Omniprésence du numérique dans la vie des jeunes aujourd’hui - Vers l’éducation Nouvelle n°551
Bertrand Chavaroche rédacteur en chef, Christian Gautellier directeur de la publication

Avec l’omniprésence du numérique, l’éducation non formelle est
confrontée à un double défi : prendre en compte cette évolution dans
ses pratiques et systématiser l’éducation aux médias et à l’information,
pour tous. Travail, espaces d’information et de communication… tout
environnement est bouleversé par le numérique. L’éducation non
formelle n’y échappe pas. La première de nos urgences est de
comprendre cet univers, d’en trouver les clefs et de les transmettre.
Il s’agit de prendre en compte la connaissance des modifications
induites dans les pratiques scolaires, intellectuelles, citoyennes : que
font jeunes et moins jeunes derrière un ordinateur, que lisent-ils ? Que
cherchent-ils ? De quelles informations ont-ils besoin ?

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Aujourd’hui, la première des pratiques de loisirs des jeunes se déroule
via les écrans. Une certaine concurrence pourrait s’installer entre les
réseaux numériques où les jeunes ont largement migré et nos structures
prônant l’importance de la rencontre, de la découverte de l’autre, l’agir
à travers des activités de création, l’engagement et la prise de
responsabilité, le collectif. Des dimensions que les jeunes disent trouver
sur internet et les réseaux sociaux. Pour l’éducation non formelle, c’est
là qu’il convient d’exercer une véritable vigilance afin d’affirmer sa spécificité.
Qu’apporte-t-elle de plus ? De différent ? Son projet est un
projet d’émancipation, ses espaces ont pour ambition de participer à la
construction citoyenne en laissant une grande place aux initiatives des
jeunes. Il convient de les aider à développer leur esprit critique face aux
outils numériques pour en promouvoir les usages raisonnés, créatifs et
citoyens ; pour les rendre acteurs plus que consommateurs. Aux
industries de programmes dominées par des logiques permanentes de
séduction et de consommation, il faut opposer des projets qui ont du
sens, ludiques, pédagogiques. C’est le cas de nombre d’outils d’animation
et de serious game dont nous assurons la promotion. Il convient dans
tous les lieux, avec tous nos publics, d’introduire systématiquement des
parcours d’éducation aux médias et à l’information, à visée citoyenne,
critique, culturelle.

Nous avons la nécessité d’opposer à une vision libérale de la « technologisation
numérique » de l’éducation et de notre société, un projet
politique humaniste qui adosse l’éducation aux médias et à l’information
aux valeurs des droits de l’Homme et de son émancipation. De plus, si
nos organisations se mobilisent pour que l’école, espace formel
d’éducation, inscrive cela dans son projet, nous oeuvrons aussi pour qu’il
y ait une continuité éducative entre les différents espaces de vie des
jeunes. Il ne s’agit pas évidemment de reproduire l’école après l’école
mais d’emprunter des chemins qui nous ressemblent, d’inventer d’autres
voies croisant pédagogies actives, réalisation de projets collectifs,
initiatives, partage d’idées. Il y a là un défi majeur, pour l’éducation non
formelle car nous ne pouvons nous contenter de faire vivre ces
dimensions à la marge. L’heure est à l’essaimage et la systématisation de
ces orientations. Un enjeu à la hauteur de la présence massive du
numérique dans la vie des jeunes aujourd’hui.


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