27/02/2017
Introduction au Dossier de la revue VST n° 133 " Où va la protection de l’enfance ? "


Où va la protection de l’enfance ? On pourrait répondre naïvement en disant qu’elle va vers l’avenir, et qu’elle y va bien puisqu’elle est encadrée par les lois de la République, dont une toute récente du 14 mars 2016, et par les grands principes internationaux du droit des enfants. On pourrait dire aussi qu’elle va bien, puisque conduite au plus près des usagers dans une proximité de la connaissance des territoires et des besoins, garantissant une décision politique adaptée, grâce à la loi du 22 juillet 1983 qui a transféré aux départements la responsabilité de la mise en oeuvre de l’Aide sociale à l’enfance. Circulez, il n’y a rien à voir.

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Ne soyons pas naïfs. Plusieurs indicateurs montrent que le paysage réel est sinon sinistré, du moins largement chaotique.
Fin 2015, le rapport du Défenseur des droits consacré aux droits de l’enfant alertait sur la mauvaise prise en compte des enfants en situation de handicap. au titre de la protection de l’enfance Le titre du rapport, « Des droits pour des enfants invisibles », montrait l’ampleur du problème. Celui-ci reste largement inchangé, les propositions du Défenseur ne s’imposant pas.

Dans son rapport annuel publié en décembre 2016, l’Observatoire national de la protection de l’enfance (ex-oned) écrit : « Les disparités départementales observées aussi bien pour les mineurs que pour les jeunes majeurs reflètent l’hétérogénéité des pratiques et des choix faits par les conseils départementaux entre placement et milieu ouvert, et celle de l’offre de services en protection de l’enfance dans les territoires. » Façon élégante et douce de dire qu’en matière de protection de l’enfance l’égalité de traitement des citoyens sur l’ensemble du territoire national n’existe pas. Rappelons au passage que l’égalité de traitement est une des bases du principe de service public.

Ce même rapport exploite comme il le peut des chiffres de l’année 2013 issus de recoupements tentés entre diverses sources afin de construire un paysage de la protection de l’enfance. Le bricolage statistique portant sur des chiffres aléatoires vieux de trois ans est l’outil de pilotage national de la protection de l’enfance !

En 2015, deux groupes de travail initiés par la Direction générale de la cohésion sociale du ministère des Affaires sociales ont été réunis pour faire des propositions sur deux problèmes importants et récurrents : celui des « incasables », ces enfants qu’aucune institution ne veut garder et que les institutions se repassent les unes les autres ; et celui des sorties « sèches » de placement à 18 ans, afin d’éviter le passage à la grande précarité et à la rue. Pour que l’État lance un travail sur ces questions, faut-il qu’elles soient prégnantes ! Et elles le sont : on sait qu’environ 50 % des jeunes sdf âgés de 18 à 25 ans sortent de placements ase (Aide sociale à l’enfance) et pjj (Protection judiciaire de la jeunesse).

On pourrait aussi parler des mesures d’économie faites par les départements qui suppriment les « contrats jeunes majeurs », qui réduisent le financement de la prévention spécialisée, qui privilégient les familles d’accueil moins coûteuses que les placements en foyer…
On pourrait parler du développement de hiérarchies administratives territoriales découplées des réalités et des expériences des professionnels de terrain. On pourrait parler de l’invasion de la bureaucratie dans les services avec les logiciels de suivi et de compte-rendu, les logiciels d’évaluation, la lourdeur des procédures de transmission…
On pourrait parler, dans les foyers de placement, de l’effet destructeur de l’application des 35 heures et de la réglementation des heures de nuit, qui viennent à l’encontre de la continuité et de la permanence de la relation éducative personnalisé, et qui rendent terriblement complexes des projets de week-ends, de séjours.
On pourrait parler des jeunes professionnels que l’internat ne passionne pas et qui rêvent d’horaires de bureau qu’ils imaginent possibles dans des services d’action en milieu ouvert. On pourrait parler de la formation des professionnels qui transforme l’éducateur spécialisé en expert coordonnateur au détriment des compétences opérationnelles et de base nécessaires pour faire le métier.

également choisi de montrer des exemples de ce qui va, de ce qui est possible. Ce dossier s’ouvre sur un entretien avec une experte en protection de l’enfance, Marie-Paule Martin-Blachais. D’où notre système de protection vient-il ? Comment est-il articulé avec les textes internationaux  ? Quelles grandes tendances et tensions y sont à l’oeuvre ?
Nous quittons ensuite les références pour aller sur le terrain avec Lionel Rigaud qui interroge son action professionnelle, l’action conduite en milieu ouvert au plus près des familles et des enfants. Ignorances partenariales, parfois incohérences internes ; pas simple. Encore des difficultés  : Fabienne Pressard fait la chronique d’un accompagnement conflictuel entre le médicosocial et l’ase ; ou plutôt conflictuel avec une professionnelle de l’ase dont l’action emporte toute son institution. Il fallait aussi évoquer les incohérences de la prise en compte des mineurs étrangers isolés ; Frédérique Stévenin raconte comment un chrs peut se retrouver embarqué dans cette affaire.
Finissons ce versant noir du réel avec Véronique Le Goaziou qui questionne les attentions diverses apportées à la prévention spécialisée, prise entre ses principes déontologiques et les réalités prégnantes de la politique de la ville.
Mais – ouf ! – il arrive aussi que cela se passe bien. Voici donc quelques témoignages de pratiques qui ouvrent des horizons positifs.
Comment éviter de produire ou de renforcer des situations d’« incasables » ? Par un travail permanent en équipe, nous dit Anne Lhiabastres, en passant de la « prise en charge » à la « prise en compte », comme le propose Saül Karsz. Comment réussir à accueillir ceux dont personnes ne veut plus ? En remettant cent fois son ouvrage sur le métier, en se questionnant, en ne se laissant pas aller au plus simple et au plus confortable. L’équipe du service éducatif mixte pour adolescents de Nantes revient sur son histoire, ses difficultés et ses réussites. Un des moyens de la réussite est la prise de recul, la supervision  ; Sandra Fischer montre comment ce travail s’est installé et fonctionne avec cette équipe-là.
Le volet « psy » dans la protection des mineurs est également défendu par Pascale Guichet et Tiphaine Liman à partir des visites en présence d’un tiers. Recul nécessaire, mais poste à financer…
Nous terminons ces comptes-rendus des possibles avec Christine Pieuchot qui rapporte la belle histoire d’un partenariat réussi entre un institut médico-éducatif et l’Aide sociale à l’enfance. Mais elle relativise fortement ce conte heureux en disant que c’est une exception, et que dans son expérience, la plupart du temps, le médicosocial est appelé à exercer les fonctions de la protection de l’enfance sans en avoir les personnels ni les compétences institutionnelles.
Un entretien avec Patrick Alecian, pédopsychiatre, conclut ce dossier en proposant un pas de côté vers l’anthropologie, avec une question à laquelle il apporte une réponse terrifiante : mais pourquoi ne réussissons- nous pas à protéger nos enfants ?
Le débat est ouvert.

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