||novembre 1999
Le parlement des enfants
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Les rapports qui s’établissent entre les États, les collectivités locales, régionales, nationales, les ONG et la société civile, sont vécus comme une sorte d’instrumentalisation qui désigne dans un premier temps, la tendance à travers la pédagogie, à instrumentaliser celle-ci. Il s’agit de faire de la pédagogie un ensemble technique, un ensemble d’outils, car les outils sont quand même sécurisants lorsqu’on les manie bien.
La tendance des partenaires publics (État, collectivité...) est d’instrumentaliser les ONG, en séparant les rôles et en disant : “Dans le pédagogique, vous faites ce que vous voulez, mais dans le reste, la politique, c’est notre affaire puisque nous sommes les commanditaires, nous sommes les États.” Il y a un flou considérable du fait de cette sorte d’instrumentalisation. Le premier souci des ONG est de se débarrasser de cet engluement. Car, l’action sur le terrain n’est jamais conforme à la demande. Elle est toujours plus ou moins subversive ; elle va toujours dans le sens d’un projet de société et d’un projet de l’homme, en même temps que d’un projet pédagogique et éducatif.

On peut s’interroger sur l’impact du pédagogique sur le politique et le social, dans une sorte de fonction effectivement subversive de l’éducation. Comment situer la visée pédagogique et éducative dans sa dimension politique ? En terme de changement social ? Sans doute pas, parce que la pédagogie s’inscrit dans le micro-social à tout jamais alors que le changement social est de l’ordre du macro. Mais elle permet de développer la fonction critique de chacun. En ce sens, elle est subversive parce qu’elle participe à un changement des représentations. Mais, clarifier les relations entre la puissance publique et les associations, c’est réfléchir au rôle économique et social de ces dernières pour qu’elles conservent la liberté qui les fonde afin de préserver l’engagement libre pour que notre démocratie, l’espace entre l’État et l’individu soit vivant, permette de tisser le lien social entre les citoyens. La loi sur la coopération décentralisée, la reconnaissance politique du rôle des associations ne règlent pas les tensions et les difficultés comme par exemple l’insuffisance de reconnaissance des missions de service public des associations.

Enfin, l’évolution du contexte social, économique, politique, peut conduire à renforcer cette instrumentalisation co-exécutante ou complémentaire des politiques publiques. Instrumentalisation qui s’accroît du fait du désengagement financier de l’État ou, dit autrement, de la dépendance financière des associations vis-à-vis de l’État. Sur quoi peuvent se construire et se développer les relations des ONG avec les pouvoirs politiques ?
Dans de nombreux pays, l’un des problèmes important concerne la légitimité des ONG à l’égard des pouvoirs publics. Les ONG ne sont fortes et considérées que lorsqu’elles ont établi des relations anciennes et régulières avec les pouvoirs ou si elles ont acquis une reconnaissance à travers les actions et les relations internationales qu’elles assurent. Sans doute est-il important de ne pas considérer les pouvoirs publics comme de simples bailleurs de fonds. Ceux-ci ne le souhaitent généralement pas : ils préfèrent s’inscrire dans des projets et des politiques à plus long terme. La coopération décentralisée française impulse ce type de dynamique où les collectivités locales sont de plus en plus présentes. Ces relations continues entre les ONG et les pouvoirs publics sont nécessaires pour permettre à ceux-ci de mieux prendre en compte la mesure de notre action.

Paradoxalement, la force des ONG se fonde sur leur pouvoir d’interpellation des pouvoirs publics, sur leur pouvoir d’initiative. Les ONG doivent être davantage associées et plus actives dans les décisions mais elles doivent aussi ne pas hésiter à s’inscrire dans des relations conflictuelles, dans un contre pouvoir des pouvoirs publics. Cette fonction de contre pouvoir, qui constitue l’une des raisons d’être des ONG peut contribuer aussi à réduire les risques d’instrumentalisation.
L’un des objectifs des ONG dans leurs relations avec les pouvoirs publics, sinon l’objectif prioritaire, est d’aider à la consolidation de la société civile. Ce doit être une priorité très claire : la consolidation des associations locales qui naissent sur les bases fondamentales des droits de l’homme. Il y a des urgences associatives dans de nombreux secteurs : il faut créer, aider, soutenir, consolider les acteurs autant que les structures tout en étant vigilants au niveau de nos stratégies politiques. Il ne s’agit pas de “ faire des programmes ” mais de permettre d’apprendre, de pratiquer la vie associative, la démocratie.

Plusieurs exemples évoqués par des participants des Peco (Hongrie, République Tchèque, Moldavie...) ont éclairé cette approche : absence de politique de l’enfance et de la jeunesse au niveau de l’État (sauf récemment en République Tchèque où le gouvernement a adopté, depuis janvier 1999, une loi en ce sens), moyens financiers des pouvoirs publics très limités, confusion des rôles respectifs de l’État et des organisations civiles, faible engagement des citoyens dans les associations, coopérations très ponctuelles et à court terme et absence de structures de coordination associatives, etc. Il y a donc là une action très importante à développer, une action sur le long terme, au “ coude à coude ” avec les partenaires locaux, dans une vision différente, au-delà d’un partenariat institutionnel. Mais, pour cela les ONG ne doivent-elles pas repenser les modalités de leur intervention et de leur mode d’organisation pour peser réellement, face aux institutions internationales et aux enjeux mondiaux ?

Les ONG s’habitueront d’autant mieux à travailler avec les pouvoirs publics locaux si elles commencent à travailler ensemble ici. Se mettre ensemble, coopérer, cela s’apprend. On peut repérer plusieurs niveaux :
- Les ONG doivent être force de proposition auprès des pouvoirs politiques locaux mais elles doivent aussi savoir prendre en compte les projets des villes, des collectivités qui sont porteuses des projets des citoyens. Cela veut dire mieux connaître et intégrer la réalité des partenaires que sont les collectivités locales,
- Les ONG ont une action pédagogique à développer en direction des élus, très en amont des projets. C’est une action pédagogique pugnace, d’information régulière nécessaire et de conviction pour que des formes de confiance réciproque s’installent, s’établissent,
- Elles ont aussi une action politique à mener, de lobbying indispensable au-delà de leur action pédagogique,
- Enfin, pour les actions menées en partenariat par plusieurs ONG françaises, celui-ci gagnera en reconnaissance s’il existe :
- Une réelle concertation du réseau,
- Une coordination efficace entre décideurs et acteurs,
- Le contrôle des actions des autres partenaires.

Il est important de fédérer les forces, de penser les actions en terme de réseaux, de créer des plates formes, en particulier dans les pays d’origine pour être plus efficaces sur le terrain.
Les mise en synergie, sous des formes diverses (consortiums, plates formes, etc...) peuvent favoriser de meilleures connaissances des pouvoirs publics.
Enfin, il est souhaité que soient facilitées les coopérations tri et multipartites et développés des partenariats Sud/Sud entre les ONG qui ont beaucoup de choses à partager.
Il faut sans doute souligner l’importance de la communication des expériences internationales, de coopération des ONG auprès des pouvoirs politiques. Nous souffrons d’une carence importante de communication sur le long terme. Il y a des modes d’intervention qu’il faut faire mieux connaître aux pouvoirs politiques, en démontrant leur pertinence et leur efficacité. Se pose sans doute un problème de réseaux. Il y a des réseaux où les ONG ne sont pas. Il y a donc nécessité de se positionner sur les réseaux existants.

Jean-Marie Michel

* A partir des travaux des ateliers



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  • Jean-Marie Michel

  • 31/10/1999
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