VEN 555 : Du Côté de l’apprenant
Temps pour parler les uns avec les autres des choses de la vie en société - Editorial du VEN 555
André Sirota, Président des Ceméa

* L’Appel
du collectif
Liberté égalité,
fraternité.
Ce collectif appelle
à la vigilance
pour faire reculer
le culte de la haine
à l’égard de l’autre.
Initié par l’association
de la fondation
étudiante pour
la ville (AFEV),
les centres
d’entraînement
aux méthodes
d’éducation active
(Ceméa), la fédération
nationale des
Francas, la Ligue de
l’enseignement et
la Ligue des Droits
de l’Homme, il a été
aussitôt signé par
nombre d’associations,
organisations
et des syndicats Voir la rubrique "Pour un avenir solidaire"

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C’est après le choc de deux élections avec leurs taux d’abstention, leurs résultats et bien
des commentaires amplificateurs de la haine de l’autre et des positions hostiles à la
démocratie et à la République, bien dissimulés derrière des propos passe-partout,
donnant un accablant spectacle du monde, que cet Appel* s’est imposé.
Au milieu de cette scène, figurent les transactions financières de l’ultralibéralisme
globalisé et sans visage privant les gens et leurs territoires d’une partie de la richesse
qu’ils génèrent tout en accroissant les inégalités de destin entre individus et ensembles
sociaux, puisque nombre des profits sont exportés dans des paradis fiscaux pour
échapper à l’impôt, c’est-à-dire aux règles du jeu des États de droit. Les sommes sont
colossales. Résultat : les pouvoirs publics sont dépouillés d’une bonne partie de leurs
possibilités d’agir. Dès lors, ne soyons pas surpris de la conviction que sont dérisoires les
pouvoirs des élus, locaux, nationaux ou européens, et que voter n’a pas de sens. Quand,
en outre, dans les médias, entre deux mauvaises nouvelles, un expert fait du coût du
travail la mère de tous les maux, la rupture est consommée entre citoyens et classe
politique ; voilà plusieurs décennies que chômage et précarité augmentent, que le coût
du travail diminue, que les paradis fiscaux perdurent, bref, que le capital est détourné
du travail et des investissements productifs.
Le système médiatique fait de successions d’instantanés, se nourrit de propos sommaires
et sans cohérence, exploitant les rancœurs d’une partie des citoyens, écartés ou non du
partage du travail et de la répartition des produits du travail, biens matériels ou
immatériels.
Si nous devons être vigilants, c’est qu’un petit nombre de citoyens retiennent
l’attention des médias augmentant considérablement l’audience de courants politiques
qui tournent le dos au bien public. Or, ceux qui surfent sur la misère du monde, ne
l’oublions pas, sont les héritiers d’une histoire qui a installé des régimes de dictature,
d’épuration et de banalisation du mal.
Les incohérences du monde infligent un vécu où coexistent de façon incompréhensible
valeurs humanistes estimables et pratiques cyniques et déshumanisantes, qui font modèle
et font croire que gruger et humilier autrui sont la clé de la réussite, et que celle-ci
n’advient que sans les autres et plutôt contre les autres.
Nous sommes loin de ce que nous défendons. Dans ce contexte, qu’est-ce que les
milieux de l’éducation et l’École de la République n’ont pas fait, n’ont pas su faire, ne
savent pas encore faire, en particulier dans les pays européens, alors que l’éducation
appelée formelle et non formelle, dans et hors l’École, y est développée ?
Le levier majeur repose sans aucun doute sur la création d’instances d’exercice de
la citoyenneté dans chaque lieu de transmission, de culture et d’activités socioéducatives,
de la prime enfance aux plus âgés, dans l’intergénérationnel. Ce sont des
temps pour parler les uns avec les autres des choses de la vie en société rendant possible
l’accès à la parole adressée à quelqu’un et à plus d’un autre en même temps, mobilisant
de la capacité de sollicitude, initiant à la délibération collective.


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