Liberté Dimanche
Le coup de blues des colonies de vacances

Dossier de l’hebdomadaire Liberté Dimanche 22 Juillet 2012.


De moins en moins d’enfants fréquentent les colonies de vacances. Question de coût, surtout, mais aussi d’image.
Plus que centenaires, mais
bien malades... Nées à la
fin du XVIIIe siècle, les
colonies de vacances ne tiennent
pas la grande forme.
Certes, plus de 1,1 million
d’enfants partent encore chaque
année avec cette formule. Mais
ils sont de moins en moins nombreux.


« Les familles ont de moins en
moins d’argent,
déplore Cécile
Masson, responsable à la Ligue
de l’enseignement, l’un des plus
gros organisateurs de séjours
dans la région. Et elles bénéficient
de moins en moins d’aides
des collectivités locales et des
comités d’entreprises, qui ont des
budgets de plus en plus serrés.
Et qui, du coup, préfèrent investir
sur des centres de loisirs et
des séjours de proximité ».

  Des séjours de plus en plus chers

« L’année dernière, nous avons
monté l’opération Premier départ,
poursuit Cécile Masson. Elle
consistait à envoyer en vacances
pour un coùt modique (20 € la semaine, 40 € les 15 jours) des
enfants qui n ’étaient jamais partis.
Une centaine cle gamins de 6
ans à 14 ans ont participé.
Comme quoi la baisse de fréquentation
est avant tout duc à des
problèmes financiers ».

Parallèlement, les centres de vacances
reviennent de plus en plus
cher. Cécile Masson évoque le
nouveau statut des animateurs
(voir ci-dessous), et prend
l’exemple des transports, qui ont
beaucoup augmente, ou l’obligation
de faire appel à des prestataires
spécialisés pour assurer l’encadrement
d’activités de plus en
plus pointues.
Car si les colonies se dépeuplent,
ce n’est pas faute de se mettre
au goût du jour. Certains séjours
de vacances proposent, à côté de
toutes les activités traditionnelles,
des séjours d’initiation au
quad, au char à voile ou au webreportage,
des stages de hip-hop
ou de body-board, des voyages
en roulotte ou des nuits sous un
tipi !
Une évolution nécessaire, pas
toujours compatible avec Ic discours
fondateur des colonies de
vacances, basé sur les bienfaits
de la vie en collectivité et l’apprentissage
de l’autonomie, discours
que les parents entendent
de moins en moins. « Nous passons
à des séjours de consommation.
Les enfants viennent
avant tout pour faire du quad, de
la voile ou de l’’équitation ».
Selon une étude l’Oflej (Observatoire
des vacances et des loisirs
des enfants et des jeunes), les parents
les plus hostiles aux colonies
de vacances se recrutent paradoxalement
parmi les classes
sociales les plus défavorisées.
« Ces familles entretiennent une
relation plus fusionnelle avec
leurs enfants, ont plus de mal à
s’en détacher, sont le plus angoissées
 »,
commente Cécile Masson.
D’où le succès, au-delà de la
question du coût des centres de
loisirs (les enfants rentrent chez
eux le soir) et des mini-camps
A l’autre bout de l’échelle, les familles
favorisées ne voient pas
l’intérêt éducatif des séjours et
de la vie collective. « Elles s’inquiètent
surtout de savoir si les
enfants vont bien faire tout ce
qui est écrit dans le catalogue »,

s’amuse la responsable de la
Ligue de l’enseignement.

Sacré portable...

Tous les parents en revanche
sont excessivement exigeants sur
la sécurité. « On ne parle des
colos que quand il y a des accidents,

souligne Pascal Grialou, à
la Cemea (Centre d’entraînement
aux méthodes d’éducation active,
qui forme notamment au Bafa).
Contrairement aux parents qui
partent avec leurs enfants, les
animateurs ne sont pas en vacances.
Et il y a bien moins de chances que leur enfant ait un accident
en colonie plutôt qu’avec
eux »
.
Et n’empêche. La quasi-totalité des
parents est très sensible à la possibilité
de communiquer avec
leur enfant. Magie du téléphone
portable... « Ne rn ’en parlez pas,
réagit Cécile Masson. C’est un
problème qu’il nous faut tout le
temps gérer. Les gamins en ont
dcs l’âge de 8 ans. Et le moindre
problème, qui pourrait se régler
sans aucune difficulté au centre,
peut prendre des proportions
énormes dès que les parents s’en
mêlent »...

