||novembre 2000
Miguel Demuynck, une belle figure de l’histoire
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Je relis ce très beau texte paru après sa mort dans le journal Le Monde, article sans doute écrit dans l’urgence, mais qui raconte bien l’itinéraire de Miguel. Article à la fois sensible et dépouillé à l’image même de ce théâtre pour jeune public que Miguel incarnera pour longtemps... Je ne reviendrai pas sur cet itinéraire, mais j’aimerais raconter le Miguel que j’ai connu, adolescent, dans une promotion du lycée Turgot à Paris, et sa rencontre avec les Ceméa. On se préparait à Turgot, en trois années, au métier d’enseignant. J’entrais dans ce lycée aux premiers jours de l’occupation allemande. Lycée vaste et triste aux murs noircis par le temps et par le manque d’entretien. Miguel terminait dans ces lieux sa dernière année de formation... J’arrivais.
Aucune pratique de bizutage comme c’était le cas dans
la plupart des établissements de cet ordre, mais en signe d’accueil les anciens nous traitaient amicalement de bizuths. Ils employaient le terme sur un mode sympathique. En groupe, nous étions les “ bizuths ”. Seul, nous étions le “ bizuth ” ou “ bizuth ”. S’adressant à moi, Miguel disait : “ Ça va bizuth ? ” Pierre Girard, qui était de la promotion précédant la mienne, employait le même terme :
« Alors, bizuth ! » Cette appellation devait me rester bien des années après, alors même que j’occupais des responsabilités importantes aux Ceméa...
Nous avons eu la chance à ce moment de notre vie d’une rencontre rare avec un professeur de lettres et de pédagogie qui arrivait de la Roche-sur-Yon : Henri Laborde.
Il devait jouer quelques années plus tard un rôle déterminant dans l’évolution des Ceméa. Laborde avait l’art de nous motiver dans chaque domaine culturel qui nous attirait personnellement. Pour Miguel, c’était le théâtre.

Miguel, nous l’avions remarqué d’emblée, nous autres les plus jeunes. D’abord parce qu’il était grand, ensuite parce qu’il était beau et agréable. Nous savions qu’en dehors du lycée il suivait des cours d’art dramatique, ce qui rehaussait son prestige... Grâce à notre professeur de lettres, des noms nous devenaient familiers : Jouvet, Baty, Dullin... Avant notre rencontre avec Laborde, peu d’entre nous fréquentait les théâtres ; à peine découvrions-nous le cinéma... Laborde nous donnait l’envie de franchir le pas, et puis il y avait cette image de Miguel qui nous fascinait, nous, les bizuths.

Vers la fin du mois de mars, à la suite d’un cours, Henri Laborde nous proposa de suivre un stage de pédagogie. « Les vacances de Pâques approchent, nous disait-il, il y aura un stage en internat hors de Paris, dans un château à Soucy. Certes, ce stage ne compte pas dans votre programme scolaire, mais il vous apportera des éléments essentiels pour votre formation d’enseignant. Toutes les activités s’appuieront sur la pratique d’une vie collective mixte. Vous y découvrirez des techniques nouvelles très diverses, qui vous prépareront à devenir moniteurs de colonie de vacances pendant la période d’été. Ceux qui veulent s’inscrire peuvent le faire à telle adresse. » Suivait une indication, imprécise dans ma mémoire, mais sans doute rue Pasquier, près de la gare Saint-Lazare...

Nous avons été quelques-uns, cinq ou six, à nous inscrire. Je ne raconterai pas ce stage, ça n’est pas l’objet de mon propos. Nous nous y sommes retrouvés, une cinquantaine de stagiaires de tous âges et venant de milieux les plus divers. Laborde était là bien sûr, dans l’équipe d’encadrement. De retour après Pâques au lycée, Miguel est venu nous trouver : “Alors les bizuths, ce stage ? ” Le stage, évidemment, c’était l’enthousiasme ! Des liens plus secrets devaient s’établir avec Miguel : “ Si vous êtes intéressés, nous avons monté à quelques-uns un spectacle que nous devons présenter bientôt. Nous avons travaillé sur un texte de Jean Giono : Le Serpent d’étoiles. Vous pouvez venir... ” Nous y étions bien sûr, nous les bizuths, et déjà des maillons d’histoire se créaient.

De la place de la République, où se trouvait le lycée Turgot, à la Bastille, parcours de toutes les grandes manifestations populaires, c’était le quartier du Marais qui développait ses rues et ses ruelles. Laborde habitait rue de Sévigné près du métro Saint-Paul.
Lorsque les horaires scolaires le permettaient, nous étions quelques-uns à l’accompagner jusque chez lui. De cour en cour, de parcs en hôtels particuliers, il nous faisait découvrir ce quartier de Paris, à la fois fabuleux et secret, dont il avait l’art d’ouvrir les portes... J’écris ces lignes pour bien marquer le cadre géographique et humain dans lequel Miguel a pu s’épanouir.
Loin du Serpent d’étoiles nous le retrouvions, élève studieux dans le domaine du théâtre, brûlant les planches comme figurant chez Louis Jouvet à l’Athénée ou chez Dullin qui venait de quitter le théâtre de l’Atelier, place Dancourt, pour s’installer Place du Châtelet au théâtre Sarah Bernhardt.
Sont venues la fin de l’occupation allemande et la Libération de Paris. Pour nous, élèves, nos études au lycée étaient terminées et nous quittions Turgot. Laborde aussi quittait l’établissement. Il était nommé au cabinet de Jean Guehenno qui venait de prendre la toute nouvelle Direction de la Jeunesse et des Sports qui n’était pas encore un ministère mais dépendait de l’Éducation nationale. À côté de ses nouvelles fonctions, Laborde s’attache à mettre en place les Ceméa dont il devient Délégué Général, à côté de Gisèle de Failly qui assume la responsabilité de Directrice et qui orientera la vie pédagogique de l’association. Cela est connu car Gisèle de Failly a beaucoup écrit et nous avons de nombreuses traces de son action. Laborde, lui, n’écrivait pratiquement pas. Il ne laisse pas ou peu de traces. C’est pourtant lui qui partant d’un groupe dynamique d’actions pédagogiques mettra en place l’un des plus grands mouvements d’éducation populaire issu de la Libération.

Denis Bordat, Secrétaire Général d’Honneur des Ceméa.



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  • Denis Bordat

  • 31/10/2000
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