Accompagnement Culturel
Un enjeu éducatif majeur

Paru dans le mensuel Les Cahiers Pédagogiques Janvier 2013.


Olivier Ivanoff. Le point de vue d’un militant de
l’éducation populaire, qui observe les sorties depuis le
« hors l’école » : elles sont bien des activités globales,
des opportunités fortes et donc indispensable pour
l’enseignement et l’éducation.


A l’ heure ou via internet,
il est possible de visiter
virtuellement divers
musées dans le monde
sans avoir à quitter la classe, ou les
éditeurs rivalisent pour proposer aux
enseignants, dans le cadre de l’histoire des arts, des œuvres sous différents supports (livres, affiches ou numériques), on doit bien se poser
la question pourquoi sortir ?
Je pense que c’est, paradoxalement, parce que les enfants ont accès à tous ces documents et ces informations virtuelles qu’il est aujourd’hui encore plus essentiel d’organiser des sorties scolaires et des rencontres avec le réel. II ne s’ agit surtout pas de rejeter ou de minimiser les formidables perspectives éducatives que sont les nouvelles technologies et les sources d informations qu’ elles apportent, mais de replacer les sorties scolaires dans la globalité de leur contexte éducatif.

L’HISTOIRE PERSONNELLE
Sortir avec sa classe n’est pas seulement l’ illustration d’un propos, mais c’ est, comme le disent les enfants « voir en vrai ».
Ce terme de « vrai » est signifiant, car il recouvre quantité de perceptions, qui peuvent être partagées par le groupe ou très personnelles et intimes. Découvrir une œuvre, un lieu, des vestiges, un concert, une activité e est bien sûr en avoir une approche intellectuelle permettant de situer, de comprendre, d imaginer. Mais c’ est aussi des perceptions kinesthésiques, d’espaces, de volumes, de couleurs de sons, d’ odeurs, d’ambiances. Le facteur affectif joue également un rôle, en lien avec l’histoire personnelle de chacun et en fonction du moment, du thème de l’ environnement, des accompagnateurs. Tout cela se mêlant pour faire sens.
La connaissance n’est pas uniquement intellectuelle, elle est aussi perceptive et affective. Lors d’une sortie dans le Vercors nous nous étions arrêtés pour goûter, Youssef profita du moment pour remonter la pente herbeuse sur laquelle nous nous trouvions, puis la descendre à toute vitesse, en courant, face au vent, bras écartés et bouche ouverte. II recommença et recommença encore l’expérience, au milieu d’ un paysage sublime Youssef avait, bien entendu, étudié des photos de paysages en classe et appris à les décrire. II avait également intellectualisé qu’ une bille roule dans le sens de la pente, ou s’ était entraîné à se déplacer sur un plan incliné lois de parcours de psychomotricité. Mais la, il était avec un espace immense, face à lui les montagnes, les forêts, le soleil, le vent, la sensation de l’herbe sous ses pieds, etc. Des perceptions globales permettant de s’ approprier un milieu.
Sur le même registre, mais dans une situation très différente, nous avions passe plusieurs jours à Paris avec les vingt quatre élèves d’ une école rurale, habitués à d’ autres types d’ espaces. Lui aussi avaient étudié des photos de villes. Ils avaient vu des films documentaires, étaient capables de parler de l’ habitat, des transports, etc. Après plusieurs jours passes à vivre et évoluer dans ce milieu, à prendre le métro, se déplacer en ville, leurs premières remarques sur cette expérience furent des impressions sonores, d’ agitation et d’ espace ou la grandeur des bâtiments et la majesté des monuments contrastent avec la foule toujours autour de soi, limitant son environnement proche. Avoir une représentation intellectuelle de la foule c’est une chose, la percevoir sensoriellement en est une autre. Ce vécu permet d’ affiner sa représentation de la notion de grande ville, ou de mieux comprendre le sens des paroles d’une chanson de Piaf.

Découvrir « en vrai » ce que l’ on étudie, que ce soit un tableau une sculpture, un musée, un monument un lieu, une usine, un concert, un opéra côtoyer des artistes, des musiciens des hommes et des femmes exerçant des professions ou des fonctions diverses les sorties scolaires
sont pour moi un enjeu actuel et majeur de l’ enseignement et de I’ éducation.

