Vers l’ Education Nouvelle - Eduquer communiquer -
Non à la téléréalité sur une chaîne pour enfants - Avant propos du VEN n° 555
Sophie Jehel maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, université Paris-8 & Christian Gautellier directeur de la publication

Gulli, la chaîne gratuite pour les enfants, vient d’inaugurer un nouveau
concept : un jeu de téléréalité avec des enfants et leurs parents, Tahiti
Quest. Ce n’est certes pas la première émission qui cible les relations
entre parents et enfants. Le problème est qu’au-delà de la compétition
ludique, elle expose les faiblesses des enfants, qui sont soumis à une
double pression du fait de la situation du jeu et des demandes de leurs
parents.

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On a pu voir en effet, dans différents épisodes, des enfants
pleurer avant l’épreuve par l’effet du stress, hurler pendant, sangloter
après. On nous a montré un père se disant « déçu » que sa fillette de
8 ans ait craqué devant une épreuve, un autre que son enfant ait
« pénalisé toute la famille ». Le jeu transforme les parents en coach
sportifs et moraux de leurs enfants, autour d’un impératif selon lequel
« il ne faut rien lâcher ». Conformément à la logique de la téléréalité qui
« place des personnes anonymes ou connues dans des situations
artificielles créées par la production afin d’observer leur comportement
et de susciter des réactions positives ou négatives chez le téléspectateur
[…] » pour reprendre une définition du CSA, les enfants se retrouvent
vivre une situation artificielle. Ils sont filmés dans leur intimité, au
réveil, au petit déjeuner, sur des plages paradisiaques, entourés de leurs
parents. Mais ceux-ci ne sont pas en situation d’assurer leur protection,
puisqu’ils sont eux-mêmes partie prenante du jeu, conduits, selon les
épreuves, à se dévaloriser parce qu’ils ont perdu une épreuve (une mère
dit ainsi : « Je suis une grosse nulle », « un fardeau pour la famille »,
confession que le montage garde soigneusement). Une douzaine de
pédopsychiatres et psychologues s’inquiètent des retombées que la diffusion de l’émission peut avoir dans l’équilibre psychologique et la vie
quotidienne des enfants.

L’association Enjeux e-medias, s’appuyant sur leur expertise, a saisi le
CSA pour lui demander d’intervenir au nom de la protection des
mineurs (http://www.enjeuxemedias.org/Tahiti-Quest-la-telerealite-un).
Cette émission valorise un modèle éducatif particulier : celui de la compétition dès le plus jeune âge, au prix de la théâtralisation des émotions, et du sacrifice de la vie privée.

Oui, sur les écrans des enfants, à d’autres modèles de jeu qui valorisent
la solidarité, la coopération, en respectant le droit de l’enfant à
s’exprimer, tout en le protégeant dans sa sensibilité. Cela suppose de
sortir les jeux télévisés pour enfants d’une logique commerciale et d’en
faire des outils de socialisation pour une société respectueuse et
solidaire.


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