GILLES LAMY

 Nouveau statut : « Ça va nous tuer les colos »

" Des plannings dc malades"
Comme tous ses collègues cet
été Céline Masson, à la Ligue de
l’enseignement, s’arrache les cheveux
quand il s agit de taire les
emplois du temps des animateurs
de chaque centre.
Depuis octobre dernier, la loi
oblige les animateurs de centres
de vacances à respecter un
temps de repos quotidien de ll h
pour 24 h travaillées. En février
2012, le texte est adapté et
prevoit que ce repos quotidien
puisse être tout ou partie reporté en fin de sejour, en fonction
de la durée des sejours.
Le syndicat Sud Isère pensait
sans doute bien faire quand il a
saisi la cour de justice de l’union
européenne. Selon lui, le statut
des animateurs n’était pas compatible avec la directive du travail, qui prevoit ll heures de repos par 24 heures de travail.
Sud a obtenu gain de cause.
« Le problème, c’ est que personne ne s’est demandé ce qu’en
pensaient ceux qui bossent dans
la partie
explique Pascal Grialou au Ceméa. Aujoud’hui, cette
loi est très difficilement applicable »
« Dans certains cas, cela peut
nous obliger à doubler les équipes d’animateurs. Ce qui se traduit
inévitablement par une hausse du coût des sejours »,
analyse Céline Masson, qui prévoit déjà une augmentation d’environ
30 % des tarifs pour répercuter les surcoûts « Les camps
de vacances deviendront encore moins accessibles »
Quant aux animateurs s’il leur est possible de prendre des repos
compensateurs en fin de sejour
« ils restent sous contrat avec
l’organisme pendant plusieurs
jours, poursuit Céline Masson.
ils ne peuvent pas enchaîner sur
un autre contrat. Un veritable
problème pour celui qui veut travailler tout l’été ».
D’autant que les jeunes qui passent leur Bafa (Brevet d’aptitude
aux fonctions d’animateur) pour animer des centres de vacances
ne le font pas pour gagner de l’argent le temps d’un été « Sinon,
mieux vaut qu ’ils aillent travailler chez Carrefour », lâche Pascal
Grialou. Le formateur croît à l’esprit
militant des animateurs et des responsables de centres porteurs d’idéaux et de projets sociaux. Un esprit qui n’entre que
difficilement dans le cadre du droit du travail. « Cela ne veut
surtout pas dire quil faut que les animateurs bossent tout le
temps », prévient le formateur.
Maîs il estime qu’il y a une place dans l’animation pour une forme
d’engagement particulier, entre
bénévolat et salariat. Comme de
nombreux acteurs du secteur, il
serait favorable à un statut de volontaires, déconnecté du droit
du travail, comme c’est le cas pour d’autres dispositifs d’engagement volontaire comme le volontariat de service civique ou les sapeurs-pompiers volontaires.
« Si ça ne bouge pas, ça va nous
tuer les colos », n’hésite pas a
conclure Cecile Masson.

- La petite musique d’une vie en collectivité

« Mais, comme Cri Cri savait
nager, il remonta sur sa branche
et se remit à chanter. »
Le refrain
donne du baume au cœur en ce
matin de ciel gris. Le groupe des
« vaches normandes » de « la
colo des bons copains » (7-13
ans) est assis sur l’herbe au milieu
du centre de vacances. Ils
sont une vingtaine d’enfants,
joyeux, contents d’être là depuis
trois jours. En ce mardi matin,
des potes ont réussi à se trouver.
Pour cette première semaine,
Pierrefiques, dans le pays de
Caux, à 4 kilomètres d’ Etretat,
affiche complet. « 123 enfants sur
124 places exactement ! »
, glisse
Jean-Pierre Berthou, secrétaire
général de l’Afga (Association familiale
du grand air), accueillie
à Montivilliers, une des plus importantes
associations de la « culture
populaire » de la région havraise
(18 salariés permanents,
120 occasionnels).
Près d’un millier d’enfants, entre
les centres avec et sans hébergement
et les camps sous toile seront
passés cet été entre les
mains de cet organisme, né en
1949. Beaucoup d’anciens colons
y inscrivent leurs rejetons, sans
état d’âme. Et pourtant, il ne faut
pas se fier à cette première semaine
dans ce site entouré de
verdure, composé de quatre
chaumières qui abritent dortoirs,
réfectoire, salle de jeux et de réunion,
bibliothèque...
II reste de la place pour le reste
de l’été dans cette colo qui accueille
les « P’tits loups » (5-7
ans), les 9-12 ans pour la thématique
équitalion/VTT, les 7-13 ans
(les fameux « bons copains »)
pour des activités variées. La tendance
est à la semaine. Par souplesse
et surtout à cause du prix.
Sans aide (Caf et CE), les 6 jours
coûtent 281€ (et 582 pour 13
jours). Même si 50 % environ des
la colo affiche complet. Le projet éducatif met en valeur la personne
familles ne payent pas plein pot,
ces séjours ne sont pas toujours
accessibles. Jean-Pierre Berthout
le reconnaît : « Ce n’est pas toujours
simple, et en plus, la météo
n’est pas avec nous cette
année... »
Lui qui a passé ses vacances dès
l’âge de 7 ans dans ce centre, y a
été animateur et directeur regrette
le temps des « joyeuses
colonies de vacances. »
. Ses explications
 : « En dehors du prix (et
nous faisons au plus près du budget),
la baisse de fréquentation
est due à un changement des
mentalités, aux comportements
individuels. Notre ministère de
tutelle (Jeunesse) ne nous aide
pas non plus beaucoup en matière
de promotion depuis des années.
Sans compter que la législation
et les normes alourdissent
le fonctionnement »
. Alexane Estrade,
la jeune directrice de Pierrefiques,
(24 adultes, dont 19 attachés
à l’équipe pédagogique) reconnaît
pourtant qu’il y aurait,
comme un petit regain : « La vie
en collectivité revient sur le devant
de la scène, aussi bien du
côté des enfants, des animateurs
que des familles. Chacun se rend
compte de son utilité. »

« Il faut prendre
le rythme ! ».