CRÉER DES PONTS
Amener les enfants à construire et à s approprier des savoirs, c’ est leur apprendre à être capables de trier, d analyser les informations multiples que la société met aujourd’ hui a leur disposition et de créer du lien. Ces très nombreuses informations sont pour une grande part d’entre elles virtuelles vues à la télé, dans des livres, des revues ou par le vecteur de l’informatique.
Les sorties scolaires l’ amènent à créer des ponts avec le réel, pour affiner sa perception, ses connaissances et son sens critique. Cela permet aux élèves de percevoir le décalage qu’il peut y avoir entre l’ image, ce qu’elle montre, la représentation qu’elle suscite et la réalité.
II ne s’agit pas de laisser penser que l’ on ne pourrait étudier une œuvre avec efficacité que si on l’a vue dans un musée. Heureusement que les livres d’ art et cet outil formidable qu’ est internet existent. Mais les sorties scolaires permettent a l’enfant de nourrir ses perceptions et son imaginaire. Ensuite, lorsqu’ il se trouve confronté, par média interposé, à une autre situation, cette expérience qu’ il a vécue lui permet de créer du lien, de relativiser et de construire sa propre représentation.
J’ ai eu l’ occasion de faire travailler des classes avec une chanteuse lyrique. Quand les enfants ont entendu pour la première fois la puissance et la finesse du chant de cet adulte qu’ ils côtoyaient et leur paraissait pourtant ordinaire, ils en étaient physiquement bouche bée. Comment était-ce possible ? Cela paraissait magique. Puis ils se sont habitués et ont travaillé avec elle de manière ordinaire. Mais désormais, cette expérience fait certainement sens lorsqu’ils entendent parler d’opéra, écoutent un disque voient le DVD d’ un concert ou un reportage à la télé. Les relations ont également une place et un rôle important dans les sorties scolaires. Composantes essentielles du savoir vivre ensemble, mais aussi de l’apprentissage des connaissances.

LES RÈGLES DE VIE
Vivre avec les autres enfants et les adultes lors d’une sortie ou d’un séjour, c’est apprendre à les connaitre, dans le cadre d’un environnement différent de celui de I’ école. L’enfant découvre I’ autre, dans une situation nouvelle qui casse certaines habitudes, voire certains codes implicites. II voit, lors d’un piquenique, que certains partagent ses goûts et que d’autres ont des repas très différents. II se rend compte que dans cette situation particulière d’activités, de découvertes et de vie, certains peuvent réagir comme lui, partager ses émotions ses stratégies. Ce changement de contexte peut parfois remettre en cause les logiques habituelles liées à I’ environnement scolaire. Cela permet à I’ enfant de relativiser, de se rendre compte que I’ autre est multiple. Par une translation dans un autre lieu et un autre temps les sorties scolaires replacent également certaines règles de vie en tant que constantes. Elles ne sont pas seulement liées au règlement intérieur d une école sanctuaire, mais
sont une nécessite du vivre ensemble quel que soit le milieu. La relation à l’autre joue aussi un rôle important dans les apprentissages et l’acquisition de connaissances L affectivité et I’ émotion sont des facteurs qui interviennent dans
la construction et la mémorisation. Pour les enfants, le fait de partager avec d’ autres ces moments de vie et de découverte que sont les sorties et séjours scolaires n’ est certainement pas neutre dans la manière dont ils s’approprient ce qu’ils voient. Que ce soit avec un rire pour masquer collectivement la genre et I’ intérêt devant la nudité d’une statue une exclamation face a un monument, ou une photo avec un copain devant un paysage ou une œuvre partagés

UNE ESPÈCE DE TISSAGE
Les sorties scolaires incitent les enseignants et les élèves à se situer dans une démarche de projet. Le mot a été beaucoup utilisé voire galvaudé et parfois vide de son sens. Pourtant, il est essentiel, pour la construction des enfants, qu’ils puissent se projeter, prévoir, imaginer, s’organiser, se confronter à la réalité et analyser ce qui a été vécu, donc acquérir une vision plus globale des apprentissages et des connaissances. Bien qu’ elles ne soient, évidemment pas, le seul vecteur de projets, les sorties scolaires portent en elles cette démarche et amènent à une conception différente du rôle des élevés dans leurs apprentissages. II existe bien entendu des dérives de sorties clés en main, sans
préparation ni suite, dans lesquelles les enfants ne sont qu’objets. Mais, je pense qu’organiser des sorties incite les enseignants à impliquer les élèves dans ce qu’ils vont apprendre et vivre : le prévoir, s’y préparer, travailler en situation, en reparler. Cela amène, de fait, à créer une espèce de tissage entre ce qu’ils savent déjà, ce qui est travaillé en classe avant et après la visite et la sortie elle-même. Créer du lien entre ces différents moments et ces différentes réalités me semble important dans la construction des enfants et dans leur rapport au savoir. Les sorties scolaires ne sont pas qu’une simple illustration ou le fait de rendre plus ludiques et attractives des leçons. Elles sont un temps d’apprentissage et de développement à part entière et, dans le contexte actuel, un véritable enjeu. •

Olivier Ivanoff
Rédacteur en chef des Cahiers de l’animation,
Association nationale des Ceméa

Prise de position En quoi les associations peuvent-elles favoriser
le développement et la qualité des sorties scolaires ?
Les associations d’ éducation populaire
interviennent parfois en tant que prestataires
pour apporter une a de didactique
et de contenu, que ce soit au
cours d ateliers ou dans une sortie. Leur
expertise concernant l’ activité et leur
expérience sur la pratique et les
démarches permettent de créer un
autre rapport a la situation éducative
Cela amené souvent un partenariat
avec l’ enseignant (Cette notion de partenariat éducatif a fait l’objet
d une série d articles dans le numéro 421 des Cahier)

Mais elles peuvent également intervenir
de façon plus indirecte dans l’ expérience,
la réflexion des enseignants, et
influer sur leur pédagogie

