Paru dans le Bimensuel Les fenêtres sur cours 7 avril 2014
L’école Charles Péguy de Tours : Un autre regard sur l’élève

Olivier Ivanoff, directeur d’école, rédacteur en chef de la revue Les Cahiers de l’Animation -


L’école Charles Péguy à Tours (Indre et Loire) est située dans un quartier populaire. « Les élèves ne font presque jamais aucune sortie culturelle », commente une des enseignantes de l’équipe. Ici il ne s’agit pas de transplanter la classe, mais d’organiser des sorties régulières pour partir à la découverte du patrimoine, pour aller rencontrer des œuvres.


«  La sortie est un point de départ, ou une illustration de ce qui se fait en classe » insiste une autre enseignante (lire pis)-
A l’école Saint-Exupéry de Langon (Gironde), deux instits ont choisi de partir à la découverte des milieux dunaires dans les Landes. Les bénéfices qu’y voient les deux enseignantes sont multiples. « En classe on est dans la modélisation, là on touche au concret », argumentent-elles, mais ce travail permet aussi d’approcher les parents dans un autre contexte. Olivier Ivanoff, journaliste à la revue des CEMEA, insiste sur la dimension du rapport au réel. « Certaines choses n’existent pour beaucoup que sous une forme virtuelle. Les sorties permettent de construire des perceptions visuelles, auditives, sensitives du monde réel ce qui ensuite influe globalement sur l’ensemble de leurs apprentissages », dit-il. Et puis les sorties c’est aussi un moyen de travailler sur le vivre ensemble, de modifier le rapport de l’enfant à l’école, de changer les regards entre maîtres et élèves. Non, elles ne manquent pas les bonnes raisons de sortir l’école hors des murs.

Les classes de découverte sont nées après la seconde guerre mondiale d’abord guidées par des préoccupations hygiénistes II s’agissait alors d’envoyer les enfants des villes au grand air. Ce n’est qu’à partir de 1957 qu’elles se diversifient et qu’apparaissent classes de mer et classes vertes. Mais le grand essor de ces classes transplantées intervient à partir de 1982, à l’initiative d’Alain Savary, alors ministre de l’Éducation nationale : de 51 000 élèves en 1967, on passe à 350 000 en 1982 Un chiffre qui ne fait que gonfler jusqu’en 2002, date de la dernière enquête publiée par le ministère qui fait état de 700 000 départs sort 12,9 % des élèves de primaire.
Plus d’enquête nationale depuis cette date, malgré un rapport remis à Jean-Pierre Raffann en 2004, ce qui semble traduire un désintérêt des pouvoirs publics quant à cet outil pédagogique, désintérêt confirmé sur le terrain par un recul sensible des séjours longue durée.

Un parcours du combattant

Pourquoi cette désaffection ’ Certainement la conjugaison d’un ensemble de facteurs d’autant plus empêchant que l’organisation des classes de découverte reste intimement liée à l’initiative individuelle et à la motivation des enseignants L’intérêt de ces classes, défendu de tout temps par les militants de l’éducation nouvelle, dort toujours être démontré à mesure que grandit la pression sociale pour un recentrage de l’école autour des fondamentaux du lire-écrire-compter.
Et les « bonnes vacances ’ » lancés aux enseignants le jour du départ balisent le chemin qu’il reste à parcourir pour convaincre certains parents Quelques accidents très médiatisés (et très rares) ainsi que la montée d’une psychose collective autour d’affaires de mœurs participent de ce contexte difficile. Pour l’enseignant volontaire, il s’agit déjà d’élaborer un montage financier toujours plus délicat sur fond d’inégalités territoriales et de budgets contraints pour les communes. Puis de compléter un dossier fastidieux exigé par une administration qui semble entraver plutôt que faciliter. Pas de formation initiale ou continue ni d’accompagnement aux projets, des postes des personnels détachés supprimés, peu d’effort de promotion, aucune valorisation pour les enseignants engagés, il semblerait que l’éducation nationale ait entièrement abandonné le terrain aux associations complémentaires qui continuent à se battre pour faire vivre un outil pédagogique sans équivalent. Le rapport de la députée Béatrice Pavy listait en 2004 tous les apports des classes de découverte confrontation des enfants au réel, découverte d’un environnement nouveau, apprentissage des règles de vie collective et renforcement des liens, expérience de la séparation avec la famille, et cerise sur le gâteau, moment de vie heureux destiné à rester gravé dans les mémoires. Pourquoi donc faudrait-il se priver d’une telle richesse ?

« Travailler autrement que dans l’immédiateté »
- Faut-il sortir de la classe pour apprendre ?
Cela me semble encore plus essentiel qu’avant avec le développement des nouvelles technologies. Sortir de l’école permet de créer du lien et créer du vrai. Chaque enfant sait ce qu’est un éléphant mais combien en ont vu un « pour de vrai » ? Certaines choses, qui nous paraissent évidentes, n’existent pour beaucoup d’enfants que sous une forme virtuelle. Les sorties permettent de construire des perceptions visuelles, auditives, sensitives du monde réel, ce qui est ensuite réinvesti dans d’autres situations et influe globalement sur l’ensemble de leurs apprentissages. L’autre aspect important est le développement des compétences psychosociales et du vivre ensemble. Beaucoup d’enfants sortent de moins en moins de chez eux.
Les règles de vie, le rapport à l’autre, les consignes que l’on expérimente lors des sorties ne sont pas les mêmes qu’à l’école.

Pourquoi est-ce devenu compliqué de sortir de l’école ?

En dehors de l’incontournable problème de financement, beaucoup d’obstacles se dressent sur la route des enseignants qui veulent organiser des sorties. Ils ne sont pas spécifiquement liés à l’institution mais plutôt à des évolutions sociales. La judiciarisation de notre société fait qu’il faut se prémunir de chaque problème éventuel pour éviter des plaintes. De plus, il y a une médiatisation de chaque fait survenu en collectivité d’enfants alors que ces lieux sont statistiquement bien plus sûrs que les familles. Ce climat génère une lourdeur administrative accrue et alimente la crainte de certains parents de laisser partir leurs enfants même pour une courte période.

Malgré cela, les CEMEA restent partisans des sorties scolaires ?

Oui, car la globalité des sorties permet de développer une logique de projet que nous défendons. Il y a un avant, un pendant, un après la sortie qui permettent de travailler autrement que dans l’immédiateté. Les CEMEA, mouvement d’éducation nouvelle, ont un « secteur école » militant pour des démarches actives d’apprentissage. L’association est également investie dans la formation des animateurs pour les temps de loisirs et le péri-scolaire, qui prend de l’ampleur avec les nouveaux rythmes. Nos publications rédigées par des militants de terrain permettent des échanges d’expériences.



2014-04-08 1693@FENETRES_SUR_COURS
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08/04/2014
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