Les animateurs (payés 40 à
45 euros par jour) justement doivent
être motivés avec de longues
journées (7 h 30-23 h, après
la réunion de l’équipe autour du
projet éducatif). Le temps de récupération,
payé, est prévu à la
fin de la semaine, le samedi.
Il est 13 h et le déjeuner à base de
tomates, petits pois et volaille se
termine. Bastien, Rouennais de
19 ans, fait son stage pratique. Il
semble à l’aise. « Le plus dur au
début, c’est de respecter les plannings.
Au bout de trois jours, le
rythme est pris. » II avoue que
les colonies quand il était plus
jeune lui ont donné donner envie
de passer de l’autre côté. Peut-être
le bon moyen de perpétuer
la tradition de ce type de vacances
que certains caricaturent en
les trouvant dépassées.
PATRICIA LIONNET

« Sur la brèche de 7 h 30 à 21 h 30 »
Huit heures du matin jeudi dernier.
Le car qui revient de la colo
de Saint-Jean d’Arves, en Savoie,
s’arrête sur la place du Vieux-Marché,
en face du Muséum d’histoire
naturelle du Havre. Après
douze heures de voyage, les gamins
surpris par la température
automnale se jettent dans les bras
de leurs parents impatients.
Kevin dit au revoir aux enfants
avec lesquels il vient de passer
douze jours. Le « mono » a la
journée pour se reposer. Le soir
même à 19 h 30, il va remonter
dans le car pour prendre la route
dans l’autre sens avec d’autres
enfants.
Agé de 21 ans, Kevin Simon est
animateur depuis 2008. « J’adore
les enfants. Alors ce métier d’animateur,
je le fais d’abord par passion
 », explique-t-il, avant d’ajouter
que « ce métier, on ne le fait
de toute façon pas pour l’argent.
Pour un mois, je gagne environ
880 euros. Ce n’est d’ailleurs pas
qu’un boulot d’étudiant. Certains
sont toujours animateurs à 30 ou 40 arts passés. Et puis, on profite
aussi un peu du site et des structures
 ».
Dans le « civil », Kevin est technicien
sur les systèmes électro-numériques,
mais il est actuellement
sans emploi. « J’ai un bac pro, un
diplôme que les entreprises ont
du mal à rémunérer à sa juste valeur ».
Comment se passent ses journées
au centre de vacances ? « Nous
devons être opérationnels à 7 h 30
le matin. Nous terminons vers
21 h 30, après le coucher des enfants.
Mais ce n’est pas trop dur,
on prend vite le rythme ». De belles
journées quand même, surtout
quand il faut encadrer des enfants
débordant d’énergie et qui entendent
bien profiter pleinement de
leurs vacances. « Je m ’occupe des
6-11 ans. Nous faisons beaucoup
d’activités manuelles, des grands
jeux, quelques bivouacs en camping,
des veillées le soir ».
Quant aux fameuses 11 heures de
repos quotidien pour 24 heures
travaillées rendues obligatoires
par la loi (voir page 8), « ça ne
change pas grand-chose », lâche
Kevin.
Dans son cas, cela se traduit par
une journée de congé tous les
deux jours. « Je travaille par
exemple le lundi et le mardi, et
je suis en repos le mercredi. Je
retravaille ensuite le jeudi et le
vendredi avant d’être en repos le
samedi. Et ainsi de suite ».
Évidemment, pas question de rentrer
chez soi pour une journée...
« Pendant les jours de congés, on
profite de l’endroit où on est »,
conclut Kevin avant de refaire sa
valise pour trois semaines de
camp.

130 ANS D’HISTOIRE
- En 1876, le pasteur suisse Hermann
Walter Bien, voyant la santé
des enfants de son quartier se détériorer,
décide de les envoyer en
vacances à la campagne. Ils en reviennent
tellement transformés
qu’il lance un appel dans les journaux
et récolte assez d’argent pour
faire partir 68 jeunes.
- L’idée se répand. En France, plus
de 100 000 colons sont recensés
en 1913 ; 420 000 en 1936 ; plus
d’un million à partir de 1955.
- Dans les années 30, le bénévolat
est aboli, en raison de la trop fréquente
incompétence du personnel
non formé. L’aspect éducatif
des colonies se développe.
- Après la seconde guerre, c’est la
montée en puissance des CEMEA,
Centres d’entraînement aux méthodes
d’éducation active, qui
mettent l’accent sur la vie collective,
les expériences, les échanges.
- Dans les années 90, des organismes
privés s’installent sur le
secteur des camps de vacances.
Mais on trouve toujours les colonies
héritières des premières.



22/07/2012
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