Animation volontaire, enjeux actuels
Rapport sans suite ?

Depuis l’été 2012, les animateurs occasionnels oeuvrent dans
les séjours de vacances sous l’égide d’un contrat d’engagement
éducatif (CEE) replâtré, peu adapté et difficilement mis en place laissant craindre
une nouvelle fragilité juridique préjudiciable aux colonies de vacances. Le rapport d’information/
parlementaire rendu en juillet dernier réaffirme la nécessité de créer un statut du volontariat
de l’animation, dans les 21 propositions qu’il formule.

texte de Laurent Michel, paru dans la revue des Cahiers de l’Animation N° 85, Voir le sommaire et commander le numéro

Le 10 juillet 2013, le député Michel Ménard a remis aux
membres de la commission des affaires sociales de l’Assemblée
nationale le rapport d’information sur l’accessibilité des
jeunes aux séjours collectifs et de loisirs. Comme le député
le rappelle devant la commission en présentant ce rapport,
celui-ci s’inscrit dans la continuité des initiatives parlementaires
restées sans suite de la précédente mandature tendant
à faciliter l’accès des mineurs aux vacances et aux loisirs par
l’instauration d’un volontariat de l’animation. « La mission
d’information avait donc pour objectif initial de préciser
les conditions dans lesquelles pourrait être mis en place
ce volontariat. Notre champ d’investigation a été d’emblée
élargi afin de dresser un état des lieux des accueils collectifs
de mineurs avec hébergement. » Et, c’est en effet une analyse
en profondeur, fine et fouillée du secteur des colos et de
ses problématiques qui nous est proposée. Afin de produire
cette analyse, la mission d’information s’est appuyée sur une
littérature abondante mais souvent éparse qu’elle a pris soin
de rassembler et d’éclairer par l’audition d’une soixantaine
d’acteurs entre janvier et juin 2013. La baisse de fréquentation
des colos que le rapport fait remonter à 1995 est l’occasion
d’étudier les ressorts profonds des colos, leur impact
éducatif, leur fréquentation, les publics et les acteurs mais
aussi les évolutions liées à l’apparition des accueils de proximité, au changement de regard des familles sur
les colos, à la segmentation des séjours selon l’âge
et l’origine sociale d’un secteur devenu marché.
C’est d’ailleurs le facteur économique que le rapport
interroge prioritairement pour expliquer la situation
actuelle. « Des séjours devenus trop chers » dit-il,
notamment pour les classes moyennes et populaires
qui échappent aux aides dont les seuils d’accès en
matière de revenus sont particulièrement bas sous
le coup de politiques publiques réorientées pour
l’essentiel vers l’aide aux accueils de loisirs.(
Le rapport examine également les causes sociologiques
(lien entre les familles et les colos), les causes
réglementaires et bien évidemment les conditions
d’engagement (CEE) des animateurs et directeurs
occasionnels qui encadrent cette activité.

21 PROPOSITIONS
Les propositions formulées proposent une politique
globale et cohérente portée par l’ambition de promouvoir
l’accès du plus grand nombre d’enfants
aux séjours collectifs de vacances en prenant soin
d’assurer la mixité sociale. Les mesures proposées
précisent le rôle de l’État, invité à jouer un rôle de
régulateur, de soutien d’un secteur qui serait animé
exclusivement par des associations d’Éducation
populaire en faveur de séjours éducatifs. Une autre
série de propositions met en lumière l’importance
de préserver un patrimoine bâti permettant l’hébergement
collectif. Enfin le rapport conclue sur ce qui
était son point de départ, l’instauration « d’un
volontariat de l’animation, régi par une charte de
l’encadrement occasionnel, auprès d’organismes sans but lucratif, des accueils collectifs de mineurs
avec hébergement et des séjours de vacances adaptées
pour les personnes handicapées. Ce volontariat
s’inscrirait dans le cadre du projet éducatif de l’organisme
et s’exercerait tout au long de la vie pendant
une durée annuelle limitée et fractionnable. Il donnerait
lieu à une formation, une indemnisation et
une protection sociale du volontaire. »

[ET MAINTENANT ?]
Si, de notre point de vue, il faut saluer le travail et
les propositions effectuées, nous restons interrogatifs
sur les possibilités réelles de voir ces propositions
se concrétiser. Le contexte social, économique et
politique semble peu propice et qui plus est, l’actualité
du secteur de l’animation, notamment sur le terrain
du périscolaire à l’occasion de la réforme des
rythmes éducatifs donne des signaux contraires
à la création d’un statut du volontariat. C’est à nouveau
le Bafa et le Bafd, diplômes non professionnels
et occasionnels qui sont mis en avant pour encadrer
les temps périscolaires quand en toute logique pour
des fonctions permanentes comme l’encadrement
quotidien du périscolaire, il faut envisager a minima
un certificat de qualification professionnelle ou
un diplôme d’animateur professionnel. On continue
donc de renforcer l’employabilité du Bafa dont
la philosophie et l’histoire relèvent d’une toute autre
logique, comme le rappelle le cadre réglementaire :
Le Bafa et le Bafd sont destinés à permettre d’encadrer
à titre non professionnel et de façon occasionnelle,
des enfants et des adolescents en accueils
collectifs de mineurs, dans le cadre d’un engagement
social et citoyen et d’une mission éducative.
C’est pourquoi, il faut oeuvrer à l’émergence d’un
volontariat de l’animation tel que le propose
le rapport parlementaire, un statut qui permette
une nécessaire élucidation des rôles respectifs de
l’animation professionnelle et volontaire.


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