Festival international du film d’éducation
Le cinéma pour "voir ce que l’éducation ne voit pas"
Article paru sur le site de ToutEduc le 08 décembre 2017

"Ce qui protège, c’est la fiction." Alice Fargier est réalisatrice. Son film, "Le Mur et l’eau", a reçu le grand prix du festival international du film d’éducation en 2015, elle a présidé le jury en 2016, et c’est là qu’est née l’idée d’une "master class" de cinéma, organisée en amont de l’édition de cette année, sur 4 jours à Eu pendant les vacances de la Toussaint. Elle a réuni, autour du thème "addictions", une douzaine de jeunes dans l’auberge de jeunesse d’Eu (Seine-Maritime). Julia est en 3ème, et, interrogée par ToutEduc, elle dit combien elle s’est sentie concernée. "On peut tous être touchés, on connaît toujours quelqu’un qui...". Avec ses amies Héloïse et Charlotte, elles ont choisi d’évoquer les drogues avec une métaphore, celle du "papier bulle", et ont raconté l’histoire d’une jeune fille de leur âge, enfermée dans "la bulle" de ses addictions, qui connaît l’angoisse du manque, et que ses camarades doivent aider à sortir de sa solitude. Arthur et Rudolf, la vingtaine, en service civique, ont évoqué plus crûment les attraits des toxiques, les overdoses, les affres du sevrage, le caractère suicidaire des toxicomanes. "Nous avons voulu porter un autre message que celui des campagnes de prévention, moralisatrices, et parler plutôt de réduction des risques, y compris quand les produits ne sont pas illégaux, du côté agréable de la consommation, de la maladie qu’est le manque, sans porter de jugement moral."

Au total, après une journée de présentation des outils, une journée d’écriture de scénario, une journée de tournage, une encore de montage, ont été produits quatre petits films de 3 minutes. "Maintenant, quand on regarde un film, on voit le travail qu’il y a derrière", commente Charlotte, et Rudolf ajoute, "on en avait déjà une idée, mais nous avons à présent des mots à poser dessus. De plus, la mise en œuvre des principes de l’éducation populaire nous a beaucoup plu ; malgré les différences d’âge et de projet, nous avons réellement coopéré, tandis que les professionnels répondaient à nos demandes de conseils sans anticiper, en respectant notre autonomie." Et quand Alice Fargier précise que la fiction leur a permis de se découvrir sans crainte, elle ne pense évidemment pas seulement aux regards des parents ou de la police.

Les mots d’autres ados pour se reconnaître

Les réalisations ont été présentées au public du festival hier 7 décembre, de même qu’une sélection de "Mots d’ados". Cet autre dispositif a également été conçu lors de l’édition 2016 du festival. Irvin Anneix, lui aussi réalisateur, y a rencontré Matteo, Ferdinand, Antoine, Fiona, élèves de l’option cinéma du lycée Senghor d’Evreux. Il avait commencé à recueillir des lettres et des écrits de ses amis lorsqu’ils étaient adolescents, et il leur a proposé de les lire à voix haute. Impressionné par l’émotion qui les étreint quand ils se saisissent des mots de leurs alter ego, il a inventé un mode de production avec une caméra et un décor neutre, d’abord installé au Centre Pompidou, puis dans son ancien lycée à Rennes, puis partout où des jeunes ont accepté d’être filmés découvrant et lisant les textes d’autres jeunes qui parlent de harcèlement, d’homophobie, de souffrance...

Ils sont bouleversés, comme cette jeune fille qui s’arrête soudain et pleure quand elle bute sur la phrase "J’ai tenté de t’alerter, maman, et tu n’as rien entendu". Le cinéaste est revenu à Evreux quelques jours avant le festival, il a filmé Matteo et les autres. Pour Fiona, c’était l’occasion de se rassurer, de savoir qu’elle n’est pas seule à vivre ses angoisses, et de répondre à la question "est-ce que je suis normale ?". Pour les garçons, c’est aussi toucher du doigt la violence de la société dans laquelle ils vivent, et de confirmer un engagement politique pour davantage d’empathie, de tolérance. Ils se rendent compte qu’ils ont appris, lorsqu’ils sont passés de l’école où la vie était plus douce au collège avec ses moqueries, à se fabriquer un masque, à dissimuler leur mal-être, et soudain, en regardant les images de leurs copains et les mots de ces inconnus, si loin d’eux, ils se sont découvert mutuellement leurs fragilités. "J’ai vu ce que l’éducation, et pas seulement l’Education nationale, ne voit pas", nous dit l’un d’eux.

Ces deux dispositifs, expérimentés cette année pourraient être développés l’an prochain dans le cadre de la prochaine édition du festival du film d’éducation d’Evreux.


11/12/2017




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