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  • Hommage à Jean Zay : Avant propos, préface et postface du dossier VEN "Jean Zay, toujours actuel ?"
    Jean-Luc Cazaillon Directeur général des Ceméa - Antoine Prost Historien Président des Amis de Jean Zay -

    Je me réjouis de l’hommage que la revue Vers l’Éducation nouvelle rend à Jean Zay en
    publiant les actes de la journée d’études du 14 juin 2013 organisée par les Amis de Jean Zay.
    Depuis bientôt quatre-vingts ans, les Ceméa mettent en oeuvre leur projet « en contact
    étroit avec la réalité ». Ce principe exprimé par leur fondatrice Gisèle de Failly, formalise
    une volonté qui fut de tous temps la nôtre : percevoir les besoins de notre société
    pour concevoir et proposer des formes d’intervention éducatives novatrices, adaptées
    aux contextes mais agissant comme autant de leviers de la transformation sociale.
    Cette ambition folle de miser sur l’éducation pour transformer la société, nous avons choisi
    de la porter à travers l’action de formation.


     Avant Propos

    Former pour transformer les pratiques pédagogiques fait donc partie des ambitions
    fondatrices de notre mouvement. En 1936, quand elle parle des motivations qui donneront
    naissance aux Ceméa, Gisèle de Failly dit à propos des colonies de vacances : « Et puis
    nos surveillantes ne savaient rien, n’avaient aucune idée. Une seule savait un peu faire
    chanter et jouer les enfants. Si on pouvait les préparer à ce travail, les informer… alors là,
    ce serait formidable ! Et si l’on s’adressait à des enseignants, à des instituteurs, alors
    on transformerait l’école. » Les enjeux sont posés !

    1936. Jean Zay est alors ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts. Une des caractéristiques
    du système éducatif qu’il déplorait le plus était celle qui occasionnait
    la perte, pour la République, « de sujets précieux, travailleurs et “doués“, qui, faute d’argent,
    ne pouvaient accéder à des postes où ils auraient pu donner le meilleur d’eux-mêmes ».
    Son grand projet de réforme du système éducatif partait de la conviction que la vertu,
    les capacités intellectuelles n’étaient pas l’apanage des classes aisées, que la société avait
    tout à gagner à accorder le maximum de chances à tous, ainsi qu’à former au mieux le plus
    grand nombre. Il faut aussi replacer son action dans celle du gouvernement du Front
    populaire, qui avait pour intention d’étendre jusqu’aux « classes laborieuses » une vie bien
    meilleure. Pour Jean Zay, cela passait par la culture, l’instruction et les loisirs (les « congés
    payés »). C’est aussi Jean Zay qui arrêtera les procédures engagées visant alors à supprimer
    l’école du Pioulier de Célestin Freinet.

    Quand l’idée d’une formation des surveillants de colonies de vacances impulsée par
    Gisèle de Failly, soutenue par Léo Lagrange (secrétaire d’État du ministre de la Santé) et
    Henri Seillier (ministre de la Santé), arrive à Jean Zay, il signe une circulaire adressée
    aux inspecteurs d’Académie et aux directeurs d’École normale leur ordonnant d’accueillir
    avec bienveillance les demandes qui leur seraient adressées par les instituteurs pour
    participer au premier « centre d’entraînement pour les surveillants de colonies de vacances
    à Beaurecueil du 25 mars au 2 avril 1937 ».

    Dans cette rencontre entre un ministre de l’Éducation visionnaire et une militante de
    l’Éducation nouvelle nous reconnaissons nos racines. La convergence des valeurs, la force
    des convictions, la réussite de ce premier « stage » donneront naissance aux Ceméa en
    1944. À la veille d’un congrès national tourné vers notre devenir, il est bon de nous rappeler
    d’où nous venons et à qui nous le devons.

     Préface

    Préface : la pédagogie jean Zay
    Ministre du Front populaire, Jean Zay entendait rendre plus démocratique notre
    système éducatif. C’était l’ambition affichée par le projet de réforme qu’il a présenté
    en mars 1937. On en connaît les grandes lignes : aux deux ordres parallèles destinés
    respectivement à la bourgeoisie et au peuple, il substituait une organisation en étapes
    successives, avec un premier degré fusionnant les petites classes du secondaire et
    les écoles primaires, suivi d’un second degré unissant les classes et écoles primaires
    supérieures aux établissements secondaires, lycées et collèges. Au seuil de ce second
    degré, une classe de sixième d’orientation devait permettre d’identifier les goûts et les
    aptitudes des élèves pour les diriger vers la filière classique, moderne ou technique qui
    leur conviendrait le mieux.

    Comme les réformateurs de son époque, lorsque les statistiques
    scolaires étaient rudimentaires et la sociologie dans l’enfance, Jean Zay attribuait en effet
    les inégalités scolaires aux aptitudes des élèves, sans voir le rôle du milieu social dans
    leur construction. Pour lui, une école fondée sur le mérite et les aptitudes cessait d’être
    une école de classe. Dès lors que l’orientation se ferait sur des critères objectifs, et non
    sur les seuls choix des familles, les filières « nobles » du secondaire ne seraient plus
    réservées aux héritiers et à quelques boursiers, mais elles s’ouvriraient aux enfants du
    peuple. La République instituerait ainsi l’égalité des chances devant l’école.

