Vie Sociale et traitement N° 125 - l’avenir de la psychithérapie institutionnelle
Où en sont les États généraux du travail social ?
JACQUES LADSOUS

Cahin-caha, avec des hauts et des bas, le travail continue et l’on commence à voir
filtrer un certain nombre d’idées. Je vais essayer aujourd’hui de les regrouper, telles
que je les ai perçues à travers les informations que j’ai pu recueillir.

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L’innovation : inventer des formes nouvelles
d’interventions qui sont plus adaptées
aux besoins et aux capacités de ceux et celles
que les professionnels du social sont appelés
à accompagner. Interventions qui, sans
négliger la réponse individuelle, n’oublieraient
pas de faire vivre une dimension collective
sans laquelle aucune véritable action
sociale n’est possible. Il y a là une reconnaissance
implicite des Lieux de vie et
d’accueil (LVA) dans leur façon de fonctionner,
mais cela voudrait signifier également
(et pour le moment, ce n’est pas dit)
un assouplissement des règlementations. Il
serait peut-être temps de revenir à une certaine
considération des professionnels et de
leur capacité d’invention, sans négliger la
sécurité, mais en se libérant des carcans soi-disant
protecteurs.

La recherche : on constate (enfin !) que le
secteur fourmille d’expériences intéressantes
et innovatrices, et souvent sans lendemain
parce que, une fois disparus leurs auteurs
(retraite, découragement, etc.), il ne reste que
des souvenirs. Autour des expériences, créer
un climat de recherche, en la présence de
chercheurs (le CNAM s’engagerait volontiers
dans cette voie), permettrait de tirer de ces
expérimentations des notions sur leurs poursuites
et leur développement. Cela suppose
que des chercheurs s’intéressent à nous, mais
aussi que nous sachions partager nos
réflexions avec eux, sans avoir peur d’en être
dépossédés.

Le financement : nous voyons qu’un certain
nombre de jeunes ne supportent plus
le placement (à moins que ce ne soient les
accueillants qui ne supportent plus les
accueillis), d’où le phénomène d’errance qui
s’amplifie et provoque des sentiments d’insécurité
et de rejet.
D’où l’idée de revenir au principe de la
grande Cordée de Deligny (1947). Accompagner
l’errance en la structurant quelque
peu. Ce qui supposerait un financement au
parcours. Cela s’est déjà fait et pourrait se
refaire sans dépense supplémentaire : un
réseau d’accueillants est en train de se
constituer.

La formation éclatée des professions
sociales en de multiples filières et niveaux de diplômes ne crée pas les conditions
réelles d’une composition, voire d’une collaboration
dans l’exercice de la fonction
sociale globale telle que B. Lory déjà l’envisageait
(1966). Les regrouper en familles,
les engager dans des séquences communes
de formation pourraient permettre
un retour à des actions simples mais essentielles.
Bien sûr, il faudrait accepter de revenir
sur certains « acquis » au profit d’une
régénération du sens du travail.

Voilà quelques directions de travail. Déjà,
elles supposent chez nous tous une capacité
à accepter quelques changements. Mais
il est bien temps de casser les croûtes de routine
qui ont envahi les institutions, et les
administrations. L’avenir… et le plaisir de
faire ne résident pas dans la sécurité des
habitudes, mais dans la liberté de créer.

JACQUES LADSOUS

Rachid Aït Selmi est décédé le 25 novembre 2014. Il était depuis de nombreuses années
membre du comité de rédaction de VST, où il apportait son expérience de psychologue
engagé dans la vie sociale et de formateur. Il nous amenait aussi son humanisme, son
ouverture, sa tolérance, sa culture. Kabyle, laïque, il repose au cimetière de Lourmarin.
Gageons qu’il échange chaque soir avec Abert Camus sur cette Algérie qu’ils ont tant
aimée.

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