- Libération Le 31 Mars 2016
Il faut en finir avec la psychiatrie fondée sur la contention
Par le Collectif des 39 : Dominique Besnard, Philippe Bichon, Hervé Bokobza, Dominique Damour, Yves Gigou, Paul Machto…

Les abus constatés
récemment par Adeline
Hazan, la Contrôleuse
générale des lieux de
privation de libertés, à
l’hôpital psychiatrique
de Bourg-en-Bresse,
traduit une destruction
générale, lente et
progressive des soins en
psychiatrie en France, au
nom de l’efficacité
économique et de la
rigueur budgétaire.


« Nous n’avions jamais vu cela », déclare la contrôleuse générale
des lieux de privation de liberté,
Madame Adeline Hazan,
dénonçant : « Des pratiques
centralisées, honteuses, et
choquantes. »
En France, en 2016,
dans un hôpital psychiatrique
ordinaire de l’Ain, des patients
sont enfermés, sanglés,
dépourvus de tout espace de
liberté, abandonnés, maltraités. « Je suis sidérée que l’Agence
régionale de santé, que la Haute
Autorité de santé, que les
différentes commissions
départementales, toutes ces
structures qui sont venues ces
dernières années, voire pour
certaines ces dernières semaines,
n’aient pas observé ce que notre
mission a vu. Et qu’elles n’aient
en tout cas pas réagi. Cela me
laisse sans voix. »

Les médecins de cet hôpital et les
universitaires qui les ont formés,
les directeurs de cet hôpital et
l’ARS, les experts de l’HAS
(Haute Autorité de santé) et le
directeur de l’HAS portent une
lourde responsabilité dans
l’assujettissement massif et
systématique des patients de cet
hôpital par le corps
soignant. Comment a-t-on pu
transformer un lieu de soins en
lieu de détention voire de
tortures, comment les
responsables médicaux et
administratifs de cet hôpital
continuent-ils de minimiser cette
enquête ? Hélas, la banalisation
d’actes inacceptables, la
soumission ou l’indifférence
envahissent petit à petit un grand
nombre d’équipes de soins.

Car ce scandale de Bourg-en-
Bresse n’est pas un
épiphénomène : il traduit une
destruction lente et progressive
des soins en psychiatrie dénoncée
dès 2003 lors des Etats généraux
de la psychiatrie. Nous n’avons eu
de cesse, depuis, de dénoncer le
fait que sous l’appellation
« qualité », et guidés par la
novlangue inventée par l’HAS qui
l’accompagne, nous voyons
prospérer un ensemble de
termes, d’indicateurs et de
chiffres permettant de quantifier
et d’évaluer le soin, pour le
soumettre à une logique
marchande et sécuritaire. Cette
« démarche qualité » expulse les
soignants de leur fonction
première : accueillir, écouter,
accompagner chaque personne
souffrante de la manière la plus
singulière possible, en lui
proposant des soins adaptés à son
histoire, ses attentes, son
contexte sociofamilial, ses
possibilités d’appréhender sa
pathologie.

Cette logique autorise
l’aveuglement dont s’émeut
Mme Hazan ; pire encore, elle
institue la violence : peur des
patients, peur de l’engagement
dans la relation
thérapeutique ! Cette logique
prônée par l’HAS et la plupart des
universitaires s’adosse à une
formation au rabais, où le DSM [1] règne en maître, privant les
psychiatres d’une conception
complexe de la pathologie
mentale, une formation si
réductrice qu’elle ne permet plus
un minimum d’élaboration
réflexive et critique sur des
pratiques protocolisées, de plus
en plus standardisées et donc de
plus en plus inhumaines.

Que dire alors de la formation des
infirmiers ! L’allégement est
remarquable : le diplôme
nécessitant trois ans d’études est
devenu une initiation à la
psychiatrie de quelques
semaines. Qui plus est la logique
économique et managériale
propose des moyens restreints :
comment s’étonner alors de
l’abandon inexorable de la
dimension collective des soins
renforçant la solitude et le
dénuement des infirmiers et des
travailleurs au plus proche du
quotidien, de ce que vivent et
ressentent les patients ?

La destruction avance à marche
forcée. La nouvelle étape, les
GHT (groupement hospitalier de
territoires) entérinés dans la
dernière loi de Santé dans le but
évident de continuer les coupes
budgétaires drastiques, va, sous
prétexte de modernisation,
restructurer l’ensemble du tissu
hospitalier et quasiment interdire
que des équipes de soin qui
continuent de résister jusqu’alors
puissent poursuivre leur projet.
Elles ne pourront plus effectuer
leur travail de proximité et de
continuité avec les patients et les
familles car elles se heurteront au
sein des GHT à des monstres
bureaucratiques.
Dès le mois de septembre 2015, le
Collectif des 39* lançait un
appel : « Non à la contention. La
sangle qui attache tue le lien
humain qui soigne. Nous
l’affirmons : Ces actes ne
soignent pas… Les patients qui
les ont subies en témoignent
régulièrement, elles produisent
un traumatisme à jamais ancré
dans leur chair et dans leur
coeur. Dire non aux sangles qui
font mal, qui font hurler, qui
effraient plus que tout, c’est dire
oui : C’est dire oui à un minimum
de fraternité. »
Près de 9000 personnes ont déjà
signé cet appel.

La Fnapsy (fédération
d’association de patients) espère
que ces pratiques d’un autre âge
n’auront plus cours ; Humapsy
(association de patients) n’a de
cesse de les condamner ; l’Unafam
(association de parents) les
dénonce et parle de la peur des
parents que leurs proches soient
encore plus maltraités s’ils se
plaignent ! Santé mentale France
déclare « que cette politique […] a
produit une déresponsabilisation
des soignants, une démotivation
et un sentiment de
bureaucratisation allant souvent
à l’encontre d’une véritable
qualité des soins. Et qu’elle a
permis le retour des mesures de
contention qui avaient
globalement disparu. »

Nous appelons toutes les
personnes concernées : soignants,
patients, familles, personnels
administratifs, citoyens, à mettre
au centre d’une grande action
commune le thème
suivant : « Stop ! Il faut cesser les
pratiques de contention physique
dans notre pays »
. Il est grand
temps de poser des actes qui
bloqueront une régression
majeure hélas déjà en oeuvre afin
de refonder la psychiatrie.

Par le Collectif des 39 : Dominique
Besnard, Philippe Bichon, Hervé Bokobza,
Dominique Damour, Yves Gigou, Paul
Machto…


04/04/2016


Notes :

[1DSM : de l’anglais Diagnostic and
Statistical Manual of Mental Disorders) ou
Manuel diagnostique et statistique des
troubles mentaux mis au point par
l’Association Américaine de Psychiatrie.




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