    Cette réforme a fini par se réaliser, dans un contexte très différent, et la démocratisation
    de l’enseignement a certes progressé, mais pour de toutes autres raisons : la
    prolongation massive des scolarités a de fait élevé le niveau de formation de l’ensemble
    de la population et réduit l’écart relatif entre les milieux sociaux. Mais ni la gratuité du
    secondaire, décidée en 1930, ni les réformes de structure, préconisées par Jean Zay et
    réalisées dans les années 1960, ne sont parvenues à ouvrir véritablement les filières les
    plus prestigieuses aux élèves issus des milieux dits « défavorisés ». Cinquante ans plus
    tard, les enquêtes PISA démontrent au contraire que les inégalités se creusent au sein
    de notre système éducatif et en font l’un des moins démocratiques d’Europe.

    L’explication de ce qu’il faut bien appeler un échec tient à deux facteurs d’ailleurs liés.
    En premier lieu, la gestion des collèges et lycées a, sauf exceptions remarquables,
    privilégié les élèves favorisés. Un exemple spectaculaire en est le naufrage rapide de
    la pédagogie de soutien qui était pour René Haby le complément nécessaire des classes
    hétérogènes, mais il en est beaucoup d’autres, en particulier la multiplication des
    options. S’occuper vraiment des mauvais élèves n’est guère gratifiant : leurs parents ne
    harcèlent pas les chefs d’établissements et les professeurs ne se battent pas pour avoir
    les mauvaises classes. C’est triste à dire, mais c’est la logique du système, et il faudrait
    une volonté rare pour la retourner. Le second facteur est l’attachement des professeurs

    À cette condamnation du cours magistral répond la création des activités dirigées,
    auxquelles trois heures hebdomadaires sont dévolues dans le premier degré, mais Jean Zay
    ne va pas jusqu’à proposer de fonder tout l’enseignement sur cette démarche. « Nous serons
    assez loin des formules qui font tout reposer sur le libre choix de l’enfant. » Il approuve
    certes que l’on parte des intérêts des élèves et il souhaite que les maîtres les suscitent mais
    l’essentiel reste le travail des élèves, quels que soient les moyens employés pour l’organiser.
    « On ne possède effectivement que ce qu’on met en oeuvre. De là l’importance des exercices
    dans une pédagogie active... » Ce principe de bon sens oblige à prendre en compte la diversité
    des intérêts et des niveaux ; aussi Jean Zay est-il conduit à préconiser la constitution
    de petites équipes d’élèves qui constitueraient autant de « centres de travail collectif ».

    Bien d’autres traits de cette pédagogie mériteraient d’être mis en valeur. On retiendra
    seulement, pour conclure, son ouverture, sa largeur d’esprit. Rien de ce qui est humain ne
    lui est étranger. Il veut que l’école ne laisse en jachère aucun domaine : il développe
    l’éducation physique et sportive, comme l’enseignement artistique ou les travaux manuels.
    L’intelligence, dont il a le culte, ne se réduit pas à celle des lettres et des sciences : c’est
    une compréhension du monde, comme des situations et des comportements individuels
    ou sociaux. Aussi l’école est-elle pour lui une institution éducative au sens plein et entier :
    elle forme le caractère et la volonté, aussi bien que le civisme. C’est une école de moralité,
    « sans que le professeur se mêle de moraliser », parce qu’elle apprend « la nécessité indispensable
    du travail, non seulement du travail attrayant et aisé, mais du travail austère et
    pénible. » On retrouve ici l’humanisme, un humanisme à la fois totalement en prise sur
    le monde actuel et fidèle à la tradition.

    Que ces conceptions pédagogiques restent d’actualité était notre hypothèse de départ.
    Et nous avons cherché à la valider en passant en revue les principaux chantiers ouverts
    par Jean Zay : la classe de fin d’études primaires, la classe d’orientation, les activités
    dirigées, l’éducation physique, l’enseignement du français et en croisant sur ces thèmes
    les regards des historiens et ceux des mouvements pédagogiques confrontés aux réalités
    d’aujourd’hui. L’exercice était inhabituel, mais il méritait d’être tenté : les historiens ne sont
    point qualifiés pour dire l’actualité d’une pensée ou d’une politique. C’est aux militants
    qui oeuvrent à définir des pédagogies efficaces de dire l’écho que conserve ou non
    l’impulsion déjà lointaine du Front populaire.

