BAFACM et vice versa - cahiers de l’Animation n°75

À la lumière de l’histoire de l’Éducation populaire, on constate
que l’animation volontaire s’est organisée dans un même
mouvement et un même élan à mesure que se développaient
les centres de vacances et de loisirs, désormais accueils collectifs de mineurs
(ACM). L’évolution de ce secteur oblige aujourd’hui à penser plus encore la relation entre
animation volontaire et animation professionnelle.

Aujourd’hui
quasiment
plus qu’hier,
les ACM
n’existent
que dans
un maillage
fort et
générique,
entre
animation
volontaire
et animation
professionnelle.
Ainsi dans
la formation
Bafa, le stage
pratique est
sous la responsabilité
du
directeur de
la structure,
lequel est très
majoritairement
un professionnel
de
l’animation.

Nous avons déjà dit, dans ces colonnes, que
les ACM, dans la forme déterminée par leur histoire, ne
pouvaient exister que dans la même dynamique que
celle de l’animation volontaire. L’affirmation valant
d’ailleurs par son contraire. Non que « l’animation professionnelle
 » soit étrangère au phénomène, mais parce
que sa place n’y est pas de même nature. Il est étrange
que l’expression « animation volontaire » fonctionne de
façon autonome, au contraire de celle d’« animation
professionnelle ». En effet, quand, au hasard des
conversations, on évoque les animateurs « volontaires »,
implicitement, on parle quasiment toujours d’animateurs
Bafa. Et voilà une fonction, une responsabilité, une
façon d’entrer dans la vie sociale qui se définit par sa
formation ! Comme si on pouvait dire : « Tiens, ce matin
j’ai amené ma voiture chez mon garagiste CAP ou mon
garagiste Bac pro ». Au-delà de la boutade, on peut y
voir une autre réalité.

LES PARTICULARITÉS DU BAFA

Le Bafa est en effet une formation particulière, pour de
multiples raisons. Diplôme non professionnel, il valide
une démarche d’animation volontaire, totalement liée
aux principes et aux valeurs de l’Éducation populaire,
sans jamais y faire référence dans ses attendus réglementaires.
Rappelons-nous que les diplômes de l’animation
professionnelle font eux, explicitement référence
à l’Éducation populaire. Autre particularité, c’est spécifiquement
une formation en alternance, dont l’axe fort,
pour ainsi dire « le juge de paix » reste le stage pratique,
confrontation au réel, temps fort de la formation pour
le stagiaire, en même temps que dynamisation des pratiques
sur le terrain, soutien quasi logistique de l’augmentation
du nombre des participants sur les temps
de vacances scolaires et temps fort du travail et de
la responsabilité des directeurs de structures, chargés
de cette formation, à ce moment-là.
Dernière particularité, en tous cas en ce qui concerne
notre propos, c’est une formation courte, pour
un temps de pratique sur le terrain qui s’amenuise
(de 3 ans de durée moyenne d’activités dans les années
1980 et 1990, à moins de 18 mois actuellement), et qui
laisse des traces indélébiles dans les mémoires, autant
pour la personne qui l’aura suivie, que pour les structures
qui auront bénéficié de l’apport de cette animation
volontaire. Vu sous l’angle de ce qui précède, les ACM
ne vaudraient que par l’activité des animateurs
(et, même s’ils sont de moins en moins nombreux) des
directeurs « volontaires » ? Ce serait un déni de réalité !

UN LIEN ÉTROIT ENTRE
VOLONTAIRES ET PROFESSIONNELS

En réalité, aujourd’hui quasiment plus qu’hier, les
ACM n’existent, et à notre avis, ne pourront exister
que dans un maillage fort et générique, entre animation
volontaire et animation professionnelle.
Cela est vrai dans le cadre de la formation Bafa.
Le stage pratique est sous la responsabilité du directeur
de la structure, lequel est très majoritairement
un professionnel de l’animation – il était auparavant
bien souvent un professionnel de l’éducation, au
sens large. En raccourci, le champ de l’animation
professionnelle prend en charge, pour le moins,
la moitié de la formation des futurs animateurs.
Pour autant, ces mêmes directeurs sont-ils préparés
à cette responsabilité ? Si dans le cadre du Bafd,
autre diplôme non professionnel, préparant spécifiquement
à la direction, le rôle formateur est un des
piliers de la formation, l’est-il dans les formations à
l’animation professionnelle ?
L’accueil, le suivi, la formation initiale (parce que les
trois temps de la formation Bafa restent de la formation
initiale) des stagiaires Bafa, des animateurs
volontaires font-ils partie, suffisamment, de la formation
des cadres de l’animation professionnelle ?
Pourtant, c’est bien dans cette fonction de formation
de l’autre, de formation à une fonction, mais
aussi d’accompagnement vers une citoyenneté
concrète et active, que les professionnels de l’animation
assurent leur « vocation » d’acteurs de l’Éducation
populaire.

Alain Ghéno

Voir le sommaire des Cahiers de l’Animation n°75 -Séjours à inventer-


© Site officiel des Ceméa (Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active)