Roger Cousinet : la promotion d’une autre école, textes réunis

Suzanne Saisse et Marie de Vals, Coll. « Connaissances de l’éducation », Éditions Érès, 2002

Il convient tout d’abord de saluer l’heureuse initiative de Suzanne Saisse et Marie de Vals - elles-mêmes comptant parmi les pionnières de l’éducation nouvelle, puisqu’elles ont enseigné, l’une et l’autre, à l’école de La Source, chère aux Ceméa - d’avoir choisi ces quelques textes de Roger Cousinet.
Ce jeune inspecteur primaire, rapidement devenu l’un des chefs de file de l’éducation nouvelle grâce à ses nombreux écrits et à la qualité de ses cours à La Sorbonne, pose constamment deux questions :
- Que doit être une école, lieu d’acquisition de la culture ?
- Que doit être une école, lieu de vie pour les enfants ?
Et ces deux questions sont pour lui tellement indissociables que ne viser qu’un seul de ces deux objectifs, c’est être sûr de n’en atteindre aucun.

Une brève chronologie permet de situer les quatre-vingt-douze années d’une vie ponctuée par deux guerres mondiales, commencée sous Jules Ferry et achevée peu après la naissance du collège unique.

Le texte présenté en introduction, La bosse et le trou, est une belle dissertation sur l’écart (malheureusement si fréquent...) entre un projet d’enfant et celui que peut avoir un adulte « pour le bien de l’enfant ». Dans le suivant, l’école lieu d’acquisition de la culture, Cousinet développe successivement plusieurs thèses, largement vérifiées depuis cinquante ans, parmi lesquelles nous retiendrons les quatre suivantes : la culture générale ne précède pas la spécialisation ; c’est, au contraire, autour de ses intérêts que chacun élargit sa culture. Rien ne justifie l’établissement d’une hiérarchie entre l’apprentissage et la maîtrise du latin et l’apprentissage et la maîtrise de la menuiserie, ni par rapport à aucun autre apprentissage. L’élève n’est pas cultivé, il se cultive, il se cultive d’autant plus au vrai sens du mot qu’on cherche moins à le cultiver. Si l’on veut que l’élève s’intéresse à l’école, il ne faut pas lui proposer des objets d’enseignement mais des objets d’apprentissage que le pédagogue doit savoir distinguer les uns des autres, moyennant quoi il respecte son éducateur parce que l’éducateur le respecte.

Le chapitre qui suit est constitué d’une série de textes sur l’enseignement de l’histoire, à travers lesquels Roger Cousinet démontre la vanité de l’enseignement de l’histoire au regard de ce que devrait être un véritable travail historique permettant à l’enfant de conduire une authentique recherche. Le lecteur comprendra que l’histoire n’est pour Cousinet qu’un exemple applicable à toutes les disciplines scolaires par la méthodologie préconisée : sources d’information mise à la disposition d’élèves travaillant en groupe de quelques individus, observant, comparant, classant, critiquant pour parvenir à la représentation puis à la construction d’un objet de connaissance, sans que jamais ne faiblisse l’intérêt des apprenants (pour employer un langage plus moderne...). La savoureuse allégorie du sandwich, dont l’adulte exige la consommation « globale », en l’état, tandis que l’enfant tient absolument à en séparer les deux parties pour voir ce qu’il mange, constitue une illustration magistrale de ce perpétuel malentendu entre des éducateurs bienveillants qui veulent faire le bonheur des enfants malgré eux et leurs protégés (devenus victimes ?) qui n’aspirent qu’à le construire par eux-mêmes.

Pour expliquer ensuite ce que pourraient être, dans la classe selon Roger Cousinet, les rôles respectifs du maître et de l’élève, les auteures ont retenu ce petit texte : « Un petit garçon de trois ans environ marche dans une rue de Paris, à côté de sa mère qui l’accompagne, mais le laisse marcher librement. Il rencontre une bordure de pierre haute de quelques centimtres qui longe un magasin, il essaie d’y monter, n’y réussit pas, et sans même regarder sa mère ni tourner la tête vers elle, il tend la main dans sa direction, avec la confiance sûre qu’il trouvera la main maternelle, la rencontre en effet, s’y appuie et s’en aide, monte sur la bordure et lâche la main dont il n’a plus besoin. Tel est le sens de la liberté donnée à l’enfant dans l’éducation nouvelle. »

Sont développées et illustrées ensuite des notions qui sont à la base des méthodes et des préconisations des mouvements d’éducation nouvelle (et des Ceméa en particulier) : liberté d’agir, de créer, d’observer, de comprendre, de travailler en groupe, dans un milieu organisé par un maître répondant aux sollicitations des élèves qu’il aide à élaborer des lois positives qui guident et autorisent plus qu’elles n’interdisent.

L’essentiel du message de Roger Cousinet nous est ainsi rappelé dans les trois premiers chapitres de ce qu’on pourrait être tenté d’appeler un petit livre (150 p), alors qu’il s’agit, en fait, d’un grand livre, dont la sortie, différée pendant plus de vingt ans, constitue un événement d’autant plus important que les onze livres et nombreux articles de ce grand pédagogue sont devenus introuvables.
C’est donc avec le plus grand profit que le lecteur pourra parfaire sa connaissance de la pédagogie de Cousinet et de l’éducation nouvelle en retrouvant des questions qu’il se pose sans cesse, lui-même, et les réponses de l’auteur (que le militant a déjà pu parfois trouver dans sa propre expérience et sa propre réflexion), en lisant les trois derniers chapitres qui traitent respectivement de l’originalité de l’éducation nouvelle, de la pédagogie de l’apprentissage et de l’enseignant.

Et si, d’aventure, le lecteur de Roger Cousinet : la promotion d’une autre école venait à dénicher l’un des livres de ce penseur toujours actuel (et l’on ne saurait trop lui recommander Fais ce que je te dis, réédité jadis par Le Scarabée) pour y découvrir des analyses qu’un militant de l’éducation nouvelle ne peut que partager, les deux auteures de ce livre auront incontestablement fait œuvre utile.

Gérard A. Castellani



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  • Gérard A. Castellani

  • 31/05/2003
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