    Antoine Prost
    Historien
    Président des Amis de Jean Zay

     Postface : L’actualité de la pensée pédagogique de Jean Zay

    « Dans le domaine proprement pédagogique l’organisation des “loisirs ou activités
    dirigées” constitua la principale nouveauté. Le samedi après-midi fut réservé à une
    classe dans laquelle il serait fait appel de cent manières à l’activité spontanée de l’élève.
    Il s’agissait d’éveiller ses aptitudes ou ses dons, de favoriser ses goûts les plus sains,
    de le préparer à la vie, bref de rendre l’enseignement plus vivant. » (p.283, Souvenirs
    et solitude, ed. Belin, 2010).

    Ce texte écrit par Jean Zay, le 13 mars 1942, dans la solitude de la prison, frappe par
    sa modernité, son actualité. Il est nouveau dans les années 1936, voire révolutionnaire
    de placer les loisirs dans le champ de la pédagogie, de situer les activités dirigées dans
    les temps de loisir. Même si le terme de « péri-scolaire » n’y apparaît pas, la conception
    de loisirs liés à l’école et à son organisation est, comme le souligne Jean Zay,
    radicalement nouvelle en 1938.

    Cette idée de la complémentarité des loisirs et de l’école, effacée pendant la Seconde
    Guerre mondiale, est réapparue fortement dans les années 1945-1950, avec
    les « classes nouvelles » voulues par Gustave Monod et Louis Cros, puis avec
    les expériences de « tiers-temps pédagogique », enfin dans la création, dans les années
    1975, des Centres de loisirs associés à l’école (CLAE) pour les « écoles ouvertes » créées
    dans une centaine de villes nouvelles. Les idées pédagogiques de Jean Zay ont donc
    cheminé par « à-coups », sans d’ailleurs que ce grand ministre ait été cité, ce qui advient
    souvent des conceptions novatrices de l’éducation et de l’école.

    Cette idée nouvelle est-elle d’actualité en 2013 ?
    La refondation de l’école de la République voulue par Vincent Peillon dès 2012
    comporte, sous le terme par trop englobant de « réforme des rythmes scolaires »
    la volonté de redonner sens aux activités de loisirs conçues comme complément
    nécessaire aux apprentissages fondamentaux mis en place par l’école élémentaire,
    elle-même redevenue première priorité.

    Même si les communes peinent à reconnaître la valeur éducative des activités de loisirs
    ou du moins hésitent à les organiser pour que tous les élèves puissent en bénéficier,
    personne ne conteste que les loisirs consacrés aux activités sportives, aux activités
    culturelles (le chant, la musique, la danse, l’art dramatique, les arts plastiques,
    les activités manuelles) soient nécessaires à l’épanouissement des enfants et à leur éducation.

    Pour revenir à l’actualité de la pensée pédagogique de Jean Zay, il faut considérer
    l’ensemble des communications de cette journée d’étude : les dialogues entre historiens et
    responsables de mouvements pédagogiques ont démontré à l’envi combien, sous plusieurs
    aspects, cette pensée était actuelle et moderne.

    « Avec les activités dirigées, nous sommes vraiment chez nous ! » s’est écriée Myriam Fritz-
    Legendre, représentant les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (mieux
    connus sous le sigle Ceméa). Et Catherine Chabrun, responsable de l’Icem-pédagogie
    Freinet, a émaillé son propos de textes de Freinet encourageant la « réforme » engagée par
    Jean Zay.

    La naissance des Ceméa, au reste, est marquée par un geste important : le ministre décide
    avec sa collaboratrice Cécile Brunschwicg d’inviter les instituteurs à s’entraîner à la
    pratique des méthodes actives en s’inscrivant et en participant à un stage où les pratiques
    du chant collectif et des jeux sportifs ou encore des jeux dramatiques alterneront avec
    des propos sur les besoins et les intérêts des enfants, la valeur éducative de la vie
    quotidienne, l’étude des milieux… Ce sera le stage de Beaurecueil. Le succès fut tel que
    Gisèle de Failly, alors responsable de l’association « L’hygiène par l’exemple », décida, avec
    l’aide d’André Lefèvre, responsable national des Éclaireurs de France de poursuivre cette
    action en fondant une nouvelle association, les Ceméa, chargée par le ministère de
    l’Éducation nationale de former les cadres des colonies de vacances et, ce faisant, d’étendre
    la pratique des méthodes actives aux loisirs liés à l’école, dans l’école et autour d’elle.

    Les Ceméa, n’oubliant pas leur propre genèse, ont donc décidé de publier les actes de la
    journée d’études organisée par l’association des Amis de Jean Zay.

    Cette conjonction devrait constituer un hommage à l’oeuvre pédagogique de cet immense
    ministre qui mourut assassiné par la milice de Vichy en 1944. Cet hommage peut paraître
    bien mince si on le compare à l’entrée au Panthéon de Jean Zay qui aura lieu en 2015. Mais
    il vient d’historiens et de responsables de mouvements pédagogiques fidèles à la pensée de
    Jean Zay qui ont voulu participer au travail si intéressant et si sérieux de cette journée
    d’études. Que les uns et les autres en soient vivement remerciés.

    Francine Best
    Présidente d’honneur des Ceméa,
    Vice-présidente des Amis de Jean Zay


    29/04/2015




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