Ma pratique d’enseignant et de directeur d’ école a été nourrie à tous les
niveaux par le fait d’ encadrer puis de diriger des séjours d enfants et d ’ adolescents avec diverses associations d’ éducation populaire et de participer

a la formation d animateurs et de directeurs de centres de vacances avec les
Cémea (mouvement d’éducation nouvelle)
Rencontrer et voir évoluer des
enfants dans d autres milieux que celui
de l’ école amené à une vision plus globale
des réalités des potentialités et
des enjeux. En côtoyant des enfants en
centre de vacances qui jouent évoluent
dans un milieu différent pratiquent des activités parfois complexes osent s’intéressent à ce qui les entoure, tout cela
avec plus ou moins de facilité l’enseignant que je suis se posait machinalement la question « Lesquels réussissent a l’ école » J ai été souvent dans l’ impossibilité totale de me faire un avis avec certitude. Et parfois mes préjugés ont été mis à mal lorsque par hasard au détour d une conversation ils parlaient de l’école. Des enfants que j’ aurais pu imaginer bons élèves ne l’étaient pas forcement et inversement

Prévoir une sortie, repérer un itinéraire
sur une carte se renseigner sur la météo,
organiser des menus pour le camping
aller faire les courses en fonction d’un
budget tout cela demande des compétences
de compréhension et de réflexion tout comme a l’ école. Pourtant en fonction du statut du milieu dans lequel se déroulent les activités et des enjeux que l’on induit les enfants peuvent se trouver en réussite ou en échec. Des situations paradoxales à méditer pour un enseignant. L’encadrement de stages d’ animateurs et de directeurs de centres de vacances m’ a également permis de réfléchir en
fonction d un public adulte aux démarches de formation.

Je pense que ces expériences vécues dans le cadre d associations d’ éducation populaire m’ ont incité à considérer
autrement l’univers de la classe ainsi que la place des enfants dans les activités et les situations d’apprentissage
et de vie.

Olivier Ivanoff

Point de vue : Un dispositif à relancer

Les classes de découverte sont en perte de vitesse.
Pourtant les fervents partisans existent, mais ils ont de
plus en plus de mal à se faire entendre, à résister aux
circulaires ou aux opinions défaitistes et
décourageantes.

Qui sont ces enseignants qui organisent
encore des séjours de découverte
 ?
J’ai réalisé deux types d’enquêtes
sur ce thème dans les
Côtes-d’Armor. Sur soixante-et-un
questionnaires récupérés, un peu
plus de la moitié des enseignants
partent en classe de découverte.
Parmi ceux-ci, plus d’hommes que
de femmes. Cette remarque est à
relier au fait que les hommes exercent
surtout en cycle 3, classes qui
partent le plus, les classes de cycle
1 étant celles qui partent le moins.
Si on étudie l’échantillon en fonction
de l’âge, on s’aperçoit que le taux
de départ baisse de manière significative
chez les enseignants plus
jeunes. Cela s’explique sans doute
par la complexité de la mise en
oeuvre de tels projets.

PLUS FACILE DANS LES
GRANDES ÉCOLES
Les classes de découverte sont
plus répandues dans les grandes
écoles. Dans les écoles de plus de
dix classes, les projets sont plus
faciles à mettre en place lorsqu’il y
a deux classes pour un même
niveau. Parmi les obstacles énoncés
figurent en effet la charge de travail
et le poids des démarches administratives.
Lorsqu’un projet de classe
de découverte peut être mis en place
en collaboration avec un collègue
du même niveau, le travail est divisé
par deux.

Les classes des écoles rurales
partent moins que celles des écoles
citadines. Les classes multiniveaux
nettement moins que les classes à
niveau unique. On peut supposer
qu’il est sûrement plus difficile de
trouver un projet commun, qui
répond aux besoins d’enfants d’âges
différents. Les activités que l’on va
proposer doivent être différenciées.
II est difficile, d’un point de vue organisationnel,
de répartir le groupe sur
des activités différentes, car cela pose
le problème de l’encadrement.
Les enseignants qui partent
comme ceux qui ne partent pas estiment
que l’obstacle principal à
l’organisation de voyages est le coût
(difficulté atténuée grâce à l’appui
des associations de parents d’élèves),
suivi de la peur des accidents, puis
de la législation contraignante.

PAS SEULEMENT UNE
RÉCOMPENSE !

Les classes de découverte n’ont
pas lieu uniquement en fin d’année,
quand les programmes sont bouclés,
comme une sorte de récompense du
travail consenti pendant l’année !

Des enseignants font encore le choix
du mois de septembre pour souder
le groupe, notamment en cours
préparatoire.

Le constat est sans appel : le
nombre de classes de découverte
vectrices de motivation pour les
enfants, mais aussi pour les enseignants
et les parents, n’a de cesse
de diminuer. Il convient donc d’imaginer
une politique nécessaire pour
les soutenir et les relancer !

LUDOVIC THORAVAL
Professeur des écoles en Côtes-d’Armor



2013-01-23 1084@CAHIERS_PEDAGOGIQUES
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31/01/2013
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