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  • 01/06/2017
    Introduction au dossier de la revue n° 134 de Vie Sociale et Traitements
    les collectifs au secours du social


    François Chobeaux, Jean-Pierre Martin


    L’État social devient pauvre, le tissu social se déchire. Voilà alors que l’on redécouvre les pratiques collectives qui doivent permettre de remailler, qui plus est à moindre coût. Ne faisons pas les délicats, ce social participatif, collectif, coopératif ouvre sur un avenir nettement plus intéressant que l’actuel social fait d’assistance et de prise en charge passive. Nous allons donc nous intéresser ici au travail social collectif et coopératif, à la santé mentale collectivement prise en charge dans la cité, à la santé communautaire au sens de la Charte d’Ottawa de l’oms. « Refonder le social » : les pratiques collectives peuvent y contribuer !

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    La possibilité de développer des actions collectives, spontanées ou très organisées, est une des richesses des sociétés démocratiques.
    C’est aussi un moyen de lutte, traversé ou pas par le risque du changement pour soi et ensemble. L’affirmer n’est cependant pas aduler, voire adorer, les collectifs par principe. Un lynchage, une milice de voisinage, c’est également du collectif…
    Des collectifs ont contribué à faire, et font toujours, l’histoire sociale de la France. Ainsi, des auto-organisations parentales collectives ont largement concouru à créer le secteur du handicap. La puissance publique ne répondant pas, ou mal, ces parents d’enfants et de proches handicapés ont ouvert des établissements d’accueil, inventé des formes d’accompagnement, en se posant vis-à-vis de l’État comme de réels partenaires exigeants. Devenus de très grandes associations, ces anciens collectifs gèrent une très grande partie du secteur.
    Et à leur tour ces associations sont critiquées, un peu contournées, parfois dépassées par de nouveaux collectifs parentaux qui inventent des réponses techniques et qui exigent des réponses institutionnelles. C’est l’histoire permanente de l’instituant qui devient institué, puis qui est à son tour interpellé par des nouveaux instituants qui plus tard…
    Ainsi des organisations collectives militantes, situées en dehors de la logique et de la sphère sociale traditionnelles, ont également, récemment, secoué les façons de faire et de gérer. Ce sont Aides, avec la volonté que les personnes touchées par le vih ou qui développent le sida soient reconnues comme partenaires et experts par les professionnels de santé, les associations d’autosupport d’usagers de drogues, les Enfants de Don Quichotte avec le campement du canal Saint-Martin à Paris, et bien d’autres, qui ont « fait bouger les lignes » de l’action publique et des politiques sociales et de santé.
    Ainsi l’action sociale et médicale collective, devenue un axe officiel des politiques sociales, est enseignée comme telle aux travailleurs sociaux et est promue dans le cadre de programmes de santé locale et communautaire et dans les lois de décentralisation. Encore que, de la volonté publique à la mise en acte sur le terrain, les choses ne se gagnent pas par la simple affirmation d’une volonté politique. C’est qu’il y a peut-être là sinon un double langage, au moins quelques lourdes ambiguïtés et incompréhensions qui sont à l’oeuvre. La France jacobine et centralisatrice n’aime pas les collectifs, les autonomies, les affirmations et les reconnaissances de particularités. Qui plus est, parler aujourd’hui d’action communautaire excite immédiatement les fantasmes et les angoisses anti-communautaristes. Ajoutons à cela une forte dose d’action sociale forgée historiquement avec les outils de la religion catholique, aboutissant à une charité individualisée mise en oeuvre de façon descendante  ; saupoudrons parfois d’un peu de clientélisme ; le terrain, les acteurs, les destinataires n’aident pas toujours à ce que cela change, loin de là. C’est dans ce paysage complexe que se situe ce dossier.

    François Chobeaux, Jean-Pierre Martin

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