Les bons morts… et les autres, éditorial du VSt n°127
La fabrique de la maltraitance

Plus des événements collectifs mortels sont lointains, encore plus quand
ils échappent à une action directe possible, moins chacun se sent concerné.
Famines du tiers-monde, déraillement d’un train si loin qu’on ne sait même
pas où c’est…

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Ces derniers mois, un volcan a fait des siennes en Amérique du Sud.
Villages ensevelis, nuages de cendres… Pompéi en vrai. On a déjà un
Pompéi, le vrai, musée visitable avec des vrais beaux morts pétrifiés, c’est
bon, ça va. Et eux, contemporains, sont si loin. En plus, il n’y a pas
d’images.

Ces derniers mois, également, des dizaines de milliers de migrants – car
on ne dit pas « des gens », on dit « des migrants », alors que ce sont
des hommes, des femmes, des enfants – sont morts noyés en Méditerranée,
dans les mers indonésiennes, et ailleurs on n’en sait rien à la
télé mais il y en a forcément aussi.

Il y a eu encore ces tremblements de terre successifs au Népal. Innocence
de l’information, le premier jour il était question de un ou deux milliers
de morts. Aujourd’hui, qui sait de combien de centaines de milliers de
morts il s’agit ? Mais dans ce même Népal, horreur médiatique, il y avait
des Occidentaux venus là pour gravir les montagnes. Et ceux-là avec des
moyens vidéo, des connexions satellitaires. Ah, l’avalanche sur le camp
de base de l’Everest, enfin des images presque en direct, jouissance de
l’horrible !

L’immonde est venu après, avec les hélicoptères venus chercher les survivants
au même camp de base plutôt que d’apporter des moyens de
survie à tous les habitants des villages des vallées. Et avec les graves questions
pour savoir combien de Français et combien de Blancs aventuriers
blessés, morts, épargnés. Parce que les autres, les locaux, faut bien le
dire, on n’en a rien à faire ou si peu, puisqu’on ne les connaît pas et
qu’ils ne sont pas comme nous. À noter pour l’avenir, au cas où : dans
l’horreur, il y a une solution de possible survie, c’est être occidental. Et
tant pis pour les natives, ils n’avaient qu’à être eux aussi à Europ Assistance.

Le dossier de ce VST porte sur les maltraitances institutionnelles, les multiples
saloperies anonymes et pas toujours inconscientes qui sont produites
par des petits et des grands porteurs de pouvoir, individus et
collectifs. Est-ce si éloigné de cette réflexion sur les bons morts, et sur
les autres ?

François Chobeaux

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