Une grande Dame de l’Éducation Nouvelle s’en est allée

Une grande dame, une grande pédagogue s’en est allée…
Francine Best laisse de nombreux travaux et réflexions qui continueront de guider l’action des militants et militantes de l’éducation nouvelle.

Les Ceméa ont appris le décès de Francine Best, ils sont tristes. Pour beaucoup de leur membres, enseignant·e ou non, Francine a été la théoricienne des pédagogies d’éveil et de l’Éducation Nouvelle qu’elle présentait à partir de cinq grandes thématiques : valeur de l’enfance, activité, milieu, le corps propre et la liberté. Les mouvements pédagogiques en général et, les Ceméa en particulier, lui doivent énormément.

Pour ne prendre qu’un détail, elle leur a ouvert les portes de la revue « Repère » de l’INRP qu’elle dirigea. « Les Ceméa lui doivent une belle page de leur histoire, de leur qualité et activités pédagogiques », reconnait Jacques Demeulier, ancien directeur général des Ceméa.

Elle rencontre les Ceméa en Normandie à l’occasion de l’encadrement d’un centre de vacances à Houlgate puis, enthousiasmée par les idées et les pratiques pédagogiques qu’elle découvre, elle devient instructrice non permanente des Ceméa en Basse-Normandie en 1951. Elle encadre alors de nombreuses sessions de formation, dont les stages de formation musicale avec W. Lemit et H. Goldenbaum, qui favorisent son ancrage dans les méthodes d’éducation active. Elle y rencontre la fondatrice des Ceméa, Gisèle de Failly, dont elle devient très proche, à l’occasion du premier congrès à Caen en 1957.

Au début des années 70, à cette époque d’effervescence sociopolitique, la création de la Ville nouvelle d’Hérouville St Clair devint pour Francine, une occasion d’appliquer, à taille réelle, des réponses à la question : quelle éducation pour quelle société ? Adjointe à la Mairie d’Hérouville, cette agglomération lui doit, entre autres, les « écoles ouvertes » la création d’un collège et un lycée expérimental. Cette « ville nouvelle » était devenue, pour les Ceméa, un formidable lieu d’expérimentation de leurs conceptions du périscolaire, de la place de l’enfant dans les aménagements des quartiers, de l’animation socioculturelle et de la vie multiculturelle dans la cité.

Elle était de celles qui affirmait haut et fort que le cœur d’une société réside dans son action éducative, qui se doit d’être ouverte à toutes et à tous. « Elle était de celle qui contribue à créer une société plus humaniste, une vraie gageure par les temps qui courent. Il faut voir avec quelle passion, elle défendait l’idée d’une école de la République », raconte Alfredo Ferruella, militant du mouvement.

Pour les militants et les militantes de la troisième génération des Ceméa, elle a été la présidente du congrès de Strasbourg où s’initia la phase de professionnalisation massive de ce mouvement et où la laïcité intégra, de façon plus formelle, « les principes qui guident leur action ».
Ses écrits et ses engagements ont généré des vocations. Militante de l’Éducation et plus particulièrement de l’Éducation Nouvelle, elle a croisé de nombreuses personnes, participé à de multiple événements, organisés par les uns ou les autres. La lecture de ses écrits sur l’activité « L’activité est la succession d’actions qui est fondée sur un besoin, qui répond à un intérêt, qui est déclenchée par un choix, qui a fait l’objet d’un projet ouvert qui se déroule par opérations fonctionnelles, qui constitue une expérience personnelle qui donne lieu à une réflexion et permet d’atteindre un ou plusieurs objectifs : expression de soi, découverture du monde, réalisation de connaissance sur du pouvoir, communication avec les autres  » a eu un impact important dans le parcours des jeunes militants et militantes de l’Éducation.

Femme de conviction, elle a marqué des carrières d’enseignant·es, des parcours de militant·es. Par ses ouvrages, ses conférences, ses apports mais aussi par sa grande simplicité et son immense humanité. Encore récemment, beaucoup restaient impressionné·es par ses interventions pertinentes et éclairantes lors d’assemblées générales ou lors des Biennales de l’éducation nouvelle de Poitiers conduites il y a moins de 5 ans. Francine a d’ailleurs soutenu avec force et énergie la création de Convergence(s), réunissant autour d’un projet commun des mouvements chers à son cœur. Elle voyait dans cette initiative la force renouvelée de l’Éducation Nouvelle.

Les Ceméa ont reçu de nombreux témoignages de leurs membres lui rendant un hommage sincère et chaleureux : des anciens directeurs généraux, des anciens et anciennes présidentes, des permanentes et des permanents en poste ou la retraite, mais aussi et surtout des militants et militantes du quotidien.

Marie Richard, ancienne présidente des Ceméa : « Francine m’avait accompagnée avec bienveillance dans mes premiers pas de Présidente des Ceméa ; cette charge, je l’avais acceptée pour Francine et pour l’image des Ceméa qu’elle m’avait donnée »

Jean-Luc Cazaillon, ancien directeur général des Ceméa : « Si le patrimoine pédagogique laissé par Francine est immense, rien ne saurait remplacer la malice de ses regards, la chaleur de sa voix et les instants volés autour d’une cigarette partagée ».

Nous lui devons beaucoup, et nous invitons le plus grand nombre à découvrir ou à redécouvrir ses écrits pédagogiques qui restent profondément actuels et pertinents pour toutes actions éducatives :

• Best, Francine (1984), Pour une pédagogie de l’Eveil, Paris, Armand Colin.
L’activité est fonctionnelle et opératoire, elle possède une philosophie qui se caractérise par l’existence d’un projet et par la mise en agir d’une expérience personnelle.

• Il est important de parler aux jeunes enfants, et de leur proposer des situations qui vont leur permettre de découvrir leur corps, d’exprimer leurs émotions… C’est dans ce contexte que l’on doit réfléchir la question des écrans et de la société de l’image et du numérique… Ne pas aller trop vite vers l’abstraction… Jeunes enfants et Société de l’image

• En 2015, pour le congrès des Ceméa à Grenoble, elle s’était prêtée au jeu des questionsdans le cadre de travaux menés sur la laïcité


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