Cahiers de l’animation n°100 " Accompagner la démarche éducative"
Mémoires vives
François Simon

Fêter l’anniversaire d’une première,
ce n’est pas juste se souvenir, c’est surtout
donner à entendre son écho présent, le bruit
qu’il fait dans la réalité d’aujourd’hui, son retentissement
dans les limbes des réflexions contemporaines

Lire le sommaire, et commander le numéro sur publications.cemea-formation.com/

On pourrait penser que faire anniversaire c’est
seulement revenir en arrière, s’attarder sur le passé
qui a construit le présent. Revenir à Tien an men,
au Mur de Berlin, à Marignan, aux congés payés,
c’est aviver la nostalgie, draguer la mélancolie,
ajouter du pathos et de l’émotion carton-pâte
au quotidien contemporain et, partant, figer l’événement
dans une huile compassionnelle qui titille
le robinet lacrymal et éloigne de l’histoire,
des valeurs. Les cérémonies, ça lasse, ça se multiplie,
ça grouille comme une vermine du souvenir.
Ça se fête la souvenance, petit pense-bête, rappel
incessant ; vous prendrez bien un peu d’évocation ?
Et, même si c’est parfaitement superfétatoire
on s’en délecte, on s’en repaît, on multiplie
les occasions de se le rappeler, il en est fait mention
partout. Ce serait oublier les avancées significatives
et les explosions semeuses de failles, oublier l’abolition
de la peine de mort et le droit à l’avortement,
oublier que les séismes sociétaux ont des répliques, font
trembler les idées et modifient la face du monde pour
un bouquet d’années. On pourrait se dire que dans
l’Éducation nouvelle les anniversaires quelle sinécure,
pourquoi pas un jubilé tant qu’on y est ?

LES PASSÉS SUCCESSIFS
FONT UN PRÉSENT QUI CHANGE
Et pourtant, il nous a semblé nécessaire de revenir
sur un hier visionnaire défrichant l’avenir à coups et
à longueurs de textes relatant pratiques et positions
politiques. Au coeur des quatre-vingts ans des Ceméa
viennent s’immiscer subrepticement les vingt-cinq ans
des Cahiers de l’animation. Si, dans ce numéro,
nous marquons l’utopie d’une pierre blanche, c’est bien
aujourd’hui avant tout, plutôt qu’un hier nimbé de
la brume de mémoire, que nous fêtons et pour des lendemains
qui chantent le progrès et les projets ès éducation.
Si se souvenir c’est louable c’est bien parce que
dans le présent et dans le futur ça sert,
ça se prolonge, ça se décline, ça fait bouger les lignes,
ça alimente la pensée et nourrit la recherche et
l’action, alors ça vaut le coup de commémorer,
ça enrichit l’ici territoire et l’alentour, ça fait de
l’engrais pour le terreau des révoltes, des
rébellions, ça fait valser les idées fixes, l’immobilisme
des réactionnaires.
Nous avons choisi de faire de ce numéro 100
un creuset où se rejoignent toutes les raisons
qui fondent la nécessité d’écrire, non pas un
vademecum, mais une série de regards critiques
qui ancrent le réel à la page pour manifester
des velléités de colères ou d’enthousiasmes.
Nous avons choisi de regarder dans le rétro
mais sans ralentir et d’étancher notre soif
du présent pour ne pas nous endormir.
Fasse que ce numéro 100 des Cahiers de
l’animation ne soit pas qu’une allégorie, mais
bien les prémices du développement durable
de cette revue, numérique ou papier, en plein
coeur des 100 ans !

Lire le sommaire, et commander le numéro sur publications.cemea-formation.com/


© Site officiel des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active)