous aux
    enfants en termes de perception de l’alimentation
    et de découverte alimentaire ? Et quelle
    cohérence, dans le discours et dans les actes,
    entre plaisir, nécessité, praticité, santé, sécurité ?
    Relativiser la nourriture utilitaire et ses exhausteurs
    de goût ne se fait pas avec des discours
    moralisateurs, dans lesquels la notion ambiguë
    de « bon » est manipulée par les adultes, mais
    en prenant le temps. Le temps de manger,
    de mettre en valeur la nourriture et la relation,
    de faire découvrir, de chercher des recettes
    de plats, d’apprendre à cuisiner…
    À vos fourchettes, citoyens !

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    03/01/2017




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